ALGÉRIE
28/10/2014 13h:06 CET | Actualisé 28/10/2014 14h:07 CET

Laurence Vilaine, initiatrice du projet d'écriture "Tambour battant" à Alger: "L'idée est de s'interroger sur qui je suis en tant que femme"

Laurence Vilaine

La littérature s’est emparée de la capitale algérienne. En attendant l’ouverture officielle du 19e Salon international de la littérature algérienne (SILA), mercredi 29 octobre, les rencontres et rendez-vous d’écrivains battent leur plein.

Dans cette effervescence littéraire, une dizaine d’Algériennes se retrouvent chaque soir au Centre diocésain des Glycines d’Alger pour partager leur amour des mots. Baptisé "Tambour battant", ce projet d’écriture collective a été initié par Laurence Vilaine, écrivaine française, auteure du Le silence ne sera qu'un souvenir, édition Gaïa, dans le cadre de sa résidence d’écriture d’un mois à Alger du 9 octobre au 9 novembre.

Huffington Post Algérie: Comment est né "Tambour battant"?

Laurence Vilaine: "J’ai bénéficié d’une résidence d'écriture de deux mois de la part de la structure d'action littéraire La Marelle avec un temps à Alger et l’autre à Marseille. Comme je n’avais pas envie de rester une simple observatrice, dans mon hôtel, à l’image de n’importe quel touriste, j’ai réfléchi à un projet que je pourrais partager avec des gens d'ici. Et comme, je suis en ce moment dans l'écriture d'un deuxième roman où la place de la femme est assez présente, c’est autour de ce thème et avec des Algériennes que j’ai eu envie de réaliser ce projet".

Présentation du projet "Tambour battant" par Laurence Vilaine:

"Je suis femme, je suis jeune fille. Je suis épouse, mère, grand-mère, soeur, cousine, simple voisine. Et je cours, tambour battant. Qui suis-je dans mon pays ? Je fonce, pieds nus ou je monte sur mes talons, je ris dans le soleil, je marche la tête haute. Ou bien je la rentre dans mes épaules, je retiens mon souffle, rase les murs et m’efface dans l’ombre. Je danse, je tourne, je fais tourner mes robes, mon corps est désirable et il désire aussi ; parfois on le siffle, on le viole à seulement le jauger de la sorte et il a mal de cela, il a peur de la poigne des hommes. Qui suis-je dans ma ville, dans ma rue, dans ma maison?"

Comment s’est mis en place le projet à Alger?

J’ai d’abord pris contact avec des éditeurs algériens qui m’ont orienté vers des Algériennes qui pratiquent l'écriture, soit qu’elles aient participé à des concours de littérature ou qu’elles aient déjà publié des ouvrages. Puis, j’ai lancé une page Facebook baptisée "Tambour battant" appelant les passionnées d’écriture à présenter leurs candidatures. Au total, j’ai choisi une dizaine de femmes âgées entre 20 et 45 ans aux profils très différents : journalistes, pharmacienne, étudiante en médecine, étudiante aux Beaux Arts, plasticienne, etc. Concernant le lieu, La Marelle connaissait le Centre diocésain des Glycines que j’ai contacté pour mon hébergement. Quand je leur ai parlé de mon projet, ils ont tout de suite accepté de mettre une salle à ma disposition pour accueillir le groupe. Et il faut dire que le lieu, calme et agréable, se prête parfaitement à l’écriture.

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Comment s’organise la semaine "Tambour battant"?

Les séances d’écriture ont commencé mardi 21 octobre. Chaque soir nous nous retrouvons à partir de 17H30 jusqu’à 20H30. Au début, je leur ai proposé plusieurs petits exercices d’écriture afin de tisser des liens au sein du groupe. A partir de consignes diverses, elles devaient écrire des textes assez courts pendant 20 à 30 minutes qu’elles lisaient ensuite à voix haute. Mercredi soir, il y avait une soirée à l’Institut français d’Alger autour de l'écrivaine algérienne Maïssa Bey à laquelle nous sommes toutes allées. Et vendredi, nous avons organisé une promenade à Bab El Oued avec un pique-nique sur l’esplanade Kettani. Sur place, on s'est imprégné de l'instant en prenant les mots qui viennent mais sans vraiment écrire et l'après-midi, on a mis en mots nos impressions du matin aux Glycines. Le fait de sortir ensemble a renforcé les liens.

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Quelle sera la forme finale du projet?

Rien n’est encore précisément arrêté mais l’idée est de réunir les textes les plus aboutis et travaillés au cours de la semaine dans un recueil. Les dernières séances sont consacrées à la reprise des textes écrits sur différents sujets mais toujours autour de la question qui nous occupe à savoir: "Qui je suis en tant que femme?" Ensemble on va retenir les textes dont elles seront fières de voir publiés et lus. Ce travail final sera illustré par les photographies des deux photographes qui nous accompagnent sur le projet: Redouane Chahib et Sonia Merabet.

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