ALGÉRIE
08/07/2014 07h:50 CET | Actualisé 08/07/2014 07h:50 CET

Abdullah Abdullah se déclare vainqueur de la présidentielle afghane et rejette les résultats donnant l'avance à Ashraf Ghani

AFP

Abdullah Abdullah s'est déclaré mardi vainqueur de la présidentielle afghane en rejetant les résultats donnant une large avance à son adversaire Ashraf Ghani, faisant craindre que le processus électoral ne plonge dans le chaos, voire les violences commuanutaires.

"Sans aucun doute nous sommes les gagnants de l'élection", a déclaré M. Abdullah à la mi-journée devant plusieurs milliers de ses partisans rassemblés à Kaboul.

La veille au soir, la commission électorale indépendante (IEC) avait annoncé qu'Ashraf Ghani était bien placé pour devenir président avec une large avance, 56,4% des voix contre 43,5% à M. Abdullah, selon les résultats provisoires du second tour du 14 juin.

Ces chiffres annoncés ne sont pas "définitifs", avait toutefois averti le président de l'IEC, Ahmad Yusuf Nuristani. "Cela ne désigne pas le gagnant" de l'élection. Il reste l'étape de l'examen des plaintes, qui doit être menée par la Commission des plaintes (ECC), a-t-il dit.

L'équipe d'Abdullah Abdullah, qui ne cesse de dénoncer des bourrages d'urnes en faveur d'Ashraf Ghani, avait aussitôt dénoncé un "coup d'Etat" contre le peuple fomenté par l'IEC, alors que M. Ghani a revendiqué une victoire "dans les règles".

M. Abdullah faisait figure de favori de ce second tour après avoir obtenu 45% des voix, contre 31,6% à M. Ghani, début avril lors du premier tour de ce scrutin devant donner au pays un successeur à Hamid Karzaï, qui l'a dirigé depuis la chute des talibans à la fin 2001.

A la dernière présidentielle, en 2009, M. Abdullah avait jeté l'éponge avant le second tour en dénonçant déjà des fraudes massives en faveur d'Hamid Karzaï, qui fut ainsi automatiquement réélu. Il semblait cette fois décidé à ne pas laisser la victoire à son adversaire.

Son porte-parole, Mujib Rahman Rahimi, avait ajouté lundi soir que son équipe avait désormais rompu les contacts noués ces derniers jours avec le camp de son adversaire pour tenter de trouver une solution à la crise électorale.

Ces tensions inquiètent la communauté internationale, à commencer par les Etats-Unis, principal bailleur de fonds et soutien militaire de l'Afghanistan depuis 2001.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a ainsi mis en garde contre toute tentative de prendre illégalement le pouvoir en Afghanistan, menaçant de couper l'aide financière et sécuritaire au pays. Il a également mis en garde contre un éventuel "gouvernement parallèle" évoqué dans les rangs de M. Abdullah.

Mardi matin à Kaboul, les quelque 3.000 partisans rassemblés par Abdullah dans la vaste tente abritant habituellement la Loya Jirga (grande assemblée traditionnelle afghane) oscillaient avant son discours entre tension, déception et détermination.

Craintes de violences communautaires

"Nous sommes venus ici pour écouter notre chef. Quoi qu'il ordonne, nous le ferons", a déclaré l'un d'entre eux, Aminullah Anosh, 27 ans, en dénonçant des "voix volées" et des "fraudes massives".

Sous la tente, certains partisans de M. Abdullah ont décroché des portraits du président Karzaï, accusé d'avoir manipulé l'élection au profit d'Ashraf Ghani, pour les remplacer par ceux d'Abdullah. Les pro Abdullah avaient commencé à manifester leur mécontentement dès lundi soir par quelques rassemblements spontanés à Kaboul.

Lundi soir, le président de l'IEC Ahmad Yusuf Nuristani a reconnu l'existence de fraudes dans le scrutin, évoquant des "erreurs techniques et des lacunes", et affirmé que "des forces de sécurité" avaient "dans certains cas été impliquées" dans la fraude.

Selon l'IEC, plus de huit millions de suffrages ont été enregistrés, soit beaucoup plus qu'au premier tour où l'on en comptait environ six millions sur un total de 13,5 millions d'électeurs inscrits. Ce chiffre élevé nourrit des accusations de fraudes dans le camp Abdullah.

Le camp Ghani s'est lui gardé de tout triomphalisme lundi soir en assurant à l'AFP qu'il ne pouvait "préjuger du résultat final" et accepterait le résultat "quel qu'il soit après l'examen des plaintes".

Mais les partisans de M. Ghani n'ont pas caché leur joie lundi soir, dansant dans la rue à Kaboul, où des coups de feu de célébration ont été entendus dans la nuit, ou à Kandahar.

Certains observateurs, dont l'ONU, craignent qu'une impasse politique ne dégénère en tensions voire en violences communautaires entre Tadjiks au Nord, fidèles à M. Abdullah, et Pachtounes au Sud et à l'Est dans le camp Ghani.

Or les troupes de l'Otan se préparent à quitter le pays en fin d'année, et laisseront derrière elles un futur gouvernement menacé par une insurrection des talibans toujours active.

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