ALGÉRIE
10/09/2014 07h:57 CET | Actualisé 10/09/2014 17h:57 CET

Dans l'oeil du viseur de Fayçal Rezkallah: photographe-partageur

mizoarts.com

En août dernier, le National Geographic Traveler dévoilait ses dix meilleures photographies de voyage de l'année. Parmi les clichés: Une photo du sud de l'Algérie. Avec sa diversité de paysages et l'immensité de son territoire, le plus grand pays d'Afrique est un terrain prisé par les amoureux des images.

Al Huffington Post Algérie est allé à la rencontre de quatre jeunes photographes, habitants du pays ou de passage, qui ont posé leurs objectifs sur El Djazaïr.

À 35 ans, Fayçal Rezkallah, a déjà presque tout fait et presque tout vu. En dix ans de pratique assidue de la photographie, cet Oranais toujours en vadrouille, s'est essayé à tous les genres, paysages, portraits, light painting, etc., à travers les 48 wilayas du pays "moins une". "Mon idée était d'avoir visiter les 48 wilayas du pays avant mes 30 ans", raconte-il à la terrasse d'un café à Alger. "J'en suis à 47!", s'exclame-t-il dans un rire contagieux. À travers ses voyages, toujours pleines de rencontres, le photographe a affirmé sa pratique et affiné son style.

hadj fayçal rezkallah

La photo-timide:

"J'ai pris cette photo à mes débuts en 2005. J'étais en train de couvrir la waâda de Sidi El Hasni (hommage à un Saint) à Oran. Quand tu commences quelque chose de nouveau, tu n'es jamais très sûr de toi. C'était mon cas. Pendant que je photographais les pèlerins, j'ai aperçu un hadj que je trouvais magnifique mais je n'osais pas le prendre en photo. À un moment il m'a fait signe de m'approcher et il m'a dit: "Pourquoi tu photographies tout le monde sauf moi? "J'ai alors fait un portrait, vite fait, timidement. Ce n'est qu'une fois arrivé à la maison que je me suis rendu compte que le cliché me plaisait. Cette aventure m'a donné confiance en moi. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à faire des portraits".

L'humain est dorénavant au cœur des images de Fayçal Rezkallah qui explore depuis plusieurs années le rapport des hommes à l'architecture et aux murs, en particulier. De ce travail est sorti, en 2013, sa première exposition "Mur-mures: Le secret des remparts" présentée à Oran, Alger et Paris. Très attaché à l'Algérie, le seul pays qui l'inspire, le photographe oranais apprécie "sa brutalité". "L'Algérie est un pays brute avec des gens très différent sur cent mètres".

djedde fayçal rezkallah 

La photo-difficile: "Cette photo a été prise à Toudja, wilaya de Béjaïa, où je me trouvais pour mon projet photographique "Mur-mures". Je me suis trompé de route et je me suis retrouvé dans une impasse où se trouvait une famille dont on sentait bien que la rue était un peu chez eux. Quand je leur expliquais que je m'étais égaré, ils m'ont offert le café et nous avons commencé à discuter. Soudain, le grand-père est sorti et je lui ai demandé si je pouvais le photographier. Au départ, il était réticent puis il a accepté. Ce portrait du grand-père, ça a été dur de l'avoir et c'est ce qui donne de la valeur à cette photo".

De l'aventure individuelle au collectif

Loin de garder jalousement tous ses secrets d'objectifs, Fayçal Rezkallah partage volontiers ses enseignements issus de sa pratique. Il a même fondé un club photographique pour cela. "ISO club est né à la suite d'une grande soif d'ateliers et d'activités autour de la photographie à Oran", explique-t-il. "Face à ce désert, j'ai décidé, en 2012, de créer, avec deux amis photographes, un club rassemblant tous ceux qui font de la photo dans leur coin pour échanger dans un esprit de partage et de générosité".

Rattaché à l'association des Nomades Algériens, ISO club compte une centaine de membres à travers le territoire national et plusieurs projets à son actif. "On a habillé 17 stations de tramway à Oran avec 70 photographies venues de 21 photographes à travers dix wilayas", détaille Fayçal Rezkallah.

Autre projet d'envergure mis en place par le club en 2012: Une photo, un cartable. "L'objectif était d'apporter un cartable tout équipé à chaque enfant de l'école d'Ighzer à Timimoun grâce à la vente de photographies", décrit l'initiateur de l'opération. "C'était la première expo-vente photo à Oran", souligne Fayçal Rezkallah, fièrement.

En deux années d'existence, ISO club a réussi à imposer l'art photographique à Oran. Et surtout à former de jeunes photographes qui eux-mêmes forment à présent des plus jeunes... Le passage de témoin est assuré. Avec le partage comme maître-mot, bien sûr.

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