ALGÉRIE
09/11/2014 11h:16 CET | Actualisé 09/11/2014 15h:45 CET

DJART - Entretien avec Nicène Kossentini, auteure de l'installation sonore: "L'Algérie m'a été inaccessible par l'image"

Nicène Kossentini, à la conférence de presse à l'occasions du lancement de DJART, le 6 novembre 2014
Aurélie Lecarpentier pour HuffPost Algérie
Nicène Kossentini, à la conférence de presse à l'occasions du lancement de DJART, le 6 novembre 2014

Née en 1976 à Tunis, Nicène Kossentini est diplômée de l’académie des beaux-arts de la même ville. Elle est l’auteure de « l’exposition sonore urbaine », un évènement qui fait partie de la Biennale culturelle DJART et qui occupe 5 endroits à Alger: le jardin d’Essai, le monument Maqam Echahid, la villa Abdellatif, la grotte Cervantès et le musée des beaux-arts.

En marge de la conférence de presse du lancement de DJART, le 6 novembre, l’artiste Nicène Kossentini en parle au HuffPost Algérie.

HuffPost Algérie:< Comment est venu l’idée de cette exposition ?

Nicène Kossentini : En 2012, j’étais en résidence à ARIA (Artist Residency in Algiers). Je suis vidéaste à la base et l’idée était de faire un projet qui me permettrait de connaitre ce pays à travers le vécu des gens. J’avais besoin qu’on me raconte le vécu, pas l’histoire qu’on trouve dans les livres.

Hélas, ça n’a pas marché car l’Algérie m’a été inaccessible par l’image, les personnes approchées n’ont pas accepté. J’ai été confrontée à une opacité et je me suis dite qu’il faut une autre approche. J’ai donc opté pour le son.

Comment s’est faite l’approche cette fois ?

Vers la fin de ma résidence, j’ai décidé de sortir dans la rue rencontrer des gens ordinaires. Bien que ce médium (le son) me soit étranger, j’ai recueilli 15 témoignages au total. A l’occasion de DJART, 5 seulement font partie de cette installation sonore.

Ces témoignages portent sur quels thèmes?

Leurs vies! Tous ces personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, m’ont raconté leur vécu. Je leur ai demandé de dire ce qu’ils veulent, un détail peut révéler un secret, un événement. Ces témoignages sont comme des fragments d’une histoire.

Nessma, par exemple, une jeune fille de 23 ans, parle de son enfance durant les années 1990 et de l’évènement extrêmement violent qu’elle a vu. Elle explique aussi le paradoxe qu’elle vit, entre des parents très protecteurs et une société très différente qu’elle n’a commencé à découvrir que récemment. Kelthoum, un autre exemple, une femme modeste dont le mari est décédé quand elle avait 30 ans. Elle a dû élever seule ses 10 enfants.

Ce qui est intéressant sont les petits détails, les hésitations dans les voix, parfois les non-dits. Ils peuvent révéler plus que les mots.

Comment avez-vous choisi les endroits pour votre exposition ?

Certains de ces témoignages ont déjà été montrés lors d’une exposition à Francfort, avec des sous-titres sur des écrans, mais la perception était différente.

Je me suis dite qu’il serait plus intéressant de montrer ces histoires invisibles dehors. Djalila Djalila Kadi-Hanifi,la directrice d’ARIA, a proposé ces lieux presque désertés par les Algérois. Cette exposition sonore est peut-être aussi l’occasion de ramener des gens vers ces endroits.

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