MAROC
08/12/2014 10h:06 CET | Actualisé 09/12/2014 09h:19 CET

Mort d'Abdellah Baha: Retour sur son parcours, de la chabiba islamiya au gouvernement

Mort d'Abdellah Baha: Retour sur son parcours, de la chabiba islamiya au gouvernement
AIC PRESS
Mort d'Abdellah Baha: Retour sur son parcours, de la chabiba islamiya au gouvernement

MORT - Abdelilah Benkirane est en deuil depuis hier soir. Le chef du gouvernement a perdu, dimanche vers 18 heures, son sherpa, Abdellah Baha, celui que l’on surnommait le "sage des sages".

Traversant la voie ferrée dans la commune de Dar Bouazza, non loin de Oued Cherrat où le député socialiste Ahmed Zaidi avait trouvé la mort, le ministre d’Etat a été percuté par un train. "Benkirane est encore sous le choc. A ceux qui lui présentent leurs condoléances, il répond, l’esprit ailleurs "Hasbuna l-lâhu, wa nicma-l-wakîl", "Allah nous suffit, Il est notre meilleur garant".

Pour Abdelilah Benkirane, le défunt était plus qu’un proche collaborateur. Il était son ami, son confident, son garde-fou. La relation qui les unit remonte à plus de 40 ans, lorsque Abdellah Baha, encore étudiant, assiste à un prêche de Abdelilah Benkirane dans une mosquée à Rabat. Etape cruciale dans son parcours, car c’est là qu’il fait connaissance de ses futurs compagnons de la chabiba islamiya.

Réformiste et pacifiste, le jeune étudiant se sépare définitivement de la chabiba pour fonder en 1981, avec Abdelilah Benkirane, Al Jamâa Al Islamiya, une organisation plus consensuelle. L’architecte de la révision et de la transition, c’était lui, selon un de ses proches.

"Il était catégorique: le militantisme ne peut se faire qu’en négociant avec l’Etat. Cela implique le rejet de la violence et la reconnaissance de la légitimité de la monarchie et de la commanderie des croyants."

Position qu’il explique dans une série de chroniques publiées dans les années 70, rassemblées dans un livre intitulé "Sabilou al Islah".

Petit à petit, de fil en aiguille, Abdellah Baha, discret mais compétent, gagne la confiance de ses compagnons de route et se voit confier tous les dossiers sensibles, notamment au lendemain des attentats de 2003, où le PJD traversait une période difficile.

Plus tard, quand le vent du Printemps arabe commence à souffler sur le royaume, la "boîte noire" de Abdelilah Benkirane, trace les grandes lignes de la position du parti: "demander des réformes pour répondre aux aspirations de la rue, mais dans le respect de l’institution monarchique", nous confie Bilal Talidi, journaliste à Attajdid, qui a consacré un livre au défunt, Dhakirat Al Haraka Al Islamiya Al Maghribiya (La mémoire du mouvement islamiste marocain).

Lorsque Abdelilah Benkirane se voit confier les rênes du gouvernement et qu'il doit composer une équipe, Abdellah Baha participe, discrètement, au casting. "Benkirane ne faisait aucun choix sans le consulter", nous raconte Bilal Talidi. Modéré, équilibriste, l’homme de consensus est nommé ministre d’Etat, soit numéro 2 du gouvernement.

Ses missions: tous les grands dossiers, de la Caisse de compensation à l’accès à la fonction publique, question qu’il a tranchée en généralisant les concours. "Tous les communiqués, tous les documents du parti étaient revus et corrigés par lui", nous révèle le journaliste.

La disparition de la tête pensante du PJD a suscité une émotion qui n’a d’égale que le respect que lui vouent ses proches. Il sera inhumé mardi à Rabat, au cimetière des martyrs.

Le HuffPost vous livre des témoignages de ceux qui l’ont côtoyé:

Bilal Talidi, journaliste à Attajdid

"Il incarnait le consensus, l’équilibre, la modération. Il était attaché à son pays et à son parti et n’hésitait jamais à intervenir en cas de différend. Il était respecté et écouté."

Aissa Mkiki, député PJD

"Je l’ai connu au milieu des années 70 à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, où il était le premier à m’accueillir comme un frère. Il est resté tel que je l’ai connu,m : un comportement exemplaire, toujours aussi attaché à ses idées, qu’il exprimait sans heurter ses détracteurs. Je reçois, depuis hier, des messages de condoléances de personnes de toutes les couleurs politiques, ce qui prouve le respect qu’on lui voue partout."

Lahcen Haddad, ministre du Tourisme (mouvement populaire)

« Il était le plus sage de nous tous, un élément d’équilibre dont la voix comptait beaucoup pour nous. L’incarnation même de la modération, qui alliait avec excellence éthique et politique. Il ne parlait pas souvent mais il avait une grande connaissance des grandes questions. C’est une perte immense pour nous tous."

Aziz Rabbah, ministre PJD de l’Equipement et du Transport (sur Facebook)

"Nous avons perdu le père, le frère, l'ami, le sage l'arbitre. Nous avons perdu le capitaine, le guide (…) Un grand homme d'Etat, ami du consensus... Le meilleur de nous tous. Il était le parti et le mouvement, mais la patrie, à ses yeux, était plus chère que les deux."

Bassima Hakkaoui, ministre de la femme et de la solidarité sociale (PJD) (sur Facebook)

"L’âme généreuse s’en est allée. Le cerveau lucide, l’homme sage. Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons."

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