MAGHREB
05/12/2014 06h:21 CET | Actualisé 05/12/2014 06h:36 CET

Tunisie: Une alliance entre Nida Tounes et Ennahdha? Les uns accusent, les autres se défendent

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L'Assemblée des représentants du peuple a élu jeudi son président et ses deux vice-présidents. Un représentant de Nida Tounes à la présidence, un d'Ennahdha en tant que vice-président et une députée de l'Union patriotique libre (UPL) pour la deuxième vice-présidence.

Les résultats de ces élections ont créé des tensions entre Nida Tounes et le Front populaire, et accru les doutes concernant une futures alliance entre le parti de Béji Caïd Essbebsi et le parti islamiste Ennahdha.

Mohamed Ennaceur, candidat unique à la présidence de l'Assemblée, a été élu avec une majorité très confortable de 176 voix sur un total de 214 votants.

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Bien que le vote se déroule à bulletin secret, il est mathématiquement impossible que Mohamed Ennaceur, député Nida Tounes, puisse se prévaloir d'une telle majorité sans les voix des députés d'Ennahdha. Ces derniers n'avaient présenté aucun candidat pour la présidence de l'Assemblée.

Les choses se sont corsées au moment du scrutin pour la vice-présidence. Ennahdha a présenté Abdelfattah Mourou face à Mabrouka Aouinia Brahmi, candidate du Front populaire. Abdelfattah Mourou a été élu grâce aux voix de 157 députés, soutenu ainsi par Nida Tounes au détriment de la veuve de Mohamed Brahmi (député assassiné en juillet 2013). Cette dernière ne récoltera que 33 voix (particulièrement celles du Front populaire et d'Afek Tounes).

Pour le poste de deuxième vice-président de l'Assemblée et avec le retrait de Noômane Fehri notamment pour respecter le principe de parité, la candidate de l'Union patriotique libre, Fawzia Ben Fodha l'emporte avec 150 voix favorables.

La nouvelle "troïka" ne plait pas à tout le monde

Ainsi, à la tête de l'Assemblée, Nida Tounes, Ennahdha et l'UPL semblent s'être mis d'accord. Ils ont du moins voté dans leur grande majorité pour chacun des candidats vainqueurs. Le président et ses deux adjoints ont en effet obtenu les voix favorables de plus de deux tiers des membres de l'Assemblée.

"Nous nous attendions à ce résultat (...) Les urnes ont révélé une alliance entre les deux droites, religieuse et libérale", affirme Mbarka Aouinia Brahmi sur les ondes de Mosaïque FM.

"Ils amènent le pays vers des guerres régionales, des manifestations (...) alors qu'ils sont main dans la main sous la table. (Ils) pouvaient avoir le courage de dire qu'(ils) étaient alliés. C'est une nouvelle troïka", a-t-elle lancé.

Pour Fawzi Ben Aberrahmane, un cadre du parti Afek Tounes, la question des alliances a un lien direct avec l'élection présidentielle. "Que Nida Tounes aille dans un sens ou dans un autre, cela aurait un impact positif ou négatif sur les résultats", a-t-il déclaré sur Mosaïque FM. "Bien sûr que ce n'est pas normal et nous les avons critiqué pour les retards engendrés".

"La responsabilité appartient au parti vainqueur des élections (...). Aujourd'hui chez Afek Tounes, nous ne savons toujours pas quelles sont les types d'alliances possibles", a-t-il encore précisé.

Selon Fawzi Ben Abderrahmane, "Nida Tounes devait faire un choix: soit il s'accorde avec Ennahdha sur la candidature d'Abdelfattah Mourou (...) ce qui voudrait dire qu'il perd son allié stratégique le Front populaire, qui a réclamé un vote en faveur de Mbarka Brahmi", soit il vote pour cette dernière, au détriment de sa "relation" avec Ennahdha.

"Il est finalement apparu qu'il existait un accord entre Ennahdha et Nida Tounes (...). Nous avons décidé de retirer notre candidature pour soutenir Mbraka Brahmi", a indiqué le représentant d'Afek Tounes.

