ALGÉRIE
13/11/2014 11h:18 CET | Actualisé 13/11/2014 11h:59 CET

Balade dans les rues d'Alger avec Louise, petite fille de l'écrivain Mohammed Dib

Aurélie Lecarpentier pour le HuffPost Algérie

Louise Dib, 26 ans depuis peu et graphiste de son métier, petite fille de l’écrivain Mohammed Dib (1920-2003), a proposé dans le cadre de Djart’14, la biennale culturelle pluridisciplinaire inaugurée à Alger ce 8 novembre, un "safari typo". Une expédition qui a pour but de photographier dans les quartiers de la capitale, des lettres, des dessins et des signes.

Louise Dib a donné rendez-vous aux participants, mercredi 12 novembre, sur la placette Ben Boulaïd à Alger. Dans une ambiance chaleureuse et conviviale, ce sont 15 personnes qui ont sillonné les rues de la capitale à cette occasion.

Chacun a répondu à l'envie de venir découvrir et "couvrir" la Casbah, Bab El Oued, Télémly et Meissonnier, quatre quartiers d'Alger-centre. Certains ont fait 400 km pour être présent et profiter de cette opportunité. On vient de Constantine, Bejaïa, Tipaza et bien sûr Alger...

safari djart

Louise insiste sur le côté documentaire de l'action. Elle a le souci de préserver la diversité typographique de la ville et d'en garder la trace, la mémoire. Témoigner des enseignes des magasins, des noms des rues, des tags, d'autant plus que la rue Didouche a déjà commencé à voir ses enseignes "normalisées" en lettres d'or...

Fragments de signes, réappropriation de la rue

Le projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps semblait irréalisable. Elle l’avait proposé à l'Institut Français sans pouvoir aboutir à sa réalisation. Aujourd'hui, grâce à l'équipe de jeunes artistes et de personnes engagées pour l’accès de tous à la culture qui a lancé la plateforme Trans-Cultural Dialogues, son projet a vu le jour. Elle explique qu’elle a participé au projet Djart’14 un peu par "hasard".

"Je n'étais pas du tout au courant jusqu'à la semaine dernière. Samir Toumi, l'écrivain initiateur du lieu atypique pour les artistes algériens, baptisé "La Baignoire", a partagé l'événement Djart ’14 sur Facebook. J'ai cliqué et j'étais tellement surprise que des gens veuillent s'approprier l'espace public ici en Algérie. Je me suis sentie vraiment proche de leur démarche!"

Elle qui rêvait quand elle était petite qu’un "bateau navigue sur la Méditerranée dans le but de promouvoir l'art, faire circuler des expositions... "a saisi l’occasion.

"J'ai contacté l'équipe de Djart avec mon projet. Ça s'est fait du jour au lendemain, comme Djart se fait. On a organisé l'atelier en une semaine. Ici à Alger, à des moments on peut tout faire, parfois tout est bloqué !"

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Galerie photo Safari typo à Alger Voyez les images


Graphiste freelance, créatrice de caractères typographiques

Louise Dib est graphiste freelance. Elle travaille avec les éditions Barzakh. En 2013, ils ont coédité "Alger sous le ciel". Elle travaille aussi avec une nouvelle revue qui s'appelle Med in Marseille (Média Euro-méditerranéen des diversités à Marseille) qui donne la parole à des personnes issues de différentes couches d'immigration de la ville française. C'est un magazine sur le net.

Elle crée des caractères typographiques notamment pour des titrages de magazines, selon leur identité visuelle, elle dessine des logos et s’intéresse particulièrement à l'édition. Après un bac littéraire option histoire de l'art, elle a suivi une mise à niveau dans une école d'arts appliqués, puis décroche un BTS en communication visuelle à Sèvres et enfin un diplôme supérieur d'art appliqué à Estienne, à Paris, en design typographique.

louisa dib safari

Diplômée en 2011, elle a commencé à travailler avec un studio à Paris dirigé par Andy Amadi Okoroafor qui réalise beaucoup de vidéos pour la mode ainsi que des longs métrages. Elle a fait sa connaissance, aux rencontres typographiques de Lure, près d’Aix en Provence, "où viennent tous les typographes de France".

