MAROC
16/12/2014 05h:05 CET | Actualisé 20/12/2014 08h:12 CET

Les bourdes de Ouzzine, ministre des Sports

Les bourdes de Mohamed Ouzzine
Les bourdes de Mohamed Ouzzine

GESTION SPORTIVE - Depuis qu'il a pris la tête du ministère des Sports en 2012, Mohammed Ouzzine accumule les ratés. Le best of du pire.

Gazon Maudit

Un mois avant le début de la Coupe du monde des clubs, le responsable de la pelouse du stade Santiago Bernabeu a effectué cinq voyages au Maroc pour ausculter le gazon du complexe sportif Moulay Abdellah de Rabat. Son constat: il était hors de question que Ronaldo et ses coéquipiers foulent ce terrain piégé. L’avenir lui a donné raison.

La réfection du stade, qui a coûté 220 millions de dirhams, et objet de fierté d’Ouzzine, n’a pas résisté à une journée de pluie diluvienne.

C’est ainsi que le match qui a opposé le Western Sydney aux Mexicains de Cruz Azul, le samedi 13 décembre, s’est quasiment transformé en partie de water-polo devant l’étonnement (et les commentaires parfois ironiques) de 60 chaînes retransmettant la rencontre.

Au final, la FIFA décide de délocaliser le reste des rencontres au stade de Marrakech.

Lors de sa première sortie médiatique, Ouzzine a soutenu que les inondations faisaient des morts, donc elles pouvaient endommager une pelouse sans que l’on crie au scandale.

Ensuite, il a affirmé que la FIFA avait validé la qualité de la pelouse du complexe Moulay Abdellah. En désespoir de cause, il a accusé une "cinquième colonne" de fomenter une conspiration pour servir des agendas étrangers.

Pour ne pas endosser la responsabilité de cette catastrophe, Ouzzine a limogé les directeurs du complexe Moulay Abdellah, un directeur des sports au sein de son ministère et a suspendu son secrétaire général. Le ministre des Sports a aussi accusé a la société espagnole chargée d’installer la pelouse d’avoir manqué à ses obligations et a promis l’ouverture d’une enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire. Une manière de noyer le poisson ?

Ebola, l’excuse suprême

Alors que le Maroc s’apprête à accueillir sa seconde Coupe d’Afrique des nations en janvier 2015, un communiqué de Mohammed Ouzzine prend tout le monde de court.

S’exprimant au nom du gouvernement marocain, le ministre des Sports demande officiellement à la Confédération africaine de football (CAF) le report de la CAN 2015 en raison du risque lié à l’épidémie d’Ebola. Pour justifier cette décision, il accorde des dizaines d’interviews et fait le tour des plateaux de télévision, martelant le même message : la santé des Marocains lui importe plus qu’une compétition de football.

S’en suit un long bras de fer entre Ouzzine et le patron de la CAF, Issa Hayatou. D’un côté, les arguments du ministre des Sports tiennent sur un post-it, de l’autre ceux de Issa Hayatou sont frappés au coin du bon sens. Ce dernier pose un ultimatum au Maroc.

Le jour de la deadline, Ouzzine annonce que le Maroc maintient sa demande de report dans un communiqué truffé de fautes d’orthographes qui va faire de lui la risée des réseaux sociaux. Rien de grave, le ridicule ne tuant plus. L’essentiel est ailleurs.

Le Maroc se retrouve exclu de la Coupe d’Afrique des nations 2015 et celle de 2017. Et un autre couperet risque de s’abattre sur le pays. Il devra sans doute payer des dommages financiers à la CAF et aux sponsors de la CAN 2015, et risque de voir ses clubs exclus des compétitions africaines.

Jeux panarabes 2015: le ministre des Sports jette l’éponge

Piqure de rappel : le Maroc postule en 2011 à l’organisation des Jeux panarables de 2015, une candidature annoncée par le ministre des Sports de l’époque Moncef Belkhayat.

Coiffé sur le poteau par le Liban, il est repêché finalement suite au retrait du pays du Cèdre qui se désiste en raison de la situation tendue dans la région du Moyen-Orient, notamment la crise syrienne.

Moncef Belkhayat passé à la trappe, Mohamed Ouzzine emboîte tout de même le pas à son prédécesseur au ministère des Sports en annonçant que le “Maroc est prêt à accueillir les Jeux panarabes 2015 et que ce projet avait le soutien du roi Mohammed VI et du gouvernement".

