MAROC
09/12/2014 09h:30 CET | Actualisé 09/12/2014 11h:40 CET

Coup de coeur du Festival international du film de Marrakech: "The narrow frame of midnight" avec Marie-Josée Croze et Hindi Zahra

Hindi Zahra et Marie-Josée Croze sur le tapis rouge du FIFM 2014
Selamoui/FIFM
Hindi Zahra et Marie-Josée Croze sur le tapis rouge du FIFM 2014

CINÉMA - Une petite maison perdue dans les montagnes d’Ifrane. Le vent dans les herbes hautes, les mouches volent autour des abricots laissés sur la table de la cuisine, l’air s’engouffre dans un livre posé là. Dans ce décor, Marie-Josée Croze incarne Judith, une femme silencieuse qui se remet de la perte d’un enfant.

"On ne sait jamais vraiment ce qui s’est passé", explique l’actrice, "les détails, on ne les connaît pas. "C’est un film qui laisse énormément de place à l’interprétation, et qui fait appel à la psyché des gens. Il est très poétique."

Ce qu’on sait, c’est que le héros du film, Zacaria, aimait Judith il y a longtemps. Aujourd’hui, il s'en va pour l’Irak, sur les traces de son frère disparu. En chemin, il croise la route d’Aicha, une gamine arrachée des montagnes de l’Atlas par un voyou pour être vendue en Europe. Le voyage commence par une chanson d’Hindi Zahra, "Oursoul", en tamazight.

C’est le premier film de Tala Hadid, née à Londres d’une mère marocaine et d’un père irakien. "Tala est une exilée, et souvent les exilés font des films, ou de la musique, liés à leur propre voyage", explique la chanteuse Hindi Zahra, qui a un petit rôle dans le film.

"C’est très bien un petit rôle pour commencer… si c’est un commencement", s’amuse la chanteuse. "C’est un beau hasard parce que ma mère faisait du théâtre. Moi, je ne pensais pas avoir la capacité, ni la possibilité de jouer au cinéma. Tala a vu quelque chose en moi que je ne voyais pas. Elle a révélé quelque chose qui était déjà présent".

Le petit rôle d’Hindi Zahra, c’est celui d’une prostituée croisée par le héros. Une femme lucide qui lui parle, en berbère, du voyage qu’il s’apprête à faire. "Je pense que c’est une première, d’ailleurs, dans la salle, il y a eu un rire nerveux pendant cette scène, d’abord parce qu’on voit un homme et une femme au lit, ensuite parce que cette femme parle berbère" explique Hindi Zahra.

"C’est important qu’on puisse voir ça au cinéma. Il faut que cette langue imprègne tous les médias. On ne peut en rester à la caricature des téléfilms, où le berbère est toujours un paysan près de ses sous!".

"Avec 6000 ans de culture amazigh, il y a de quoi faire!", continue la chanteuse. Avant de rassurer: "Attention, je ne suis pas une fondamentaliste. Il y a quelques jours, dans l'émission la nouvelle star, une petite de 15 ans a repris ma chanson Imik Simik. Des intégristes berbères ont dit qu'elle ne pouvait pas la chanter parce qu'elle n'est pas berbère. Moi je ne marche pas la dedans. Ce que je dis, c'est que toutes les cultures doivent être respectées à égalité."

Il y a cet engagement, dans le film, et beaucoup de références muettes au nationalisme arabe, au marxisme-léninisme, à Joseph Kessel: un livre ouvert à son nom, un article épinglé sur le mur, une chanson d'Oum Khalsoum à la radio... "Ces références-là sont celles de Tala, la réalisatrice", explique Hindi Zahra: "Tala vient du communisme". Son grand père paternel, un économiste marxiste, a fait de la prison sous Saddam Hussein.

Mais Marie-Josée Croze prévient: "Si on va voir le film en se disant que c’est un film politique, engagé, on sera forcément déçu."

L’actrice n’était pas vraiment consciente de toutes ces références. "Moi, je ne suis pas du tout politisée. On en dira ce qu’on voudra, que je suis inculte ou idiote, ça ne m’intéresse pas. Je ne vous ferai pas le discours de l’actrice engagée, je ne le suis pas. Par contre, je crois en l’humain, et c’est un film qui parle des gens plus que du contexte dans lequel ils évoluent".

Contactée par Tala Hadid, Marie-Josée Croze a dû convaincre son agent pour tourner ce premier film, à petit budget, dont le tournage était sans cesse repoussé. "Je sais, par exemple, que la petite actrice avec laquelle je joue a été changée au dernier moment. Tala l’a repérée dans un bidonville, elle vivait dans la rue".

La petite, c’est Fadwa Boujouane, qui incarne Aicha dans le film. Agée d'une dizaine d'années, elle vit à Casablanca. Elle parle darija et berbère. Dans l’hôtel de luxe où s’activent acteurs, attachés de presse et journalistes, elle nous lance, les yeux émerveillés: "Tu peux appeler les serveurs: tu leur demandes ce que tu veux, ils te l’apportent! Vas-y, vas-y, essaye!".

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