ALGÉRIE
19/12/2014 09h:58 CET | Actualisé 19/12/2014 10h:15 CET

La photographe franco-algérienne Maya-Inès Touam "Dévoile son étoffe" à Paris

Aurélie Lecarpentier pour le HuffPost Algérie

Le collectif artistique HAB.B, "Dialogues avec le monde arabe d'aujourd'hui" a invité la jeune photographe Maya-Inès Touam à inaugurer l'événement Moyen-Orient Express# avec son exposition "Dévoiler l'étoffe" dont les clichés ont été pris à Alger.

Sa première expérience dans le pays de ses parents, l’Algérie, Maya-Inès l'a faite, en résidence d’artistes à l'Institut Français d'Alger, en septembre dernier, pour la réalisation de Dévoiler l'étoffe. Elle s'étonne de n'avoir eu aucune réaction des artistes à qui elle a montré son travail. Ni en bien ni en mal. Perplexe, elle se demande si le sujet ne les intéresse pas, ou bien s'il est trop polémique. Elle veut pourtant se heurter à la critique de là-bas (l'Algérie ndlr).

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De rencontre en rencontre, elle a réussi à décrocher une bourse pour participer à une autre résidence qui a eu lieu la première semaine de décembre, à la maison diocésaine d'El Biar, à Alger. Myriam Aït el Hara proposait une résidence sur la thématique "Le monde selon les femmes". Cette seconde expérience algérienne a permis à Maya-Inès de rencontrer et d'échanger avec des artistes algériens et également de concevoir sa prochaine installation qui devrait voir le jour au mois de mars prochain à Alger.

mayainès touam

La photographe de 26 ans travaille sur la thématique de "la femme musulmane dans le monde arabe" depuis son entrée aux Beaux Arts de Paris. Diplômée de l'école en Juin 2013, elle présente aujourd'hui son dernier projet: Dévoiler l'étoffe.

Les photographies qu'elle montre sont de formats variables, collés à même les murs recouverts de carreaux de céramique. Le dispositif photographique est simple : sur un carrelage noir et blanc, des femmes posent assises sur un tabouret. Toutes avaient pour consigne de se vêtir selon leur habitude, avec ou sans un voile ou un habit traditionnel, et d'expliquer ce choix qui sera retranscrit à côté de la photographie. Maya-Inès Touam analyse qu' "il y a autant de manières de penser le voile que de le porter".

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Elle se positionne en tant qu'artiste.

Son rôle est de "soulever des questions plutôt que d'y répondre". Elle ajoute: "Si quelqu'un me dit en voyant mon travail: Finalement, ce n'est pas la vision que j'avais, c'est gagné !"

Son mémoire de quatrième année avait pour titre "La femme musulmane à travers l'art contemporain". Elle assume le singulier employé avec un sourire espiègle.

expo paris

Une artiste en immersion

Maya-Inès Touam considère Shirin Neshat, Mona Hatoum, Majida Khattari et Lalla Essaydi comme des artistes contemporaines pionnières. Ces femmes l'ont beaucoup incité à approfondir son sujet. Dans le projet Dévoiler l'étoffe, le dispositif était composé de prises de vues photos, d'interviews et de vidéos des femmes voilées/non-voilées. Les interviews duraient entre dix minutes et deux heures de manière à tourner la question dans tous ses sens.

L'appel à candidature s'est fait par Facebook. Elle a invité des femmes à venir la rencontrer et se faire prendre en photo dans leurs habitudes vestimentaires. Elle voulait des fratries, des jumelles, des familles... Sur environ 70 personnes qui se sont dites intéressées, seulement 25 sont venues jusqu'à elle.

Mais peu importe le nombre, le résultat est là, également immortalisé dans un catalogue. Sur chaque double-page, la photographie d'un (ou plusieurs) modèle(s), et un extrait de l'interview réalisé avec elles. Cette exposition n'est que le début puisqu'elle devrait tourner en Algérie et s'enrichir de nouveaux projets grâce à la résidence à laquelle participe Maya-Inès Touam avec sa fraîcheur et sa joie de vivre.

expo dévoiler letoffe

Le MOE # a lieu du 15 au 20 décembre dans différents lieux de la capitale française. L'initiative vient d'un partenariat entre des étudiants et des universitaires de Paris Sciences et Lettres (PSL). Environ 200 personnes étaient présentes au vernissage de Maya-Inès Touam, lundi 15 décembre. L'ambiance était très chaleureuse dans ce lieu insolite et typiquement parisien qu'est la petite Galerie 28bis.

Reveler L'etoffe from JAHCUBA on Vimeo.

La Galerie 28bis n'est pas un espace anodin. A mi-chemin entre une galerie et un squatt, elle est un nouveau lieu de la scène underground parisienne. Et pour cause: ouverte au mois de juin par le collectif Pipi Caca Poney Club, car comme son nom l'indique, ce n'était autre que des toilettes publiques du métro au début du siècle (1909). Elle se trouve donc sous les pavés et accueille désormais des événements festifs et culturels.

Lorsque les gens du collectif ont proposé à Maya-Inès Touam d'exposer, elle était ravie car "le lieu est en décalage total avec le sujet". Cela lui permettait de dédramatiser le thème, de le garder vivant plutôt que figé dans un cadre. Imprimer les photos sur papier affiche qu'elle va jeter donne beaucoup de légèreté. "C'est une chance d'exposer dans un tel lieu !", affirme l'artiste très enthousiaste.

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