ALGÉRIE
25/10/2014 06h:36 CET | Actualisé 25/10/2014 07h:07 CET

Algérie-Politique: Le FFS "garde le cap du consensus" malgré les tirs groupés de la CNLTD

Mohamed Nebbou, Premier secrétaire du FFS avec Ali Benflis,ancien chef de gouvernement
Wass
Mohamed Nebbou, Premier secrétaire du FFS avec Ali Benflis,ancien chef de gouvernement

Le Front des Forces Socialistes (FFS) ne compte pas engager une polémique "stérile" après les attaques de la Coordination nationale pour les Libertés et la transition démocratique (CNLTD) contre son initiative pour le consensus national, apprend-on de bonne source.

Dans un communiqué rendu public vendredi, la CNLTD a assimilé, et sans la citer nommément, l'initiative du Front des Forces Socialistes (FFS) pour le consensus national à une "manœuvre du régime" dans un communiqué rendu public vendredi.

Le régime, indique le communiqué, "après avoir échoué dans les prétendues consultations sur la Constitution dont les résultats ne sont pas connues à ce jour, continue à œuvrer par des voies détournées à attirer la classe politique consciente à de nouvelles consultations vaines et qui ont commencé dernièrement".

Le communiqué appelle la classe politique à faire preuve de prudence à l'égard de ces "manœuvres" et à préserver son "capital militant" réalisé à Mazafran et à maintenir les "pressions sur le régime par des voies pacifiques comme unique moyen de réaliser le changement politique et la transition démocratique fondée sur un dialogue sérieux et un consensus réel et non truqué".

Critiques virulentes

La CNLTD appelle les Algériens à se réunir derrière le projet de transition démocratique et "l'opposition sérieuse et ne pas courir derrière les illusions". Si le communiqué ne cite pas le FFS, les membres de la CNLTD ne se privent pas de l’attaquer ouvertement dans des déclarations à la presse parfois virulentes.

A l’image de Sofiane Djililali qui qualifie, dans une déclaration au journal El Khabar, l’initiative du FFS "d’immorale" et d’alibi pour "justifier une participation au gouvernement".

Le FFS, pour rappel, est dans l’opposition depuis sa création en 1963. Il n’a jamais participé au gouvernement contrairement à certains partis de la CNLTD – dont le RCD et le MSP – ou des personnalités qui le composent comme les anciens chefs de gouvernement Ali Benflis et Ahmed Benbitour.

Sofiane Djilali a qualifié le FFS de "petit parti" dont le poids ne l’habilite pas à "prétendre diriger l’opposition" ou à se poser en "intermédiaire". Le discours est moins incendiaire chez le Mouvement de Société de Paix (MSP) qui était membre de "l’Alliance Présidentielle" et participait au gouvernement avant qu’il ne rejoigne l’opposition après les dernières élections législatives mais le fond est le même.

Rencontre FFS-MSP le 23 octobre

ffs msp

Dans un communiqué publié le 23 octobre après sa rencontre avec des représentants du FFS, Abderrezak Makri, estime que l’initiative n’apporte "rien de nouveau". Dans une déclaration à TSA, il a parlé de "lune de miel" entre le FFS et les «partis du système politique » et d’une initiative qui casse " l’isolement du FLN".

Les membres de la CNLTD ont appelé à la tenue d’élections anticipées chapeautés "par une instance électorale indépendante et permanente dans toutes les étapes électorales". Un appel qui implique la mise en œuvre de l’article 88 sur l’empêchement du chef de l’Etat.

Les membres de la CNLTD ne disent pas comment ils entendent parvenir à une option qui a été déjà rejetée par les acteurs du régime et qui suppose un changement décisif du rapport de forces politiques. Les responsables de la CNLTD disent exclure de recourir à la rue et "de prendre la responsabilité de pousser vers des affrontements".

La question de la participation au gouvernement n’est pas "posée" et n’est pas "discutée", indiqué au Huffington Post Algérie, un responsable du FFS, la priorité restant, selon lui, à trouver les moyens de sortir d’une "impasse dangereuse" pour le pays.

"Nous avons déjà dit que le FFS n'envisage de participer à un gouvernement que dans un système démocratique, cela est tranché et clair. Il faut cesser de ressasser cette question, c'est pas sérieux", a-t-il indiqué.

"De la chechia de Djaballah à la casquette des généraux"

La démarche de la CNLTD, au-delà de la radicalité du discours, n’a pas de débouché pratique. Le FFS ne compte pas réagir aux attaques de la CNLTD et s'engager dans une polémique que certains de ses responsables jugent "stérile".

Un dirigeant du parti a cependant tenu à démentir catégoriquement une information publiée par El Khabar selon laquelle le FFS aurait demandé à rencontrer la CNLTD et qu’il aurait essuyé un refus. "Le FFS n’a pas demandé à rencontrer la Coordination ou des groupes, sa démarche va en direction de partis et de personnalités" a-t-il indiqué.

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Les dirigeants du FFS choisissent la retenue mais certains font remarquer que le parti a été dénoncé comme "hérétique" en 1994-1995 pour être allé discuter avec les islamistes et que 20 ans plus tard on lui fait reproche de parler au pouvoir. "On passe de la chéchia de Djaballah aux casquettes des généraux, quoique l’on fasse on nous le reprochera, c'est un procès d'intention permanent" ironise un membre du Conseil National.

Le FFS continue de considérer qu’une approche de confrontation frontale avec le régime entretient le statuquo qui est "dangereux" alors qu’il faut essayer de "faire bouger les lignes".

La situation est-elle mure ? Un responsable du FFS admet qu’il est difficile de préjuger de l’attitude du "pouvoir réel" mais qu’il espère que les différents signaux, au niveau national comme régional, auront convaincu les tenants du régime qu’ils ne "doivent pas avoir peur du changement".

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