ALGÉRIE
16/07/2014 13h:04 CET | Actualisé 16/07/2014 13h:47 CET

La ministre Nouria Benghebrit scanne le secteur de l'éducation en Algérie

HuffPost Algérie

Elle a fait l’objet d’attaques acerbes de la part des Baathistes et leurs relais dans la presse arabophone notamment, allant jusqu’à polémiquer sur ses origines juives ou pas. Mais, elle a su se faire accepter.

A coup d’interviews rédigés par son cabinet et signés par des journalistes de cette même presse hostile au début et d’autres qui ont été tournés par des télévisions amies. Mêmes questions, mêmes réponses passées en boucle sur plusieurs médias, pendant plusieurs semaines avant qu’elle n’entre dans le vif du sujet.

La ministre de l’éducation nationale, Mme Nouria Benghebrit Remaoun, puisque c’est d’elle qu’il s’agit a réussi son pari, même si elle déclare aujourd’hui avoir vécu cette période comme une injustice. "J’avais senti de l’injustice et je crois que ma famille en a eu le même sentiment", a-t-elle déclaré ce mardi au Forum de Liberté, rappelant à l’assistance qu’elle n’a pas quitté le pays comme d’autres l’ont fait dans ses moments difficiles, continuant à travailler et à construire.

Elle est sortie en tout cas indemne de cette tempête qui n’avait pas lieu d’être où des malintentionnés l’ont condamnée avant de la voir à l’œuvre. Mieux encore, elle se trouve aujourd’hui parmi les ministres les plus sollicités. C’est que elle gère une population de 8,6 millions élèves, 700 000 employés et un budget annuel de 5 milliards d’euros mais, elle a aussi beaucoup de postes à pourvoir aussi bien au bas de l’échelle – 23 000 enseigants devront être recrutés en prévision de la prochaine rentrée scolaire –, qu’au sein de la haute administration, pour le renouvellement de son staff.

"J’ai déjà une pile de recommandations sur mon parapheur", a-t-elle indiqué, un brin ironique. Une représentante du Syndicat nationale des travailleurs de l’éducation (SNTE), satellite du Front de la justice et du développement de Saad Abdallah Djaballah, présente au Forum, n’a pas manqué d’intervenir, non pas pour poser une question ou parler des préoccupations de sa corporation mais, pour la caresser. "Votre désignation, madame, à la tête du secteur est un honneur pour les femmes", a-t-elle dit.

La réforme pâtit du manque d’adhésion des enseignants

Mme Remaoun a choisi la tribune que lui a offerte Liberté pour trancher les polémiques suscitées dans la foulée de l’annonce des résultats des examens de fin d’année et présenter les grands axes des assises nationales de l’éducation qui se tiendront à la fin de ce mois de juillet.

Le diagnostique qu’elle a fait est sans ambages : "Tout n’est pas au vert". Dans le détail, Mme Remaoun a expliqué que "les résultats des examens sont fonction de l’engagement des enseignants". C’est ce qui fait la différence, selon, elle, d’un établissement à un autre, d’une classe à une autre. "Le secteur pêche également, à ses yeux, par une carence managériale des établissements". De même que des disparités subsistent, a-t-elle ajouté, à plusieurs niveaux.

Les fortifiants à faire ingurgiter à ce corps malade seront débattus lors des assises placées ainsi sous le signe de « la refonte pédagogique, la professionalisation de l’ensemble des acteurs de l’éducation nationale et la bonne gouvernance ». Trois piliers sur lesquels se fonde sa feuille de route déroulée lors de sa désignation et qui ont pour objectif de parachever une réforme engagée depuis maintenant 11 ans.

Elle aspire de son côté trouver une réponse à la question de savoir comment amener les enseignants à adhérer à la philosophie de la réforme exigeant un peu plus d’effort de leur part, concevoir, au cas par cas, des projets d’établissements pour permettre aux managers de tirer le meilleur des moyens dont ils disposent et trouver un remède aux difficultés linguistiques des élèves arrivant à l’université au seuil d’un analphabétisme trilingue en dépit du fait qu’ils étudient trois langues pendant les longues années de leurs cursus scolaire.

Et étudier la possibilité de généraliser le préscolaire pour bannir les disparités et pour que les enfants arrivent à l’école avec plus au moins le même background. "Les capacités de réalisation des groupes scolaires est faible, nous sommes aujourd’hui à un taux d’avancement de 18 % pour les projets devant être réceptionnés cette année. Le problème de surcharge des classes est une réalité du terrain. Il ne faut pas prendre l’approche par compétence pour une fatalité. Nous allons faire le bilan des programmes de formation des formateurs et voir ce qui n’a pas marcher. Plutôt s’adapter au terrain et innover, le cas échéant, des méthodes pédagogiques adaptées aux classes à 40 élèves au lieu de persister à appliquer des méthodes conçues pour 20", a-t-elle souligné en substance.

Des enseignants anciens habitués à la méthode de l’approche par apprentissage, qui viennent avec un ancien cahier dicter des leçons aux élèves ou d’autres diplômés des universités partisans du moindre effort résistent, en effet, au changement et refusent la méthode d’approche par compétences qui leur exigent de réfléchir de mettre régulièrement leurs informations à jour.

Des enseignants qui ne sont pas en mesure de terminer les programmes et qui poussent les élèves, de l’année terminale notamment, aux mois de février et mars à manifester dans les rues pour revendiquer qu’on leur fixe un seuil des cours pour le passage des examens.

La ministre qui pense a qualifié d’"anti pédagogique et inadmissible dans un système éducatif" cette propension à fixer des seuils, cherche à motiver les enseignants et à trouver en l’espace de ces prochaines assises des ressorts à même de les amener à s’engager un peu plus dans la réforme de l’école. Et de corriger le système de recrutement afin de lutter contre le piston.

"Le recrutement se fait sur dossier et le candidat obtiennent des notes suivant les critères arrêtés en justifiant leurs bagages et expériences par des pièces administratives. Désormais, tout candidat aura un bordereau au dépôt de son dossier, énumérant les pièces déposées qui pourrait le faire valoir en cas de recours", s’est-elle engagée pour fermer la brèche à la fraude.

Mme Remaoum parviendra-t-elle à faire adhérer les enseignants à sa démarche ? Les assises qui se tiendront à une année du passage à l’université de la première promotion "pur produit de la réforme » pour avoir suivi le nouveau cursus dès leur première année primaire permettront-elles de trouver un compromis entre partisans et résistants à la réforme menée jusqu’au là à un rythme très faible?"

Le taux national de réussite au bac 2014 qui est de 45,01% était "est en deçà des attentes et des objectifs tracés par la réforme de l’éducation nationale mise en œuvre en 2003" selon Mme Remaoun. Elle sera justement très attendue l’année prochaine, non seulement sur le taux de réussite, mais sur la qualité des bacheliers de cette promotion…

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