ALGÉRIE
19/11/2014 02h:34 CET | Actualisé 19/11/2014 10h:47 CET

La CNLTD veut, sans dire comment, pousser Bouteflika vers la sortie et demande une présidentielle anticipée

Au siège du MSP, la CNLTD a demandé des présidentielles anticipées
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Au siège du MSP, la CNLTD a demandé des présidentielles anticipées

L’alliance de partis et de personnalités algériennes regroupées dans la CNLTD veut le départ de Bouteflika et la tenue de présidentielles anticipées. Elle ne dit pas comment et par quels moyens, elle compte atteindre cet objectif. La démarche du FFS pour un "consensus national" est rejetée. Un "radicalisme" qui pourrait être l’expression de ce que Mouloud Hamrouche qualifie "d’impasse générale".

L’instance de concertation et de suivi de l'opposition (ICSO) de la CNLTD (Coordination nationale pour les Libertés et la transition démocratique) a demandé, mardi 18 novembre, à l’issue d’une réunion tenue au siège du Mouvement de Société de Paix (MSP-Frères Musulmans) à la mise en place d’une instance indépendante et permanente de gestion des élections et la tenue d’élections présidentielles anticipées.

L’instance de la CNLTD considère que l’Algérie connait une "crise de pouvoir" et que la situation politique traversée par le pays "est grave" et imprévisible en raison "de la paralysie des institutions de l’Etat du fait de la corruption du système politique, de son échec, de son absence de légitimité".

L’instance ajoute que la "vacance du poste du président de la république " en est l’une des "pires manifestations". Les membres de la CNLTD ont, une nouvelle fois et sans la citer nommément, rejeté l’initiative du FFS pour le "consensus national".

La relance de l’appel à la mise en œuvre de l’article 88 était prévisible après le voyage médical non-officiel du président Abdelaziz Bouteflika à Grenoble sur lequel les autorités continuent de maintenir un silence total.

La tenue d’une élection présidentielle anticipée suppose de facto un constat officiel de vacance du pouvoir à travers la mise en œuvre des dispositions de l’article 88 de la Constitution sur l’empêchement du président de la République pour cause de maladie durable.

Le président Bouteflika a reçu le lendemain de son retour les lettres de créances de quatre ambassadeurs accrédités à Alger. Les images diffusées par la télévision algérienne sont présentées, par les journaux pro-gouvernementaux comme un "démenti" des "spéculations" sur son état de santé.

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L’appel à la mise en œuvre de l’article 88 de la Constitution est récurrent chez les membres de la CNLTD mais sa faisabilité reste totalement problématique. Le communiqué publié à l’issue de la rencontre ne dit pas comment la CNLTD compte y parvenir alors que jusque-là ses appels sont restés sans écho.

Des juristes ont relevé que du point de vue juridique, l’article 88 de la Constitution est inapplicable car il ne prévoit pas qui est habilité à saisir le Conseil Constitutionnel pour sa mise en œuvre. Le même article ne donne pas le droit d’auto-saisine au Conseil constitutionnel.

En l’état actuel des choses, a estimé le juriste, "c'est l'armée en l'absence de toute autre institution forte qui détient les clés de la solution".

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La position "radicale" des membres de la CNLTD n'a cependant pas les moyens d'être traduite dans la réalité. Elle n'a pas la capacité de mobiliser la population sur des thèmes politiques. L'armée, à travers son représentant officiel, le général Gaïd Salah, a régulièrement rejeté les appels qui lui sont, implicitement, lancés pour hâter le départ de Bouteflika.

Amar Saadani, Secrétaire général du FLN, s'est exprimé également, mardi, lors d'une rencontre avec Amara Benyoues, sur la question de la "vacance" du pouvoir en déclarant que "toute tentative de porter atteinte à la légitimité du chef de l'Etat est une ligne rouge à ne pas dépasser".

Le dossier du président n’est pas un "bulletin météo »

Le secrétaire général du FLN n'a pas apprécié une question d'un journaliste d'El Khabar sur la "possibilité d'une transmission héréditaire du pouvoir". "La crise algérienne ne se trouve que dans les locaux d'El Khabar" a-t-il rétorqué. De son coté, Amara Benyounès, en réponse à une question sur la santé de Bouteflika, a justifié l'absence de communication officielle.

"Le dossier du président n'est pas un bulletin météo que la présidence publie 4 fois par jour... Vous avez vu le président à la télévision entrain de recevoir des ambassadeurs, c'est une réponse à ceux qui sèment le doute".

Au sujet des appels au départ du président pour raison de santé, Amara Benyounès a répondu : "l'opposition a vu que le président était malade avant les élections et s'est opposée à sa candidature, il a été élu. Ceux qui veulent occuper le fauteuil du président doivent attendre 2019 !"

Mouloud Hamrouche à EL Oued

mouloud hamrouche

Impasse au pouvoir et dans l’opposition

Mouloud Hamrouche, n'a pas participé à la réunion de la CNLTD à laquelle ont pris d'anciens chefs de gouvernement comme Ali Benflis, Sid Ahmed Ghozali, Ahmed Benbitour et Mokdad Sifi.

L'ancien chef de gouvernement réformateur semble avoir pris ses distances de la CNLTD dont le "radicalisme de façade" est critiqué par ses proches. Mouloud Hamrouche relève en tout cas la vanité des appels à l'application de l'article 88 sur l'empêchement.

"Techniquement, politiquement, idéologiquement (…), il n’existe nulle part un article dénommé article 88, et ce, pour la simple raison que cette Constitution n’offre pas les moyens de son application", a-t-il déclaré lundi à El Oued.

Mouloud Hamrouche a appelé, une fois de plus à un "nouveau consensus national, le seul à même de sauvegarder l’identité, l’unité, la sécurité nationales et réhabiliter l’Etat-nation."

Selon lui, "l'impasse" est générale, aussi bien chez le pouvoir qu'au sein des partis et qu'il est impératif d'aller vers la convergence pour en sortir. "L’objectif, in fine, est de savoir comment mettre un terme au cycle de violence et éviter de rentrer, à nouveau, dans une instabilité politique et sécuritaire" car, avertit-il, "la société peut se laisser tenter par toute déroute ou toute dérive".

L'urgence n'est pas d'affaiblir le pouvoir ou les partis ou de faire imploser les oppositions et encore moins à la perpétuation du statuquo. " L’urgence est à la réhabilitation de l’Etat et de ses fonctions pérennes, à la primauté de la loi et à la prépondérance de l’action politique".

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