MAGHREB
19/11/2014 05h:29 CET | Actualisé 19/11/2014 05h:58 CET

Tunisie: Des artistes se méfient du retour en grâce d'ex-partisans de Ben Ali, après l'arrivée de Nida Tounes sur le devant de la scène (VIDÉOS)

Des artistes se méfient du retour en grâce d'ex-partisans de Ben Ali, avec Nida Tounes
Collage
Des artistes se méfient du retour en grâce d'ex-partisans de Ben Ali, avec Nida Tounes

Chanteur, comique ou journaliste, une partie de l'intelligentsia tunisienne se prépare à défendre bec et ongles la liberté d'expression acquise avec la révolution, la victoire de Nida Tounes aux législatives lui faisant craindre le retour de certains ex-partisans de la dictature.

Grands critiques du régime chassé par le soulèvement de 2011, les rappeurs sont au premier rang des inquiets, à l'instar d'El Général qui consacre sa dernière chanson aux anciens du RCD, le parti de Zine El Abidine Ben Ali, qui occupent désormais des postes-clés à Nida Tounes.

"Oh RCDistes (...) on a bien cru s'être débarrassés de vous mais avec insolence vous êtes revenus", martèle le jeune homme dans un clip montrant des figures du parti qui a devancé aux législatives d'octobre les islamistes d'Ennahdha.

Les craintes d'artistes ou de journalistes, victimes d'une censure de tous les instants jusqu'à la révolution, sont d'autant plus marquées que le chef de Nida Tounes, Béji Caïd Essebsi, bientôt 88 ans, est aussi le favori de la présidentielle prévue dimanche.

Or s'il a été, en tant que Premier ministre, l'artisan des premières élections libres de l'histoire de la Tunisie en octobre 2011, il a aussi été ministre de l'Intérieur sous le régime autoritaire d'Habib Bourguiba et président du parlement de Ben Ali au début des années 1990.

Dans ce contexte, le rappeur Weld El 15, critique acerbe d'Ennahdha lorsqu'ils étaient au pouvoir, est loin de se réjouir de voir les principaux opposants aux islamistes revenir au pouvoir.

Nida Tounes "va ouvrir grand les portes aux caciques de Ben Ali, aux experts dans l'art de la censure et de la répression", prédit-il.

"Sous prétexte de rétablir le prestige de l'Etat, il faut qu'on s'attende à beaucoup de restrictions au niveau des libertés". Mais "la liberté d'expression est le principal acquis de la révolution et jamais on ne laissera qui ce soit nous la reprendre. On n'a plus peur de personne!", lance-t-il.

Le comédien Lotfi Abdelli, qui, après avoir tiré à boulets rouges sur les islamistes, se moque de Nida Tounes, assure que son changement de cible fait grincer bien des dents.

"Pendant trois ans ils me disaient 'vas-y, t'es fort, tu es notre humoriste' parce que je descendais Ennahdha. Maintenant que je me suis attaqué un peu à Nida Tounes, je deviens le mec inculte, qui n'a pas d'humour, qui n'a aucun respect", s'amuse-t-il.

Du coup, il en rajoute une couche: "Essebsi le vieux (...), il peut aller à deux réunions: lui va à l'une et il envoie son dentier à l'autre".

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Démagogie

Chez les principaux intéressés, on dénonce un procès d'intention, soulignant que Nida Tounes n'est pas encore au pouvoir et qu'il va devoir composer avec une foule de partis et une opposition islamiste forte pour constituer une majorité de gouvernement.

"Parler de 'taghaouel' (domination) de Nida Tounes sur la scène politique est de la pure démagogie pour faire peur aux électeurs", argue Faouzi Elloumi, co-fondateur de la formation politique.

"Je peux comprendre les craintes des gens mais elles ne sont pas fondées, il y a des personnes qui essayent de les induire en erreur. Les Tunisiens savent qu'il y a aucun risque de dérapage", assure-t-il.

"La présence d'une société civile et d'une opposition très puissantes (...) est un rempart contre tout retour à toute idée de répression", assure encore cet homme d'affaires.

Malgré ces assurances, la prudence reste de mise au Syndicat national des journalistes tunisiens. Mais les militants syndicaux jugent que le danger ne provient pas seulement de Nida Tounes, notant qu'Ennahdha et d'autres ont aussi voulu brider certains principes démocratiques.

"Le combat pour la liberté d'expression n'est pas fini. Par expérience, nous avons appris que chaque nouveau gouvernement tente de limiter cette liberté", relève ainsi le président de l'organisation, Néji Bghouri.

"Nous avons des craintes permanentes parce que nous sommes convaincus que la classe politique d'une manière générale n'est démocrate que dans son discours", assène-t-il.

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