MAGHREB
14/09/2014 09h:17 CET

Tunisie: Pourquoi les moutons seront encore plus chers cet Aïd

Tunisie: Pourquoi les moutons seront encore plus chers cet Aïd
flickr/ Dag Terje Filip Endresen
Tunisie: Pourquoi les moutons seront encore plus chers cet Aïd

900.000 familles tunisiennes sacrifient des moutons pour la fête de l’Aid El-Idha chaque année, selon les données officielles. A quelques semaines de l'Aïd, un million de bêtes de sacrifice seraient actuellement disponibles sur le marché local, affirment des responsables. Mais les prix risquent une fois de plus d'augmenter cette année.

L’importation de 6000 têtes d’ovins et 60 tonnes de viandes congelées, solution pour laquelle a opté le ministère du Commerce pour réguler le marché, ne semble pas résoudre le problème des prix. Au contraire, les consommateurs sont inquiets et certains appellent même à boycotter le sacrifice de mouton pour la fête de l’Aid cette année.

Il y a deux jours, le ministère tunisien des Affaires religieuses a appelé les plus pauvres à ne pas acheter de mouton pour l'Aïd.

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Derrière la flambée des prix, la spéculation et le coût d'engraissement

Les intervenants de la filière de l’élevage ont imputé la hausse des prix des moutons de sacrifice à la spéculation et à l’accroissement du nombre des intermédiaires cherchant le gain facile en achetant et revendant les moutons.

Omar El Behi, vice-président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) a indiqué que le coût d’engraissement n’est pas la raison derrière la hausse des prix.

Le cout des fourrages, des services vétérinaires et de la main d’œuvre n’expliqueraient pas les prix adoptés. Selon El Behi, "un mouton d’un poids de 35 kilogrammes ne peut coûter plus de 380 dinars, ce qui est un prix acceptable", a-t-il expliqué.

Il accuse les autorités en place de "laxisme" et de ne pas traiter le problème des sacrifices comme il convient. Selon lui, le gouvernement aurait refusé la proposition de l’UTAP pour aménager des espaces de vente au kilo et l’octroi d’une prime mensuelle de 10 dinars à l’agriculteur pour chaque mouton engraissé.

"Ceci aurait épargné à l’Etat l’importation de moutons en devises". M. El Behi estime que l’aménagement de ces espaces de vente au kilo est la solution appropriée pour contrer la hausse des prix.

Pour sa part, le syndicat des agriculteurs a imputé cette hausse au manque de contrôle, à l’anarchie dans les marchés et à la recherche du gain facile, appelant les consommateurs à acheter les bêtes de sacrifice dans les points de vente contrôlés.

Le directeur du Groupement interprofessionnel des viandes et du lait (GIVLAIT) Lotfi Chamakhi reconnaît également l’accroissement du nombre de spéculateurs, notamment après la révolution et la prolifération des points de vente informels.

Les professionnels considèrent par ailleurs que le recours à l’importation de moutons est "un gaspillage de devises et une atteinte aux intérêts des petits éleveurs". L’UTAP appelle à ne plus importer les besoins en viandes pour la fête de l’AId El Idha. Selon Omar El Behi, cela servirait plutôt l’intérêt de l’agriculteur européen que tunisien.

Du côté de l’Organisation de défense du consommateur (ODC), Slim Saadallah (membre), a indiqué que l’organisation "n’adhérait pas à un boycott", appelant les consommateurs à acheter leurs bêtes de sacrifice dans les points de vente réguliers et formels, tout en reconnaissant la difficulté pour le consommateur tunisien d’acheter un mouton de sacrifice avec un prix qui dépasse 450 dinars.

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