ALGÉRIE
23/08/2014 12h:55 CET | Actualisé 24/08/2014 12h:02 CET

L'Algérien mort au cours d'une expulsion à Paris n'aurait pas succombé à une crise cardiaque

AFP

Abdelhak Goradia a-t-il vraiment succombé à une crise cardiaque lors de son expulsion de France vers l'Algérie, jeudi 21 août ?

Alors qu'une information judiciaire contre X pour homicide involontaire a été ouverte par le parquet de Bobigny, en région parisienne, de nouveaux éléments viennent mettre en doute la version des faits donnée par la police le jour du drame.

Parti à bord d'un fourgon jeudi peu avant 19 heures du Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, escorté par des policiers, l'Algérien "a fait un malaise en arrivant à l'aéroport de Roissy", avait déclaré une source policière citée par l'AFP. "En arrivant à Roissy, les policiers se sont aperçus qu'il était en train de faire un malaise dans le fourgon, et malgré les secours prodigués, il est décédé d'une crise cardiaque".

Une autopsie a été pratiquée vendredi à l'institut médico-légal de Paris et il était question d'un décès "a priori accidentel", au vu des premiers résultats dont le parquet de Bobigny a refusé d'en dévoiler le contenu.

La version de l'accident a été cependant rapidement contestée. " A 19 heures, Abdelhak Goradia se portait parfaitement bien et 2 heures plus tard, il était mort… Circonstances plus que troubles" notait le collectif Sans Papiers, Ni Frontières dans un communiqué daté du vendredi 22 août.

L'association de défense des sans-papiers ne croit pas à la "crise cardiaque d'Abdelhak Goradia, 51 ans, père d'un enfant français de 6 ans. "C’est dans le fourgon en arrivant à l’aéroport qu’il serait décédé d’une "crise cardiaque". Comme toutes les personnes mortes entre les mains des flics !" s'indigne sur un ton accusateur le communiqué qui rappelle les précédentes morts de clandestins au cours d'expulsions, victimes de malveillance ou maltraitante policière.

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Un article de journal Le Monde abonde dans le même sens que l'association. Selon le journal, Abdelhak Goradia serait mort "par asphyxie et régurgitation" et et non pas d'une crise cardiaque, comme indiqué par l'AFP jeudi". Selon Le Monde, l'homme a été immobilisé à l'aide d'un casque et d'une camisole.

L'intervention tourne mal

Son avocat Me Sohil Boudjellal avait souligné que le contexte de l' expulsion était "extrêmement tendu".

"Il ne voulait pas se faire expulser, car toutes les voies de recours n'avaient pas été épuisées", avait-il indiqué à l'AFP, en s'interrogeant d'emblée sur les techniques d'intervention de la police car il ne connaissait pas de problèmes de santé particuliers à son client.

Des témoignages recueillis par le collectif Sans-papiers, ni frontières, auprès de migrants détenus au Centre de rétention administrative de Vincennes, attestent d'ailleurs d'une intervention policière plus que musclée.

"Son nom n’était pas affiché sur le tableau des expulsions. Les flics l’ont appelé quand on était en train de faire la prière vers 18 heures. Dès qu’on a fini, il est descendu soi-disant parce qu’il avait une visite. Dans un local de l’accueil, les flics l’ont frappé. Ils lui ont mis un casque, des menottes aux poignets et lui ont entravé les jambes. Les flics savaient qu’il allait refuser, alors ils ont fait la force avec lui. Ils avaient tenté de l’expulser une première fois le quatrième jour après son arrivée", explique l'un de ses compagnons de chambre.

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Pour rappel, Abdelhak Goradia s'était violemment opposé à une première tentative d'expulsion, le 16 août ce qui avait contraint les forces de l'ordre à le reconduire au CRA de Vincennes. Il faisait l'objet d'un arrêté ministériel d'expulsion en date du 12 août. Depuis 2000, il avait été condamné plus d'une dizaine de fois en France pour des vols, escroqueries ou violences, et avait déjà fait de la prison. Il était incarcéré lorsque la décision de l'expulser a été prise.

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