ALGÉRIE
25/08/2014 12h:36 CET | Actualisé 25/08/2014 14h:51 CET

Ghilès El Kadi, footballeur professionnel: "Ebossé est mort à cause d'une brèche dans le tunnel"

HuffPost Algérie

La mort tragique de l’attaquant camerounais de la JSK, Albert Ebossé, de son vrai nom Albert Dominique Ebossé Bodjongo Dika, samedi, a provoqué une onde de choc dans le pays qui s’est exprimé ce lundi dans la presse partagée entre honte et colère face à ce drame si déplorable.

La révolte est encore plus grande dans le milieu sportif, en premier rang duquel les footballeurs, dont la mort de leur confrère rappelle brutalement leur vulnérabilité.

" Ce genre d’événements arrivent tout le temps ", témoigne Ghilès El Kadi, joueur professionnel du RC Kouba. "On s’est pris des jets de pierre sur le bus, on s’est fait menacer avec des couteaux, on s’est reçu des tasses de café en verre sur la tête", énumère-t-il. " Ces phénomènes se sont banalisés, ils font dorénavant parti de l’ambiance ".

Il a fallu la mort d’un grand athlète dans la fleur de l’âge pour que tout le pays et le monde entier, avec, voient cette réalité. " En Algérie, on attend toujours que le couteau arrive à l’os pour qu’il y ait une prise de conscience", déplore Ghilès El Kadi.

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Mais, cette fois-ci, impossible d’occulter la triste vérité : la violence s’est installée dans les stades parce qu’elle s’est installée dans la société, pointe le jeune homme de 25 ans. Elle est le quotidien des Algériens et révèle un dysfonctionnement profond de notre pays.

"Pour qu’un individu pense que c’est normal de balancer un caillou sur les joueurs de sa propre équipe parce qu’ils ont perdu, il faut un désordre total dans sa tête et dans la société. C’est un geste de désespoir qui révèle un profond malaise social ", poursuit, dans un seul souffle, l’ancien joueur de l’UMSH et du MCA.

"On en arrive aux limites de la folie : des supporters qui tuent leur meilleur joueur, ça n’a plus de sens ! "

Responsabilité collective

Dès lors, la mort d’Ebossé est la conséquence d’un dysfonctionnement général et non spécifique au football et au sport. " C’est toute l’Algérie qui a tué Ebossé ! " s’exclame, sévère, Ghilès El Kadi.

"Tout le monde est responsable de sa mort : les supporters, bien sûr, mais aussi les policiers, les responsables de clubs, les institutions, les parents, etc. "

Et de prendre pour exemple les normes dans les stades. "La JSK n’aurait pas dû jouer dans ce stade qui n’est pas aux normes de sécurité mais les travaux du nouveau stade sont en retard de deux ans", révèle l’ancien joueur de l’USMH et du MCA. "Ebossé est mort à cause d’une brèche dans le tunnel qui se trouve juste sous les tribunes ", explique-t-il.

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Mesures radicales

Que faire face à ce constat glaçant ? Le footballeur appelle à des sanctions très sévères. "Il faut des mesures de la taille de la gravité de la situation. S’il faut arrêter le championnat jusqu’à la mise aux normes de sécurité de tous les stades, faisons-le".

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Plusieurs championnats d’Europe ont ainsi été arrêtés après des drames. L’athlète recommande aussi de prendre exemple sur la Turquie où l’accès aux stades n'est autorisé qu’aux femmes et aux enfants quand un club est sanctionné.

Une chose est sûre, la prise de conscience ne suffit pas. "Il va y avoir pleins d’actions symboliques pour rendre hommage au défunt joueur. Et après? ", s’interroge avec véhémence Ghilès El Kadi. " Cela ne ramènera pas Ebossé. C’est trop tard. Il faut agir et prendre les mesures nécessaires".

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