MAGHREB
02/08/2014 11h:53 CET | Actualisé 02/08/2014 12h:15 CET

Ras Jedir: Tunisiens et Libyens fuient le "cauchemar de la Libye" (REPORTAGE)

AFP

Son bébé sur l'épaule, valise à la main, Khadija, une Tunisienne de 34 ans presse le pas pour quitter le "cauchemar de la Libye" à travers le poste-frontière tunisien de Ras Jedir, ouvert sporadiquement en raison des heurts côté libyen.

"Enfin je quitte le cauchemar de la Libye! Je me sauve d'un pays sinistré par les conflits, il n'y a plus d'avenir pour ma famille", dit-elle à l'AFP, attendant son mari à la sortie du contrôle de passeport, ouvert quelques heures samedi matin.

Arrivée de Tripoli, Khadija a, comme des centaines d'autres, dû attendre toute la nuit que la Tunisie rouvre le principal point de passage avec la Libye, fermé pendant près de 24 heures après que des centaines de réfugiés refoulés par les autorités tunisiennes ont tenté d'en forcer le passage.

Dans la matinée au compte-gouttes, une cinquantaine de véhicules immatriculés en Libye ont pu passer tout comme, moins nombreuses, des personnes à pied avec leurs bagages. Puis en fin de matinée la Tunisie, qui compte 50.000 à 80.000 ressortissants en Libye, a refermé le point de passage.

A bord d'un 4x4, accompagné de sa femme et ses deux enfants, Mohamed Badri, un Libyen de 54 ans raconte avoir fait la queue durant 17 heures avant de réussir à passer en Tunisie.

"La priorité pour nous était de quitter la Libye, de sauver nos peaux et de choisir un endroit pour s'installer en Tunisie puis on verra ce qu'on va faire", dit-il avant de négocier ses dollars avec de jeunes Tunisiens effectuant le change de devises au noir sous le regard placide des policiers.

Arrivé à pied, Omar Zedhi, un Libyen de 27 ans, a lui décidé de se rendre en taxi à Tunis. Excédé par l'instabilité de son pays qui a traversé une guerre civile sanglante en 2011 pour renverser le colonel Kadhafi et s'enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos, pour lui la Tunisie ne sera qu'une étape.

"Je ne vais rester qu'une semaine en Tunisie et puis je vais aller à Londres, c'est malheureux de le dire, mais c'est impossible pour moi de vivre maintenant en Libye", relève cet employé d'une société de tourisme.

Le jeune homme souligne que Libyens et Tunisiens, eux, arrivent au moins à fuir. Bloqués de l'autre côté de la frontière, quelque 6.000 étrangers, des Egyptiens surtout, attendent depuis des jours de pouvoir passer.

Un mouvement de révolte de centaines d'entre eux vendredi s'est soldé par des heurts et des tirs des gardes frontières libyens, forçant la fermeture du point de passage.

"Traités comme des chiens"

"Les Égyptiens sont privés de tout, sans attention, ils sont par terre, sans eau ni nourriture" sous un soleil de plomb et par des températures dépassant parfois les 40°C, explique Omar à l'AFP.

"Je suis triste pour les Égyptiens coincés côté libyen, ils sont vraiment dans une situation lamentable et très mal traités par les autorités, j'ai vu de mes propres yeux des policiers libyens qui battaient certains Égyptiens à coup de bâtons", raconte Khadija avant d'être interrompue par son mari.

"Il n'y a ni humanité ni droits de l'Homme, les Égyptiens sont traités comme des chiens", renchérit Kamel, un autre Tunisien fuyant la Libye.

Le gouvernement tunisien, qui a exhorté vendredi ses ressortissants à rentrer au plus vite au pays, a prévenu qu'il n'était pas en mesure d'accueillir en masse des réfugiés étrangers, de nombreux ressortissants arabes et asiatiques travaillant en Libye, comme cela avait été le cas en 2011.

Tunis dès lors n'autorise à passer que ceux dont les gouvernements assurent un rapatriement immédiat.

"Entre la chaleur de Dieu, les mains dures de la police libyennes et les mesures fermes de Tunis, ces Egyptiens font vraiment pitié", lance Amir Sadkhaoui, un Tunisien de 38 ans.

En milieu d'après-midi, quelques dizaines d'Egyptiens, portant leurs effets, ont finalement pu passer la frontière et monter dans un bus devant les conduire vers un aéroport tunisien. Juste avant, leur ambassadeur à Tunis a promis un pont aérien pour rapatrier "2.000 à 2.500 personnes" par jour.

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