Il faut croire que Ouzzine a eu les yeux plus gros que le ventre. Quelques temps plus tard, il a expliqué que le royaume ne pourrait pas gérer financièrement l’organisation en parallèle de trois grandes manifestations sportives, à savoir la Coupe du monde des clubs, la Coupe d’Afrique des nations et les Jeux panarabes 2015.

Des compétitions qui, pourtant, étaient déjà inscrites sur l’agenda sportif marocain au moment de la demande d’organisation des Jeux Panarabes. Ce nouveau lapin posé par Ouzzine aux instances sportives internationales a achevé de décrédibiliser le Maroc.

Une cérémonie d’ouverture cheap

Improvisation, amateurisme, farce… Les critiques se sont abattues en décembre 2013 sur la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde des clubs.

Certains sur les réseaux sociaux se sont moqués de son aspect folklorique, signalant au passage qu’il ne manquait que des charmeurs de serpents et des singes magots pour compléter le décor de la place Jamaâ El Fna.

Dans la bouche des Marocains, le mot chouha revenait en boucle, la plupart se demandant si le spectacle offert était digne d’un pays qui postule à l’organisation de la Coupe du monde 2026.

Imperturbable une nouvelle fois, Mohamed Ouzzine a déclaré que “la soirée a été grandiose. Tout a été mis en place pour que tout se déroule à merveille(…) La FIFA a été contente de l'organisation.” Ce satisfecit de l’instance suprême du football étant, selon le ministre des Sports “le fruit du travail pointilleux de toute l’équipe organisatrice.”

"Comme tous les Marocains qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde des clubs, nous sommes déçus car le comité avait les moyens, mais pas l’organisation", a déploré le député PAM Mehdi Bensaid, tout comme de nombreux députés ayant interpellé le ministre des Sports.

Selon Bensaid, seulement 130 000 dirhams auraient été déboursés pour cette cérémonie dont le budget prévu était de 12 millions de dirhams.

Sepp Blatter tacle Ouzzine

Après une nuit blanche et de multiples rebondissements, le matin du 11 novembre 2013, Faouzi Lakjaa remplace Ali Fassi-Fihri au poste de président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Mais quatre jours plus tard, la FIFA invalide cette élection, exige de la FRMF de mettre ses statuts en conformité avec ceux de l’instance internationale du football, et ordonne que l’on organise un nouveau suffrage après la Coupe du monde des clubs.

Alors qu’il commence à peine à chauffer sa place de ministre des Sports, Mohamed Ouzzine, se retrouve à l’origine d’un imbroglio juridique qui l’oppose à l’instance internationale du football. Le patron de la FIFA, Sepp Blatter, très remonté, accuse en privé Ouzzine d’interventionnisme dans le but de placer son candidat Faouzi Lakjaa à la tête de la FRMF.

Ce ne sera pas le seul cas où le ministre des Sports se révèlera dirigiste. Le 28 novembre 2013, alors que l’annulation des élections de la FRMF fait encore les choux gras de la presse, la Fédération internationale de basket-ball (FIBA) suspend la Fédération royale marocaine de basket-ball (FRMB).

La FIBA accuse Ouzzine “d’ingérence” suite à sa décision unilatérale de nommer un candidat à lui à la tête de la FRMB. Pour sa défense, le ministre des Sports évoquera une “cinquième colonne” qui comploterait contre lui.

Messi? Jamais sans ma fille!

En 2012, Barcelone affronte le Raja de Casablanca en match amical au stade de Tanger. Lionel Messi arrive sur la pelouse main dans la main avec un enfant comme le veut le protocole. Rien d’extraordinaire en soit.

Sauf que la gamine qui tient la main de la star du Barça n’est autre que la fille d’Ouzzine. Le ministre des Sports expliquera ne pas être intervenu dans le casting sans convaincre personne.

Imperturbable, il déclarera plus tard: “Messi est très chanceux d’être pris en photo avec ma fille (…) Une fille qui a dans ses veines toute l'authenticité et la civilisation d'un pays comme le Maroc".

Soit. Mais ni plus ni moins que le gamin tangérois, gagnant d'un jeu-concours dont la récompense était d’accompagner Messi sur le terrain, et qui a été évincé au dernier moment.

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