ALGÉRIE
22/09/2014 03h:10 CET | Actualisé 22/09/2014 03h:17 CET

Entre "mafia" et pollution: onze espèces de poissons dont la sardine et le merlan menacées de disparition des eaux algériennes

Wikimedia Commons

Onze espèces de poissons dont la sardine, l’anchois et le merlan, très prisés en Algérie, risquent de disparaitre des zones de pêche du pays si la pratique de l’aspiration de l’eau de mer pour le refroidissement des moteurs ne s’arrête pas. Et si l’Etat n’intervient pas pour mettre fin aux pratiques illégales d’une «mafia «qui impose sa loi sur le marché.

La mise en garde est venue dimanche du président du Comité national des marins pêcheurs Hocine Bellout qui a incriminé principalement le groupe public Sonatrach, responsable, selon lui, de 70% de la pollution marine dans les eaux algériennes. Les régions de Skikda et d'Oran où se trouvent des complexes pétrochimiques sont particulièrement concernées et les stations de dessalements n'ont fait qu'aggraver la situation.

La pratique de l’aspiration de l’eau de mer pour le refroidissement des moteurs est d’autant plus condamnable, selon lui, que la législation oblige les industriels à mettre en place des stations d’épuration avant tout rejet en mer.

Cette pratique qui entraine un rejet d’eau chaude est "responsable de la calcination du plancton, le premier maillon de la chaîne alimentaire marine" explique Bellout qui, outre Sonatrach, met en cause l’industrie du ciment et la sidérurgie.

"Les 56.000 professionnels du secteur risquent de se retrouver sans emploi et ne plus pouvoir exercer leur métier à cause de la rareté du poisson sur les côtes algériennes à cause de la pollution en Méditerranée", a-t-il averti.

Une chute vertigineuse

Bellout ne croit pas que le doublement de la production, prévu par le plan "aqua-pêche 2020" soit réalisable "dans les conditions actuelles". Selon lui, les plans de relance du secteur de la pêche ne vont pas "bénéficier aux professionnels mais plutôt aux gens étrangers au métier".

Il conteste aussi le chiffre de la production de 120.000 tonnes pour 2013 annoncé officiellement. La production de poissons en Algérie connait une chute vertigineuse passant de 330.000 tonnes il y a quelques années à seulement 70.000 tonnes en 2013.

Le paradoxe pour un pays disposant de 1.484 km de côte, 31 ports de pêches et 56.000 marins-pêcheurs est qu’il a importé 400.000 tonnes en 2013, s’est indigné Hocine Bellout. La comparaison avec la Tunisie qui produit 650.000 tonnes et le Maroc, 1,5 millions de tonnes est édifiante.

Selon Bellout, le mal vient d’une "mafia" qui impose ses règles sur le marché avec des "pratiques illégales et dilapide les ressources halieutiques. Il cite l'exemple des sardines où l'obligation de ne pas pêcher ceux dont la taille est inférieure à 11 cm n'est pas respectée.

Il note aussi que des pêcheurs continuent d'utiliser des filets dérivants qui causent de graves dégâts alors qu'ils sont prohibés au niveau mondial et que l'Algérie est signataire des conventions internationales en ce sens.

Une trentaine de dauphins ont été pris dans ces filets dérivants à Skikda, mais il estime que le nombre réel est beaucoup plus important. Il faut, dit-il mettre en place, en urgence, une police de la pêche.

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