ALGÉRIE
20/02/2015 07h:06 CET | Actualisé 20/02/2015 07h:06 CET

Affaire des moines de Tibhirine: un témoin en France accuse l'armée algérienne

AFP

Nouveau rebondissement dans l'affaire de l'assassinat des moines de Tibhirine. Selon l'Agence de Presse Française, un homme se présentant comme un ex-agent des services secrets algériens, entendu en janvier par le juge français Marc Trevidic, a accusé l'armée algérienne dans l'assassinat en 1996 des moines cisterciens de Tibéhirine.

La thèse officielle est celle d'un crime commis par le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni qui contrôlait de nombreux maquis autour du monastère isolé Notre-Dame de l'Atlas, près de Médéa, où les moines avaient été kidnappés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996. Après avoir revendiqué le rapt, l'organisation avait annoncé le 23 mai la décapitation des captifs.

L'enlèvement puis la mort de Christian de Chergé, Luc Dochier, Paul Favre Miville, Michel Fleury, Christophe Lebreton, Bruno Lemarchand et Célestin Ringeard, a, rapellons-le, donné lieu à plusieurs versions.

LIRE AUSSI:

Le juge français Trévidic au monastère de Tibhirine à Médéa

Ce un nouveau témoignage vient appuyer les propos de ceux qui accusent l'armée algérienne d'être derrière l'assassinat des moines, mais tout aussi difficile à corroborer, qu'a recueilli le 21 janvier le juge Trevidic.

Âgé de 34 ans et vivant en Savoie où il est menacé d'expulsion, Mourad B. a expliqué au magistrat être entré fin 2006-début 2007 dans les services algériens, qui l'ont chargé d'infiltrer les rangs islamistes, sous le nom de code d'Abou Nadil, a rapporté à l'AFP une source proche du dossier.

'Ce que le colonel a fait aux moines'

Disant avoir dépendu du centre territorial de recherche et d'investigations d'Oran (CTRI), il aurait constaté que les groupes jihadistes étaient largement infiltrés par les services algériens: "Des terroristes téléphonaient et j'ai entendu des conversations", "J'ai vu des mères de terroristes venir au centre militaire d'investigations et on leur donnait de l'argent", a raconté aussi Mourad

B. au juge.

Fin 2009, début 2010, il exprime le souhait d'arrêter de travailler pour les services. Cet "infiltré" explique qu'un supérieur l'aurait alors prévenu "qu'on ne sortait pas de chez eux comme on y entrait". Un autre officier se serait ensuite fait plus précis dans ses menaces: "Si tu nous trahis, on fera ce que le colonel (...) a fait aux moines", l'aurait prévenu ce supérieur, selon sa déclaration.

Mourad B. quitte l'Algérie début 2011 pour la France. Son titre de séjour a depuis expiré, le plaçant sous la menace d'une expulsion vers l'Algérie où,dit-il, il serait en danger.

"Cette audition apporte un élément supplémentaire dans le sens de l'implication des services algériens", a commenté l'avocat des familles des moines, Me Patrick Baudouin, qui a toutefois appelé à la prudence, "le témoignage n'étant pas direct".

On peut aussi supposer que ce"témoin" a fait cette déclaration dans l'unique objectif de bénéficier du droit de rester sur le territoire français.

Cependant, l'ancien attaché militaire français à Alger a évoqué en 2009 une "bavure" de l'armée algérienne qui aurait tué les moines lors d'un raid d'hélicoptères sur un bivouac de djihadistes, un dérapage qui aurait été maquillé en crime du GIA.

D'anciens militaires ont évoqué une manipulation des services secrets algériens, leur imputant la responsabilité du rapt.

De nombreux, repentis avaient, en outre, affirmé que c'était le groupe de Djamel Zitouni qui avait assassiné les moines de Tibhirine.

En tout état de cause, ce dossier ne connaîtra, vraisemblablement pas, son épilogue de sitôt.

LIRE AUSSI:

Affaire des moines de Tibehirine: Enième "report" de la visite du juge français en Algérie

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.