MAROC
07/11/2014 08h:32 CET | Actualisé 22/01/2015 09h:36 CET

Daech: Témoignage de la famille de deux Marocains partis combattre en Syrie

Capture d'écran Vice

DAECH - Ils ont quitté leur famille pour aller combattre en Syrie. Le HuffPost Maroc est parti à la rencontre de leurs proches.

Mohammed et Abderrazak, deux frères partis combattre, en juin 2013, en Syrie rêvaient du paradis. Ils ont trouvé l’enfer. L’un, 31 ans, est mort il y a trois mois dans un combat entre fractions rivales. L’autre, 27 ans, attend encore son tour, la mort dans l’âme.

Nés à Bouskoura, une commune rurale au sud de Casablanca, d’un père vendeur à la sauvette et d’une mère au foyer, Abderrazak et Mohamed n’avaient rien du profil de l’intégriste invétéré. Loin s’en faut. Ayant quitté tôt les bancs de l’école, Mohamed, désœuvré, a découvert très vite les paradis artificiels que lui offraient le Qarqoubi, le haschisch et la vinasse.

Taciturne, docile et moins enclin à la drogue, Abderrazzak préférait, lui, accompagner son père à Garage Allal, un petit souk informel où ils étalaient leurs marchandises, de vieux objets sans grand intérêt (vieilles radios, ustensiles de cuisine, porte-clefs…). Les faibles recettes, 50 à 100 dirhams par jour dans les meilleurs des cas, permettaient à peine à la famille de subvenir à ses besoins les plus élémentaires.

Lassé par la misère et la dépendance aux parents, Mohamed apprend la coiffure et loue, après un stage d’un an, un petit local où il exercera pendant deux ans. Entre-temps, la métamorphose s’est opérée.

Le virage

"J’ai dû mal à comprendre ce qu’il leur est arrivé", confie son père, Bouchaib, la cinquantaine, au lendemain du décès de son fils Mohamed. C’est que la métamorphose a été brusque. Du jour au lendemain, les deux frères troquent leurs cassettes de musique contre des prêches extrémistes, consacrant le plus clair de leur temps à la prière et à la lecture du coran.

Mohamed abandonnera bientôt son salon de coiffure pour vendre, avec son frère Abderrazak, du lait fermenté. La raison: "Beaucoup de mes clients viennent chez moi pour se couper ou se tailler la barbe. La barbe est une obligation religieuse" expliquait Mohamed à ses parents. La coiffure est décrétée haram.

Quelques années plus tard, pétris d’extrémisme religieux, nourris tant par les prêches que par les histoires de djihad romancé relatés sur des sites djihadistes, les deux jeunes décident de franchir le pas ultime l’un après l’autre.

"Ils ont vendu leurs motos et nous ont dit qu’ils partaient pour l’Arabie Saoudite, où ils se reconvertiraient dans un autre métier" se souvient Bouchaib, ému aux larmes. Leur destination, c’était plutôt la Turquie, puis la Syrie à travers les frontières terrestres entre les deux pays.

"Je n’en reviens toujours pas. Qu’est-ce qu’ils ont à défendre en Syrie ou en Irak? En quoi ça honore l’islam?" s’interroge le père, qui risque de perdre un deuxième fils dans un conflit dont il ignore tout.

"Si c’était pour défendre sa patrie, j’aurais accepté mais, là, c’est des gens qui s’entretuent. Ce n’est pas ça, l’islam."

Le piège

Après la mort de son frère, Abderrazak, qui combat aujourd’hui pour Daech (l’Etat islamique), ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté, il est contraint de poursuivre l’aventure, sous peine de représailles. Et quand bien même il arriverait à s’échapper du filet de Daech pour regagner le Maroc, il tomberait à coup sûr entre les mains de la police. Tiraillé entre l’envie de revenir et le sort qui lui est réservé, dans l’un ou l’autre cas, il a choisi la résignation.

"Il s’est mis tout seul dans le piège", regrette Bouchaib qui ne reverra probablement jamais son fils. Son dernier appel date de la fête d’Al Adha, selon un membre de sa famille: "Ils sont généreux, ils ont égorgé des veaux pour nous", leur a-t-il dit. Au diable la sunna, qui voudrait plutôt que l’on égorge un mouton.

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.