ALGÉRIE
15/07/2014 06h:03 CET | Actualisé 15/07/2014 07h:19 CET

A Hammamet, les pays voisins et la nitroglycérine libyenne : 2 commissions et beaucoup de prudence

Le président Moncef Marzouki à l'ouverture de la réunion des ministres des AE des pays voisins
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Le président Moncef Marzouki à l'ouverture de la réunion des ministres des AE des pays voisins

Les pays voisins de la Libye sont vivement inquiets – c’est un euphémisme – de la situation en Libye mais ne s’y implique qu’avec prudence. Le communiqué publié, lundi, à l’issue de la réunion des représentants de la Tunisie, de l'Algérie, du Soudan, de l'Égypte, du Tchad et du Niger, à Hammamet, traduit bien la difficulté pour ces pays de trouver la meilleure manière d’agir.

Si une implication forte dans un pays devenu le paradis de milices et des trafics est redoutée, ne rien faire n’est pas non plus une option.

"Aucun pays voisin ne peut ignorer la réalité libyenne " explique un diplomate algérien. La Libye est devenue une source de menaces pour elle-même et pour ses voisins.

Trois ans après la chute de Mouamar Kadhafi, les perspectives d’une stabilisation paraissent lointaines même pour les plus optimistes.

L’incapacité du ministre libyen des Affaires étrangères Mohamed Abdelaziz à venir assister à la rencontre de Hammamet en raison de la bataille pour le contrôle de l’aéroport illustre parfaitement l’acuité de la crise.

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En Algérie, la situation en Libye a suscité un débat sur la viabilité du principe de non intervention de l’armée algérienne sur les théâtres extérieurs. Officiellement, les autorités algériennes s’en tiennent au principe de non-intervention et elles ont démenti des informations faisant état d’une action militaire menée dans l’Ouest de la Libye.

Une amorce d’implication

Ne pas se laisser entrainer dans le vortex libyen mais ne pas l’ignorer est devenu une ligne de conduite de la plupart des Etats voisins du chaos libyen.

La situation est fortement compliquée par la confusion politique qui règne en Libye et la faiblesse du gouvernement réduit les pays voisins à se demander quels sont les bons interlocuteurs. Ou les "bonnes milices" si tant est qu’on puisse les qualifier ainsi.

La situation est compliquée par le fait que les forces politiques libyennes jouent, elles aussi, sur le facteur des milices.

Face cette Libye "nitroglycérine" qu’il est difficile d’ignorer, la réunion des pays voisins n’a pas débouché sur des propositions concrètes mais on peut voir dans la création de deux commissions, l’une sécuritaire présidée par l’Algérie et l’autre politique dévolue à l’Egypte, l’amorce d’une implication concertée sur le théâtre libyen.

Cette implication s’impose, explique un analyse, qui relève que les Occidentaux qui "ont créé le problème libyen s’en lavent presque les mains et le laissent aux voisins ".

Trouver les bons interlocuteurs… ou les "bonnes milices"?

L’Algérie a été chargée de suivre les questions sécuritaires et militaires, y compris la surveillance des frontières avec la Libye. Un aspect qu’elle traite déjà avec une mobilisation importante de forces aux frontières et des missions de surveillance et de renseignement soutenus.

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Le commando "multinational " qui a attaqué la base gazière de Tiguentourine est venu par la Libye. Ce risque libyen élevé a entrainé l’envoie de milliers d’hommes en renforts le long de la frontière avec la Libye. La région d’Illizi, proche de la frontière, pourrait devenir la 7ème région militaire algérienne afin de permettre une réaction rapide dans une zone aussi vaste que menacée.

Le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra a indiqué que la commission sécuritaire et militaire doit veiller à la "coordination entre la Libye et les pays voisins afin de renforcer les mesures sécuritaires et le contrôle des frontières".

Mais le gouvernement n’est pas le seul acteur dans le domaine de la sécurité qui lui échappe en raison de la prééminence des milices. La commission sécuritaire devra nécessairement prendre en compte cette réalité milicienne. Ce que confirme Lamamra en indiquant que la commission intensifiera la coopération avec tous les groupes armés qui "obéissent à l'autorité de la loi et croient en l'avenir de la Libye en tant que pays uni".

L’Egypte pour favoriser le "dialogue national": un choix paradoxal ?

L’Egypte est chargée de contacter la classe politique et les composantes de la société civile en Libye en vue de faciliter la mise en place d'un dialogue national. Certains observateurs se demandent cependant si l’Egypte est la plus qualifiée pour cette mission politique, les islamistes libyens, qui font nécessairement partie de la solution, n’appréciant guère le "putschiste " Al-Sissi.

Et le fait que le général Khalifa Haftar, leur ennemi juré, paraisse compter sur l’Egypte dans sa guerre contre les islamistes pourrait être un obstacle de plus.

Il faut observer que les deux commissions doivent travailler dans un délai relativement court pour remettre leurs rapports au chef de la diplomatie tunisienne avant fin juillet. Ces rapports seront soumis à la prochaine réunion des Etats voisins programmée pour la première quinzaine d’août. Mais même si le délai parait relativement court, il est suffisamment long pour que les choses évoluent, en Libye, dans le sens d’une plus grande dégradation.