09/12/2014 23h:24 CET | Actualisé 09/12/2014 23h:24 CET

Ces patrons marocains publics qui ont redressé leurs établissements

ENTREPRISES PUBLIQUES - Qui a dit que le service public au Maroc était condamné à la médiocrité et à la mauvaise gestion? Est-il fini le temps des offices publics poussiéreux à la machine administrative poussive et aux réputations entachées par les scandales de corruption?

Beaucoup d’offices, d’établissements publics, de sociétés d’états et de banques nationales ont fait ou font leur mue pour tenter de devenir des institutions modernes et mettre derrière eux les scandales qui les ont traversés. À l'origine de ces redressements parfois spectaculaires, des managers qui veulent prouver que la transformation est possible, même lorsque l’on hérite d’une institution publique au passé chargé.

Habitat: Badr Kanouni, un CFO aux commandes d’Al Omrane

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Lorsqu’il est appelé à prendre les rênes du groupe Al Omrane fin 2010, Kanouni sait que la tâche ne sera pas aisée. L’aménageur public et opérateur dans le secteur de l’habitat porte en effet dans sa chair les stigmates de la re-concentration de ses filiales, dont les tristement célèbres ERAC, et le groupe est traversé par de multiples scandales de mauvaise gestion. Cela n’effraie pas pour autant l’ancien CFO de la multinationale du textile Setavex, qui prend à bras le corps le projet de transformation du mastodonte public.

Quatre ans plus tard, le pari est en grande partie gagné, même si de l’aveu même du patron du groupe, "beaucoup reste à faire". Dans l’intervalle, Al Omrane s’est doté d’une gouvernance moderne et d’un pilotage rénové, avec la mise en place de systèmes de contrôle de gestion et une politique RH repensée. Le compétence-clef de ce manager dont la grande silhouette ne passe pas inaperçue?

"Une résilience au stress et à la pression hors du commun, qui lui permet de garder son calme même lorsque la tempête s’annonce", nous confie un proche collaborateur de Kanouni.

Banque: Ahmed Rahhou, maison sérieuse et cartes sur table

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Son style sobre et sans fioritures a fait de lui l’un des managers les plus respectés de la place publique, de même que son attachement à la bonne gouvernance qu’il pousse à l’extrême. Son premier geste lorsqu’il est nommé Président directeur général du Crédit immobilier et hôtelier (CIH) en 2009 est de demander à son épouse, cadre au sein de ce dernier depuis de nombreuses années, de démissionner afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

Depuis son arrivée à la tête du CIH, cette banque qui souffrait de scandales à répétitions s’est transfigurée et a effectué récemment un très remarqué virage numérique. Assainie et dotée d’une gouvernance rénovée, le CIH affiche ses ambitions tout en gardant de positions prudentes.

Rahhou est par ailleurs membre actif du Conseil économique et Sociale dont il a dirigé la commission de la stratégie, au sein de laquelle il a piloté le grand rapport sur la réforme de la fiscalité. Sa compétence clef? Un sens de la méthode et une intransigeance avec les principes qui lui confère une incontestable autorité morale lorsqu’il traite des dossiers difficiles.

Paris sportifs: Younes El Mechrafi, au nom du sport

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Son éternel sourire communicatif est comme un masque qui cache une volonté d’acier et l’ambition de faire de la Marocaine des Jeux et de Sports (MDJS), qu’il dirige depuis 2009, un établissement "au service du sport national".

La MDJS finance en effet le Fond National de Développement du Sport (FNDS) auquel elle reverse l’intégralité de ses bénéfices. Avant son arrivée, la MDJS était secouée par un scandale de mauvaise gestion qui avait laissé cet opérateur public avec une image endommagée et des équipes démotivées.

El Mechrafi l’avoue sans peine, c’est notamment grâce au coaching qu’il pratique depuis dix ans qu’il a "révolutionné" sa manière de gérer les équipes et remis la MDJS en selle. Ajouté à cela, un suivi "quasi-maniaque" des règles de bonne gouvernance qui a permis à la MDJS d’obtenir un satisfecit de la Cour des comptes lors de son dernier audit.

Ce manager venu du privé s’appuie également sur son passage par le ministère de la Justice, au sein duquel il a officié au milieu des années 2000. Sa force? Une énergie inépuisable et des relations de proximité avec ses équipes.

Driss Benhima, avec lui, la RAM ne rame (presque) plus…

benhima

Connu pour ses méthodes intransigeantes et le souvenir impérissable qu’il a laissé aux cafetiers de Casablanca lorsqu’il décida d’appliquer la loi sur les terrasses lors de son passage comme Wali de la capitale économique, Driss Benhima n’en a pas moins réussi un redressement spectaculaire de la compagnie aérienne nationale, Royal Air Maroc, qu’il dirige depuis 2006.

Plombée par les lignes "politiques", en sureffectif, la RAM en était arrivée à perdre près de deux millions d’euros par semaine en 2011. Depuis, Benhima a achevé la mise en place un plan de redressement qu’il qualifie lui même de "Chirurgie lourde".

La signature d’un contrat programme avec l’Etat, la réduction des effectifs, un rajeunissement des avions et la fermeture de lignes non rentables ont ainsi permis à la RAM de renouer avec les bénéfices en 2013 et de devenir la troisième compagnie d’Afrique par le chiffre d’affaires. Seule ombre au tableau: la qualité de service qui fait encore l’objet de récriminations fréquentes de la part des usagers. Un chantier que l’ombrageux polytechnicien affirme vouloir engager avec "détermination". Son atout majeur? Sa capacité à dire "non" et à être décisif , même lorsque les circonstances sont difficiles.

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