MAROC
27/10/2014 18h:28 CET | Actualisé 23/11/2014 09h:58 CET

Dur dur d'être végétarien au Maroc

VEGETARIEN - Difficile de survivre dans un pays de carnivores quand on est végétarien: manque de produits, incompréhension de l'entourage et  clichés à tout va…

Ce n'est pas un acte contre-nature au Maroc

Contrairement à l'idée reçue, cela fait partie de notre culture. Mohamed Houbaida souligne dans son livre Le Maroc végétarien, 15ème-18ème siècles, que "les populations du Maroc précolonial vivaient selon un régime végétarien, se nourrissant essentiellement de céréales, de légumes et de fruits".

Ces nourritures végétales, signes de pauvreté mais diététiquement riches, ont préservé, "physiologiquement parlant, l'intégralité biochimique et fonctionnelle des Marocains tout au long de l'histoire". 

Les restaurants et les supermarchés ne proposent pas de produits pour végétariens

vegetables

"Du soja, des fruits et des légumes. C'est tout ce que proposent les supermarchés", se désole Mohamed Mejjat, qui a désespérément cherché du tofu (fromage à base de lait de soja) dans tous les marchés et les supermarchés de Casablanca.

"J'aurais bien aimé être végétarien à 100%, mais le manque de produits destinés à la consommation des végétariens au Maroc fait que l'on est forcé de consommer certains aliments, qui n'entrent pas dans le régime végétarien", nous informe Hamza Grine, adepte du régime sans viande depuis six ans.

Quant aux restaurants, la majorité de leurs plats contiennent au moins un aliment que les végétariens ne consomment pas, et les restaurateurs ne sont pas à l’écoute des exigences du végétarien.

"Un jour, j'ai demandé à un serveur l'une de leurs salades, mais sans crevettes, sans œufs et sans mayonnaise. Il a refusé, arguant qu'il ne sert que ce qui figure dans leur menu. Il a fallu que je lui tende un petit bakchich pour qu'il accepte ma commande", raconte Mohamed Mejjat.

D'autres se rabattent sur les bars à salades "qui deviennent tendance au Maroc pour les végétariens", explique Rajae Hammadi, journaliste à Global Girl Média. "Pourtant, la gastronomie marocaine est très variée et s’adapte très bien au régime végétarien “, estime Zainab Bouslama, animatrice d’une page Facebook destinée aux végétariens du Maroc. "On trouve de surcroît chez nous une grande diversité en fruits et légumes de bonne qualité", ajoute-t-elle.

 

Le Marocain ne comprend pas le végétarien

Patrick Lowie, écrivain et metteur en scène belge installé au Maroc depuis quelques années, raconte que dans son pays d’accueil, "c'est plutôt épuisant d’être végétarien".

A Bruxelles, il subissait souvent "des discriminations, des débats inutiles sur le bien fondé de mon choix, des remarques genre 'on t'a laissé un coin du jardin pour brouter' ou 'comment tu fais avec les protéines?'. Je me fais traiter d’Ayatollah de la Carotte, ou on me pose la question qui tue: 'Que va-ton faire avec tous ces animaux si on ne les tue pas ?". 

Ici, au Maroc, il doit faire face à l'incompréhension des non-végétariens: "Les gens se disent que je fais cela parce que je suis diabétique.

Le plus dur ici est de commander un tajine aux légumes et d'y trouver un morceau de poulet. Et lorsqu'on fait la remarque, d'entendre un 'ce n'est pas grave".

vegetables tajine

Zainab Bouslama, elle, raconte que "c’est mal vu. J’entends souvent qu'il ne faut pas s’interdire ce que Dieu a permis. La majorité des Marocains n’arrivent pas à accepter le fait que des personnes suivent un régime alimentaire différent". 

Rajae Hammadi surenchérit : "Les gens ont tendance à ne pas comprendre quand on leur dit qu'on ne mange pas de viande, et on nous sort beaucoup de questions inopinés du genre 'Mskina. Mais tu manges de la viande hachée et du poulet, n'est-ce pas ?'"

Les végétariens ne bavent pas devant une brochette de boulfaf

meat

 

Que ressent un végétarien pendant l'Aid el Kebir? 

"Ça me cause du chagrin, un profond chagrin. Ma peine est encore plus grande à l’idée que je n’y peux rien, car c’est une fête religieuse contre laquelle ma voix ne vaut absolument rien dans une société comme la nôtre", se désole Zainab.

Rajae, elle, n'apprécie pas la viande rouge depuis l’âge de 4 ans. "Je mangeais du poulet, mais j'ai cessé d'en consommer il y a plus de 6 ou 7 ans", explique-t-elle. 

On est bien loin du cliché du végétarien faisant de son mieux pour ne pas voir de viande, de crainte de succomber. Loin, mais pas très: en témoigne Amine Boughader, végétarien depuis (tout juste) trois mois, qui avoue "avoir été sur le point de céder à la tentation des brochettes de l'Aid. Mais mes convictions ont repris le dessus".

Mohamed Mejjat, issu d'une famille conservatrice se voit obligé de manger un peu de viande lors de l'Aid el Kebir. "Si je refusais, la famille prendrait mon refus pour de l'orgueil", se désole-t-il. Il n’a jamais parlé de son végétarisme à ses parents. "De toute façon, ils ne comprendraient pas", conclut-il.

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.