ALGÉRIE
13/07/2014 12h:22 CET | Actualisé 16/07/2014 17h:44 CET

Note de lecture : Moulay Hicham, son cousin Mohamed VI et les méandres de la monarchie

HuffPost Algérie

"Jamais dans la longue histoire dynastique du royaume, un membre de la famille régnante n’a pris la plume pour partager ses idées avec l’"extérieur", au-delà des murs du Palais", écrit Moulay Hicham depuis son exil aux Etats-Unis.

Le prince "rouge" en délicatesse avec le Palais n’améliore pas son cas. Avec "ses" mémoires, Moulay Hicham, fils du prince Moulay Abdallah, frère du roi Hassan II et de Lamia es-Solh, fille de Riyad es-Solh, le premier des Premiers ministres libanais, franchit une autre ligne rouge en racontant la Monarchie de l’intérieur.

D’emblée Moulay Hichem, donne la tonalité de son essai : " il n’y aura pas de progrès digne de ce nom, c’est-à-dire réel pour le plus grand nombre au Maroc, avec l’Etat-Makhzen tel qu’il existe".

Ce système d’intérêts et de pouvoir de la monarchie marocaine, permet, selon lui, à Mohamed VI, souverain actuel, d’avoir la plus grande fortune du royaume sans avoir à "justifier les origines de sa fortune". Le Roi, pour rappel, est, selon le classement Forbes, la première fortune du pays.

Moulay Hicham, dont le père ne s’entendait pas avec Hassan II, avant que lui-même ne se retrouve en hostilité avec l’héritier du trône, raconte qu’au lendemain des funérailles de son oncle, en 1999, il est allé rendre visite à son cousin, devenu Mohammed VI.

"Je lui dis que le patrimoine de la maison royale doit revenir à la nation." Les deux hommes ne se reverront quasiment plus jamais.

enterrement du roi hassan ii

Le prince "rebelle", qui n’a rien de l’exilé sans le sous, est un homme d’affaireS qui mène plutôt bien sa barque. Depuis son exil il ne se gêne guère à décortiquer le système royal et la vie politique marocaine à l’aune des récents bouleversements régionaux marqueront une étape importante.

Le "Printemps arabe" qui a apporté au Maroc, le Mouvement du 20 Février, approfondit le fossé entre le prince" rouge" et le Palais royal.

"Le Printemps arabe a été pour moi une aubaine. Enfin, je n’étais plus seul ! Enfin, des millions de gens ordinaires clamaient dans la rue ce que j’avais dit et répété des années seulement pour me trouver mis à l’écart comme "prince rouge", c’est-à-dire comme un révolutionnaire privilégié de naissance".

"Casser le moule"

Le palais royal accuse alors Moulay Hichem de vouloir être " un vizir à la place du vizir". Pas de quoi désarmer son argumentaire critique qu’il assène à la "famille". Le système politique chérifien est sévèrement jugé mais cela ne se fait pas sans nuances.

"Il est facile d’accabler de mépris la classe politique marocaine. Or, dans le cadre qui lui est imposé, ses options se résument à un dilemme qu’elle aborde les mains liées : le risque systémique tout de suite, ou l’effondrement à terme de l’ordre dont elle fait elle-même partie. Nos politiques sont des eunuques. Les analystes se plaisent à les traiter de minus habens mais, s’ils étaient à leur place, ils ne feraient pas mieux qu’eux. Car, à moins de s’attaquer au Makhzen, le champ des possibles reste clôturé".

La seule manière de recouvrer sa dignité autant que sa liberté d’action, poursuit-il, "est de casser le moule et de renoncer à ses propres privilèges – pour pouvoir exiger que la monarchie fasse de même. ".

La sortie du blocage passe, selon lui, par la transformation des "sujets" du Roi en "citoyens". Dans sa déconstruction du système, il n’omet pas d’évoquer la capacité du Palais à faire jouer ses réseaux d’influence, et ce, jusque dans la presse française et les allées du pouvoir à Paris.

La vie de Palais

Au-delà de sa dimension politique évidente, le livre est passionnant pour le récit qu’il fait de la vie au sein de la famille royale. On y découvre de l’intérieur l’éducation d’un prince, les humeurs et l’arbitraire d’Hassan II, les rivalités du Palais, l’isolement du reste du peuple.

Un biais relativement rare dans les nombreux livres consacré au Maroc. Jusqu’ici, il y avait des scans extérieurs notamment avec "Notre ami le roi " dans les années 90 et d’autres.

"Journal d’un prince banni" est, lui, un récit à la première personne, d’un enfant de la maison. C’est ce qui donne à cet ouvrage de 380 pages un caractère inédit et audacieux. Le prince Moulay Hicham fourni à l’occasion certaines clarification à propos de nombreux événements survenus depuis l’intronisation de son cousin en 1999 jusqu’à nos jours
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De la matière pour les chercheurs et les historiens généralement confrontés à l’absence d’archives et à la rareté de documents, notes, correspondances ou livres signés par les acteurs politiques ayant vécu et façonné l’évolution du Maroc, avec ses succès et ses échecs.

Journal d’un prince banni permet surtout, de mieux cerner la nature de la monarchie marocaine, sa conception, ses pouvoirs, ses privilèges et la panoplie d’instruments qu’elle manipule pour les conserver.

Journal d’un prince banni, Moulay Hicham El Alaoui, Grasset, 380 pages

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