ALGÉRIE
29/01/2015 03h:10 CET | Actualisé 07/11/2015 07h:22 CET

Henri Teissier, 85 ans, un "frère différent" en empathie avec les musulmans depuis l'âge de 17 ans

Ouillade

Henri Teissier est parmi les Algériens...depuis 1946. Il avait 17 ans. Il en a 85 ans. De la période coloniale à l’indépendance, cet homme a aimé l’Algérie. Il a côtoyé de grands chrétiens comme le très charismatique père Jean Scotto, le curé d’Hussein-Dey, chez qui il fait un stage et découvre la réalité des "frères différents", les musulmans.

Il est parmi les chrétiens et les hommes d’église qui, par foi autant que par raison, ont compris qu’il faut aller vers les "non chrétiens, les plus pauvres". L’année 1951-1952 passée chez le père Scotto est, il le dit lui-même, déterminante. C’est que le père Scotto était le lien entre des chrétiens dont le sens de la justice et de l’équité pousse à s’intéresser aux plus pauvres et à s’engager dans l’action sociale et politique.

Dans la fameuse paroisse du père Scotto

"Le père Scotto était en lien avec des gens que j’ai retrouvé après comme Pierre Chaulet, Pierre Colonna, Pierre Roche, Maître Popie, comme les responsables de Vie nouvelle. Il avait fait venir la Mission de France en 1948 ; il y avait donc dans cette paroisse d’Hussein Dey, dès les années 1950, un milieu qui s’efforçait de comprendre que la situation faite à la majorité de la population était indigne, en particulier en ce qui concernait Hussein Dey, avec toute une série de bidonvilles".

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Teissier n’est pas en Algérie quand commence la guerre d’indépendance. Il est à Paris de 1954 à 1956 pour ses études. Il part en Egypte en 1956 pour apprendre l’arabe. Il y arrive en novembre 1956, deux jours avant l’agression franco-anglo-israélienne. Il revient en Algérie en été 1958.

L’archevêque d’Alger, Leon-Etienne Duval était déjà "Mohamed Duval", celui qui choque l’establishment colonial en dénonçant la torture, en défendant l’autodétermination et en dénonçant le putsch des généraux. Il sera à ses côtés quand l’Eglise choisira de ne "pas être étrangère, mais algérienne".

Après l'indépendance, d’Oran à Alger, des années "progressistes" à la "décennie noire", il est Algérien. Totalement. Y compris dans les pires moments des années 90 où cette présence paisible parmi les "frères différents" était devenue menacée. Et où il s’agissait, dans la difficulté et les menaces pour les hommes et les femmes de préserver une présence, une relation, malgré l’adversité.

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Toute une vie vécue dans la relation islamo-chrétienne, dans un souci permanent de cultiver l’amitié, de l’entretenir, d’écouter, de partager. Toute une vie à chercher, derrière la différence, ce qui fonde des valeurs communes. Cela a commencé à Hussein-Dey, cela s’est poursuivi à Oran, Alger. Et cela se poursuit, encore, en cette période de retraite officielle, dans les échanges permanents avec les amis musulmans en Algérie et dans le monde.

"Cette relation islamo-chrétienne a formé la texture de ma vie de foi et de mon témoignage chrétien pendant toutes ces années. Et je remercie Dieu qui m’a donné cette vocation et cette mission".

L’amitié est fondatrice

"Jésus a dit dans le sermon sur la montagne: "Si vous ne saluez que vos frères que faites-vous d’extraordinaire? Les païens n’en font-ils pas autant". L’ouverture du cœur au "frère différent" est une marque de fidélité au Sermon sur la Montagne. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Cet appel ne peut exclure personne".

Sans naïveté, il sait que cette amitié et cette ouverture vers le "frère différent" est mise à mal par les fondamentalismes et les tentations du repli sur soi aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens.

Mais, souligne-t-il, "c’est ma joie depuis soixante ans de constater qu’il y a aussi des musulmans qui cherchent l’amitié des chrétiens et qui s’engagent dans des collaborations ensemble pour le bien commun".

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Le dialogue islamo-chrétien, avertit cet homme de grande culture, n’est pas réductible aux colloques même s’ils sont utiles. Ce dialogue est plus créatif, plus vertueux quand il s’établit entre les personnes, dans l’amitié et la confiance. Aucun fanatisme ne pourra l’entraver et l’arrêter. Henri Teissier en témoigne depuis ce temps lointain où il a fait, à Hussein-Dey, la rencontre de Jean Scotto.

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