04/12/2014 08h:36 CET | Actualisé 04/12/2014 10h:18 CET

Corruption au Maroc: "Les lois ne suffisent pas"

Corruption: Le Maroc bon élève?
martin_kalfatovic/Flickr
Corruption: Le Maroc bon élève?

CORRUPTION - Le 20e rapport annuel de l’ONG Transparency International sur l’indice de perception de la corruption dans le monde vient de tomber. Le Maroc obtient un score de 39 points, ce qui le place à la 80e position du classement sur les 175 pays concernés par l’étude.

Pour commenter les résultats obtenus par le royaume, le Huffpost Maroc a contacté Abdeslam Aboudrar, président de l’Instance centrale de prévention de la corruption.

Huffpost Maroc: Quoiqu'il ait gagné 11 places par rapport à l'an dernier, le pays reste néanmoins en bas du classement dépassé par 13 pays africains et 8 pays de la région MENA. Quelle est votre lecture de ces chiffres?

Abdeslam Aboudrar: Ce rapport pénalise plutôt la petite corruption que la grande. Parmi les pays les mieux classés, il y a des paradis fiscaux, comme la Suisse ou Singapour qui profitent de la corruption internationale sans que l’indice ne les incrimine.

L’indice est plus orienté vers la dénonciation que vers la correction et la réforme. Il ne donne pas de moyens. Il n’est pas détaillé en sous-indices qui permettent aux gouvernements et aux responsables d’essayer d’améliorer leur situation.

Il faut relativiser l’importance de cet indice. Je disais ça les années précédentes quand le Maroc reculait dans le classement, et je continue à le dire maintenant qu’il a gagné des places.

Ce qui permettrait réellement de mesurer le progrès, la stagnation ou la régression, c’est quand les pouvoirs publics auront une stratégie claire en la matière : des objectifs, des délais, des responsabilités. Dans ce cas là, nous pourrons avoir une mesure réelle et une meilleure appréciation du chemin parcouru.

Quelles sont les secteurs les plus touchés par la corruption au Maroc?

Il n’y a pas de résultats concrets, il n’y a que des sondages d’opinions. L’Instance centrale de prévention de la corruption a fait une enquête assez large qu’elle se propose de diffuser dans les semaines qui viennent. On pourra dire d’une manière précise où est-ce que la corruption a causé le plus de torts et où se situent les risques les plus importants.

Quelles sont les mesures entreprises par le Maroc pour éradiquer ce fléau?

Parmi les actions entreprises, la création de l’Instance nationale de probité, de prévention et lutte contre la corruption, la ratification par le Maroc de la convention des Nations unies pour la lutte contre la corruption. Ensuite, il y a eu la loi sur la déclaration du patrimoine obligatoire, les lois sur la protection des victimes, des témoins, et des dénonciateurs de la corruption.

Le Maroc a également créé des tribunaux spécialisés en matière de crimes financiers pour rendre l’approche plus professionnelle. Le Maroc est en train d’adopter une loi sur les droits d’accès à l’information, de même qu’il y a eu la réforme des textes relatifs aux marchés publics.

De nombreuses actions ont également été menées sur le plan législatif.

Est-ce que vous pensez que ces mesures sont suffisantes?

Elles ne sont pas suffisantes, c’est évident. Les lois et les textes ne suffisent pas. Il faut les compléter par des dispositions opérationnelles. À titre d’exemple, la loi de la protection des témoins n’est pas réellement activée parce qu’il manque des mesures à prendre pour la rendre effective.

Donc l’effectivité des lois et des règlements est plus importante que la simple adoption de ces lois. De la même manière, il faut œuvrer dans tout ce qui est simplification des procédures, administration électronique… On est encore loin du compte. Aussi, pour mettre un terme à l’impunité, il faut que la reforme de la justice se fasse et soit complète et il faut que les lois puissent être sérieusement appliquées de manière impartiales.

On a l’impression que la corruption est une fatalité dans notre pays. Pensez-vous que l’on arrivera un jour à la réduire ?

Bien sûr qu’on y arrivera. Il faut qu’on y arrive. Il y a d’autres pays où la corruption était une tradition très ancrée, comme certaines nations asiatiques, et qui s’en sont sortis. Ils ont réussi à contrôler la corruption et à la réduire au minimum. On met sous-contrôle la corruption, on ne peut pas l’éradiquer complètement. C’est comme les autres crimes, le meurtre, le vol, etc. Il faut donc une stratégie claire et de la conscience. Il est également important de mettre les moyens nécessaires pour le faire. Il faut aussi éduquer parce que le volet intégrité est très important.

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