ALGÉRIE
29/11/2014 07h:30 CET | Actualisé 29/11/2014 08h:23 CET

Lotfi Ben Jeddou : La Libye est une "bombe à retardement" pour la Tunisie et l'Algérie

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La Libye est une "bombe à retardement" pour la Tunisie et pour l’Algérie a estimé le ministre tunisien de l’intérieur Lofti Ben Jeddou, dans un entretien au journal algérien El Khabar publié samedi

Les responsables sécuritaires tunisiens et algériens partagent la même appréhension à l’égard du gros "trou noir" que constitue la situation libyenne. Le ministre tunisien de l’intérieur estime la situation relativement maitrisée en Tunisie mais que les plus grandes appréhensions sont liées à l'état de chaos qui règne en Libye.

En Tunisie, 4000 personnes ont été arrêtées pour activités liées au terrorisme. 1350 personnes en 2013, 2700 en 2014. Selon lui, les trois groupes terroristes actifs à Chaambi, Kasserine et Jendouba ne dépassent pas les 100 à 110 membres dont une vingtaine d’Algériens recherchés par la justice algérienne. Le ministre tunisien fait état d’une coopération totale entre les services de sécurité algériens et tunisiens.

Lotfi Ben Jeddou a indiqué que des menaces terroristes ont plané sur l'élection présidentielle mais que ces services ont choisi de gérer la situation sans alarmer la population et pour éviter d’interférer sur la participation. Des informations en provenance des services de sécurité algériens, du renseignement tunisien et aussi des habitants qui vivent près des zones montagneuses, indiquaient que les terroristes tentaient de cibler l'opération électorale.

Lofti Ben Jeddou qui a évoqué longuement la stratégie sécuritaire mise en place a rejeté l'idée d'armer les citoyens pour faire face aux terroristes.

"Nous ne voulons pas mettre les citoyens en danger, on ne veut pas d'une guerre civile. Les terroristes n'ont pas attaqué les habitants jusqu'à présent, mis à part leur prendre des vivres. Nous évitons que les citoyens entrent en confrontation avec les terroristes. Nous n'avons pas demandé aux citoyens davantage qu'une aide en matière d'information, cela nous suffit et nous est utile dans la traque des groupes terroristes".

Trou noir

La situation du point de vue de Lofti Ben Jeddou est largement maîtrisée en Tunisie mais le chaos libyen constitue la plus grande des menaces.

"Ce qui nous inquiète le plus maintenant est la situation en Libye, notamment la contrebande d’armes. La Libye est une bombe à retardement pour nous et pour l'Algérie. Nous parlons là de véhicules 4X4 disponibles comme des jouets, chez les extrémistes en Libye, de camps d'entrainement, de missiles SAM7 disparus, de missiles guidés, de roquettes RPG7 et d'avions.

Il y a 12 avions disparus en Libye qui peuvent être utilisés dans des opérations spectaculaires en Tunisie et en Algérie. Nous parlons de gens qui ne pensent à rien d'autre qu'au sabotage et à la destruction".

La faillite de l’Etat en Libye, la multiplicité des milices et l’absence de visibilité de leurs orientations créent ainsi une situation angoissante.

"La situation est inquiétante en Libye car on ne sait pas qui contrôle les points de passage. A Chaque fois, c'est un nouveau groupe. La situation à l'est n'est pas la même qu'en ouest. Même les membres d'Ansar Charia ne se sont pas d'accord entre eux. On ne connait pas l'orientation du groupe de Misrata. Le groupe de Zentan, le plus proche de l'Algérie et de la Tunisie, ne contrôle pas, hélas, les points de passage".

Cette situation, explique-t-il, a imposé de mettre en place une zone tampon de 300 km passant par Jendouba et El Kef au sud pour empêcher l'infiltration de terroristes tunisiens et libyens et le trafic d’arme.

Lofti Ben Jeddou a mis en cause de riches personnages de pays du Golfe, adeptes de la pensée "takfiri", dans le financement du terrorisme en Tunisie.

"Nous disposons d'information de services de renseignements sur de riches arabes du Golfe adeptes de la pensée takfiri qui financent les groupes terroristes. Je ne parle pas des Etats, je parle d'hommes riches en tant que personnes. Il y a également les rançons versées par plusieurs Etats européens à AQMI au Mali et dont la Katbia Okba Ibn Nafaa a reçu une partie pour acheter des armes".

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