"Son travail est très sensible, très plastique, très lumineux. J'avais été attirée par son travail et demandé de faire un stage dans le studio. Il a accepté et j'ai été assistante du directeur de création ce qui m'a donné une bonne vision de l'organisation du travail freelance puisque je m'occupais de tout. Être en contact avec les clients, en même temps que je devais faire un story-board... J'ai fait ce stage pendant un mois et j'ai bossé en freelance pour lui pendant un an".

Louise Dib, digne héritière

Sur son grand-père, l’écrivain Mohammed Dib, elle dit qu’il était un humaniste. A la différence de son frère, Ghaouzi Dib, qui s’était engagé au FLN et a été emprisonné. Mohamed Dib, tout en partageant les valeurs du mouvement de libération a préféré une autre forme d’engagement. "On lui a reproché de ne pas prendre position. Pourtant il avait une autre manière de s'engager, à travers l'écriture. Il ne voulait pas avoir de carte, de couleur, d'arme, juste l'écriture. Juste raconter".

C’est pour cela, ajoute-t-elle, qu'à travers cette trace des écritures, je me retrouve un peu dans son parcours à lui qui a fixé cette période de la colonisation dans les campagnes.

Couscous dominical à la tlemcénienne

Quand on lit La grande maison (1952), Le métier à tisser (1957) et L'incendie (1954), cela parle vraiment de la vie des gens dans la campagne lorsqu'il était enfant. La grande maison, c'est la maison où il a vécu avec sa mère, ses frères et sœurs".

"Cette trilogie a été écrite juste avant l'indépendance", reprend-elle. Ensuite il y a eu Dieu en Barbarie (1970) qui pose toute la question de ce qui est à faire maintenant que l'Algérie a arraché son indépendance. C'est aussi l'époque où il a pris la décision de quitter l'Algérie. Sa position était compliquée en tant qu'écrivain de langue française. En 1962, lui et sa grand-mère ont choisi d'aller au Maroc avec leurs enfants. Son père avait 5 ans, il était le plus jeune de la fratrie".

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Louise a très bien connu son grand-père parce qu'à partir de 40-45 ans, il a décidé d’aller vivre en région parisienne, là où elle est née et où elle a grandi. Alors toutes les deux semaines, il était de coutume de se retrouver pour manger le "couscous dominical" dit-elle en rigolant. A sa mort en 2003, elle avait 14 ans.

Lorsqu'ils apprennent qu’elle est la petite fille de Mohamed Dib, le regard que les gens posent sur elle est très affable. "Ils ont le sourire. "Ça les rend heureux et moi aussi."

Marseille, nouveaux horizons

Depuis qu’elle est à Marseille, elle a rencontré quelques personnes qui ont travaillé sur l’œuvre de son grand-père. En musique, par le théâtre. Plus elle grandit et plus elle prend du recul par rapport à cet héritage. Elle a lu les romans de son grand-père lorsqu’elle était enfant. Elle les relit maintenant avec un autre regard. Elle évoque aussi les livres pour enfant qu’il a écrit, dont un spécialement pour son frère: "L'Hippopotame qui se croyait vilain"... Et sa grand-mère ? Elle prépare toujours le couscous le dimanche à la façon tlemcénienne, avec du safran.

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Plus près du bled, "Bent Houma"

Dans cette recherche personnelle que fait Louise Dib à travers l’art et l’édition, il y a l’attachement à l’Algérie, où elle revient régulièrement. Elle a choisi de demander la nationalité algérienne en 2011 pour officialiser son appartenance. "J'ai appelé la Mairie de Tlemcen en leur demandant l'extrait d'acte de naissance de Mohammed Dib et de Faes Dib (mon père) et ils me l'ont envoyé très rapidement et à leurs frais. Je pense qu'ils étaient contents. Ensuite les démarches étaient un peu plus difficiles en France. Je devais m'inscrire à la préfecture de mon lieu de naissance, puis de mon lieu de résidence. Je ne l'ai pas encore fait à Marseille, mais je le ferai pour le passeport biométrique obligatoire à partir de 2015?"

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