MAGHREB
22/07/2014 15h:27 CET

Tunisie: Après l'Assemblée, Al Bawsala s'attaque aux municipalités avec "Marsad Baladia"

baladia.marsad.tn

Donner les outils aux citoyens pour qu'ils s'engagent au niveau local. Tel est l'objectif du nouveau né de l'organisation Al Bawsala, "Marsad Baladia".

Après "Marsad", observatoire devenu incontournable de l'Assemblée nationale constituante, l'organisation présidée par Amira Yahyaoui s'attaque aux municipalités.

"Marsad Baladia" sera, comme son grand frère, une interface web interactive permettant d'agréger différentes informations relatives au mode de fonctionnement des municipalités.

Comment est née l'idée? "Lors des débats élus-citoyens qu'on avait organisés dans les régions, nous avons constaté que l'impact sur la vie quotidienne des citoyens se situait au niveau local et qu'il y avait un besoin réel à ce niveau", explique Ons Ben Abdelkarim, Secrétaire général d'Al Bawsala.

"La question est de savoir comment faire participer le citoyen de manière à ce qu'il puisse percevoir une évolution concrète de son quotidien", ajoute Chaïma Bouhlel, chef du projet.

"Bien sûr le citoyen est confronté à de nombreux problèmes. Mais il ne comprend pas forcément comment cela fonctionne. Pourquoi les ordures ne sont pas ramassées ou les chaussées impraticables? Comment sont prises les décisions, qu'est-ce qui relève des prérogatives de la municipalité?", autant de questions auxquelles il faut répondre pour donner au citoyen les connaissances nécessaires à sa participation.

"Nous voulons générer la demande"

Pour ces jeunes femmes, les données n'ont, pour le moment, pas vocation à être exhaustives, ni les données fournies par les municipalité vérifiées. "Nous voulons générer la demande d'informations en fournissant les données de base".

L'ONG tunisienne veut ainsi pousser les citoyens à questionner les représentants locaux et les contraindre à rendre compte de leur travail.

Confronter les responsables à leur déclaration, comme par exemple sur l'état d'avancement d'un projet, serait alors plus pertinent et efficace que de les critiquer sur des bases subjectives. Une façon, selon Chaïma Bouhlel, d'inciter le citoyen à participer à la prise de décision au niveau local.

Budget, ressources humaines et matérielles, projet en cours ou à venir, autant de données "objectives" réunies dans un seul site, avec pour but de consacrer le principe de transparence et de redevabilité.

Exemple d'un projet de "réhabilitation de quartion" en cours d'exécution, à Makthar

projet

"Name and Shame", grâce à l'indice de transparence

Pour l'heure, le site regroupe les données de 24 municipalités, situées dans trois gouvernorats: Kasserine, Siliana et Tataouine. Le projet, financé par l'organisation Oxfam, tend à s'étendre et réunir à terme les données des 264 municipalités que compte la Tunisie. La prochaine escale aura lieu à Nabeul, avec ses quelque 33 municipalités. L'objectif est d'achever cette première phase avant les élections municipales.

L'équipe de "Marsad Baladia" a privilégié une méthode rationnelle pour la récolte des données, se basant particulièrement sur le décret-loi 41-2011 relatif à à l’accès aux documents administratifs des organismes publics et à sa circulaire d'application datée du 5 mai 2012. Le même type d'informations a donc été demandé à chacune des municipalités.

Grâce à cette uniformisation, un classement des municipalités a été rendu possible. Un '"indice de transparence" est en effet octroyé à chaque délégation spéciale, selon la quantité d'informations obtenue, quelle que soit sa nature.

Bagou et Kesra, dans le gouvernorat de Siliana et Thélepte, à Kasserine, caracolent en tête du classement, loin devant Foussana, Fériana et Rouhia, en bas de tableau.

"Grâce à cet indice, nous souhaitons que les citoyens demandent à leur municipalité les raisons pour lesquelles certaines informations n'ont pas été divulguées, quand d'autres sont erronées ou incomplètes", explique la secrétaire générale de l'association. Cette technique du 'Name and Shame' (nommer et embarrasser) assumée par l'ONG a déjà été employée avec Marsad, l'observatoire de l'Assemblée, notamment par la publication des absences des députés.

indice transparence

Il y a différentes raisons pouvant expliquer la rétention d'informations. Selon Chaïma Bouhlel, "certains responsables font l'erreur de croire que celles-ci seront utilisées contre eux, alors qu'au contraire, la transparence peut lever de nombreux malentendus ou inciter les citoyens à payer leurs taxes locales".

"D'autres n'ont pas les ressources humaines nécessaires pour pouvoir nous fournir ces informations", affirme-t-elle, pointant également du doigt le problème de la centralisation des données qui ralentit la circulation de l'information.

"On remarque ici le besoin de mettre en place une vraie stratégie de décentralisation. Le cadre légal ne sert pas à grand chose s'il n'est pas concrétisé", commente Ons Ben Abdelkarim.

"Il y aura par ailleurs un approfondissement dans l’observation de l’activité des municipalités visitées auparavant. Il sera question du suivi de l’exécution du Budget de 2014, [...] de l’observation de l’approbation du budget de 2015 et de l'évaluation des services des municipalités, qui touchent la vie quotidienne de tout individu", conclut Al Bawsala dans son communiqué.

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