ALGÉRIE
24/06/2014 15h:23 CET | Actualisé 24/06/2014 18h:07 CET

Plongée du dinar sur le marché parallèle des devises: un problème de confiance, selon un expert financier

Le dinar n'a pas la pêche, c'est la grande méforme
Le Hic
Le dinar n'a pas la pêche, c'est la grande méforme

Sur le marché informel des devises, le dinar est à la chute en ce début d’été où la demande se renforce pour la période des vacances, la Omra du Ramadhan et le grand pèlerinage à la Mecque.

Selon le site économique spécialisé, Maghreb Emergent, le cours de l’euro a dépassé, à la mi-juin, la barre des 160 dinars sur le marché informel algérien.

Comment évaluer la baisse réelle du dinar ? En vérifiant "l'écart entre le taux officiel et le taux informel", explique Liès Kerrar, président d'Humilis, un cabinet algérien de conseil en ingénierie financière et investissement.

A l'agence du Crédit populaire algérien (CPA) d'Alger-centre, ce mardi matin, le tableau de change affiche un taux de 107 dinars pour l'euro, soit un écart de plus de 50% par rapport au marché noir. L'euro se vend donc 50% plus cher sur le marché informel que sur le marché officiel.

Les économistes constatent que la tendance est à l’aggravation de l’écart alors que pendant quelques années on enregistrait une réduction du gap entre le cours officiel et celui de la "Bourse de Port Saïd".

"Avant la loi de Finances complémentaire de 2009, l'écart entre le taux officiel et le taux informel était de 10 à 20%", rappelle Liès Kerrar. " Avec la loi de 2009 qui introduit notamment le crédit documentaire, à savoir le paiement par avance de l'importation, le cours de l'euro est subitement passé à 135, 140 dinars. Depuis, ce taux était relativement stable jusqu'à sa récente augmentation".

Perte de confiance

Outre les raisons conjoncturelles - approche du hadj, Omra et vacances –, Liès Kerrar évoque un problème de confiance dans le dinar. " Si l'incertitude sur la devise algérienne augmente, les épargnants ont tendance à garder leur argent en euros ou en dollars plutôt qu'en dinar, ce qui se répercute sur le cours".

Mais, avertit le spécialiste en finance, plus les médias parleront de cette baisse, plus ils pousseront dans le sens de cette dépréciation.

La démission de l'Etat dans son rôle de régulateur du marché de la devise demeure, cependant, la principale raison à cette situation.

"Le marché de la devise reste géré de manière chaotique par le gouvernement, qui admet l’existence d’un marché parallèle sans pouvoir le contrôler. Des démarches ont été engagées pour mettre en place des bureaux de change, des agréments ont été accordés par la banque d’Algérie, certains ont été retirés, mais les bureaux n’ont jamais fonctionné", constate Maghreb Emergent.

Pour diminuer le poids du marché informel, il faudrait que le gouvernement règle rapidement les besoins légitimes des Algériens tels que les voyages, le financement des études à l'étranger, etc., souligne Liès Kerrar.

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"Il y a urgence à établir une réglementation qui réponde aux demandes des citoyens". En réglant chacun des problèmes légitimes des Algériens, on laisse l'informel pour les besoins illégitimes, conclut le spécialiste en finance.

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