MAROC
05/02/2015 09h:35 CET

Ecole primaire: Près de 95% des petits marocains scolarisés, mais le décrochage persiste (INTERVIEW)

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ÉDUCATION – Selon une enquête de l’Observatoire national de développement humain (ONDH), réalisée en 2012 et dont les résultats ont été rendus publics ce mercredi 4 février, le taux de scolarisation au primaire a "très bien progressé" au Maroc, s’élevant à 94,5%. Le rapport pointe néanmoins du doigt le problème du décrochage scolaire, notamment au moment du passage au collège puis au lycée. Un problème qui concerne également l’école primaire selon Zineb Khatib, présidente de l’association Jiwar Education et Développement. Explications.

HuffPost Maroc : À quoi doit-on la progression du taux de scolarisation dans le primaire?

Zineb Khatib: C’est un travail de longue haleine fait par le ministère de l’Éducation nationale depuis plusieurs années. Il a mis l’accent sur l’importance des journées portes ouvertes en début d’année, des campagnes de sensibilisation ont été menées dans les médias ou dans les communes, notamment par les directeurs d’écoles. Cela a permis une certaine conscientisation des familles, que l’on a poussées à inscrire leurs enfants à l’école.

Quels sont les principaux obstacles à la généralisation totale de l’enseignement primaire?

94,5%, ce n’est qu’un chiffre. Derrière, il y a la réalité du terrain. Même si les élèves sont inscrits, on observe encore beaucoup d’enfants qui disparaissent en cours d’année, qui abandonnent l’école parfois dès le CP, à l’âge de 6 ans. Beaucoup de mesures n’ont pas été prises, comme mettre des assistances sociales dans les écoles pour aller chercher les enfants qui décrochent. C’est une partie du travail que nous faisons, et c’est une condition sine qua non pour pouvoir garder ce taux de scolarisation.

Pourquoi ces enfants quittent-ils l’école en cours de route?

Il y a plusieurs raisons: ils ont pu être confrontés à une violence verbale ou physique de la part du corps enseignant, ils n’ont pas fait de préscolaire et l’enseignement est trop difficile pour eux, les conditions familiales sont mauvaises… C’est bien d’avoir un taux de 94,5% mais le but, c’est de garder ce taux au moins jusqu’à la fin du primaire et, dans l’idéal, jusqu’à la fin du collège, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, comme le souligne le rapport de l’ONDH.

Que reste-t-il à faire pour limiter la déperdition scolaire?

Le préscolaire doit être une réelle priorité nationale. Depuis 1998, beaucoup de promesses ont été faites, mais rien de concret n’a été entrepris. On remarque également que le système tend à favoriser le préscolaire privé par rapport au préscolaire public. L’ONU a d’ailleurs remis un rapport sur l’éducation nationale au Maroc, qui montre que l’on tend vers une éducation privée généralisée.

C’est une grosse erreur: l’école publique est très importante, on doit avoir un même référent dans un pays et avoir étudié la même chose pour garantir la cohésion sociale. Il faut placer des travailleurs sociaux dans les écoles et revoir la manière d’enseigner. Si l’on veut une école de qualité, il faut mettre les moyens à l’intérieur des classes, notamment au niveau de la formation des enseignants, pour éviter que les enfants se sauvent.

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