Reste que tout dépend du second tour de l'élection présidentielle, pour lequel "Béji Caïd Essebsi cherche le soutien le plus large possible", a-t-il enfin assuré.

Pour Samia Abbou, députée du Courant démocratique, ce qui se passe est dangereux. "Quand on voit qu'il n'y a qu'un seul candidat et que tous ont voté pour lui, ce n'est plus un accord, c'est une transaction. (...) C'est un début dangereux", a-t-elle mis en garde.

"Je préfère une Assemblée où les gens se disputent, (...) et où chacun exprime son point de vue, qu'une (Assemblée) où si la même erreur se produit voire une erreur plus grave, on va sourire", a conclu Samia Abbou.

D'accord ou pas d'accord?

Face aux accusations d'alliance, les représentants d'Ennahdha et de Nida Tounes se défendent.

"Il y a eu une sorte d'accord et non une entente politique globale et cela n'a aucun rapport avec notre position concernant le second tour de l'élection présidentielle", a indiqué Sahbi Atig, député d'Ennahdha.

"Il n'y a rien de nouveau, il y a eu des pourparlers entre les collègues, mais aucun accord entre les partis", a pour sa part assuré Abdelfattah Mourou. "Les personnes concernées par l'Assemblée discutent en dehors de l'hémicycle et cela est tout à fait naturel. Pourquoi perçoit-on toute activité comme s'il y avait un complot et qu'on allait se partager le gâteau?", s'est-il impatienté.

Du côté de Nida Tounes, dont le candidat Béji Caïd Essebsi dispute le second tour de la présidentielle face au Président sortant Moncef Marzouki, on cherche à rassurer ses "alliés".

"Nous voulons dire à nos amis du Front populaire que nous sommes des alliés naturels, pour un grand projet de société, celui du progressisme, du modernisme, de la démocratie et de la réalisation des objectifs de la révolution", a affirmé Khemaïs Ksila, député Nida Tounes.

"Le 23 novembre, on a vu le Mouvement Ennahdha soutenir Moncef Marzouki de tout son poids et c'est son droit (...). Nous ne sommes pas disposés à faire quelque transaction ou alliance que ce soit avec Ennahdha".

"Pour ce qui est du vote, il s'est basé sur le poids des formations. (...) Si Mbarka (Brahmi) s'était présentée au poste de deuxième vice-présidente, les choses auraient été différentes", a-t-il assuré.

Les spéculations vont bon train depuis l'élection du président de l'Assemblée et de ses vice-présidents. Après les élections législatives, les dirigeants de Nida Tounes ont répété que les futures alliances dépendaient du résultat de l'élection présidentielle. La formation du gouvernement, pour laquelle le président de la République n'a dans un premier temps qu'un rôle formel, était attendue une semaine après les résultats définitifs des législatives. Elle a été repoussée au-delà de l'élection présidentielle sur la base d'une rédaction approximative du texte constitutionnel et d'une faille dans ses dispositions transitoires.

De même, le président de l'Assemblée et ses adjoints devaient être élus lors de la séance inaugurale de mardi, toujours selon les dispositions de la Constitution. En l'absence d'accords, les députés de Nida Tounes et d'Ennahdha (entre autres) avaient alors soutenu qu'il était possible de retarder cette élection, en laissant la séance inaugurale "ouverte" pendant deux jours.

Aucune juridiction n'est à ce jour habilitée à interpréter les dispositions de la Constitution, en l'absence d'une Cour constitutionnelle. En attendant, les interprétations appliquées sont celles de la majorité, soutenue par le quartet parrain du Dialogue national.

Après avoir grandement participé à la sortie de crise qui a éclaté après l'assassinat de Mohamed Brahmi, le "Dialogue national" joue encore un rôle prépondérant en tant qu'intermédiaire entre les différentes formations politiques et en se substituant officieusement à la Cour constitutionnelle à venir.

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