ALGÉRIE
14/06/2014 11h:14 CET | Actualisé 14/06/2014 12h:01 CET

Les travaux de la Grande Mosquée d'Alger à l'arrêt: 25% des travaux accomplis en 24 mois, 75% à réaliser en 15 mois

Maquette de la Grande Mosquée d'Alger.
Nejma Rondeleux pour le Huffington Post Maghreb
Maquette de la Grande Mosquée d'Alger.

Le ton triomphant aura été de courte durée. Trois mois après avoir déclaré, satisfait, que le "taux d'avancement général des travaux de la Grande Mosquée d'Alger avait atteint 25%", le ministère des Affaires religieuses vient de révéler que le chantier accusait un retard de sept mois.

Une annonce embarrassante pour un gouvernement qui promet depuis les débuts des travaux, en juin 2012, que la Grande Mosquée sera achevée "dans les délais contractuels" soit septembre 2015.

"Le projet ne sera pas réceptionné dans un délai de 48 mois comme promis précédemment par le ministère des Affaires religieuses, a avoué, jeudi 13 juin, le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aïssa, dans un entretien à l'Agence de presse algérienne APS. Il sera prolongé de six à sept mois en raison du ralentissement des travaux dont le taux d'avancement n'a pas dépassé les 25%".

Contrairement à la déclaration "positive" du mois de mars de son prédécesseur, Bouabdallah Ghlamallah, fournie de détails sur le chantier, Mohamed Aïssa, est cette fois-ci resté très évasif. "Le retard est dû à une mauvaise coordination entre les composantes humaines en charge du projet", a-t-il simplement ajouté en guise de justification.

La faute à pas d'chance

A défaut d'explications claires, les paroles du ministre peuvent être éclairées par les déclarations de son prédécesseur. Dans son annonce du 19 mars, l'ancien ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, indiquait que "la mise en chantier des autres bâtiments d'exploitation (administration, poste pour la protection civile, les centrales technique et de sécurité) nécessitent la délocalisation de la base de vie de l'entreprise en charge des travaux et la récupération des locaux de l'institut national de l'informatique".

A en croire l'aveu de retard de Mohamed Aïssa, ce déménagement-aménagement n'a toujours pas eu lieu, trois mois plus tard, et empêche donc de commencer la seconde partie du chantier dédiée à la construction des bâtiments d'exploitation après l'édification des principaux bâtiments : salle de prière, minaret, esplanade, centre culturel, bibliothèque et Dar-El-Qoraân (Maison du Coran).

Résultat: le chantier est à l'arrêt.

C'est ce que reconnaît, à demi-mots, le ministère des Affaires étrangères en affirmant "qu'il donnera des instructions lors de sa rencontre la semaine prochaine avec les bureaux d'études allemand et canadien pour la reprise des travaux en juillet prochain".

En rappelant que "la réalisation du projet de la grande mosquée d'Alger est confiée à des bureaux d'études de différentes nationalités, canadienne, allemande, chinoise et algérienne", Mohamed Aïssa, tente de disculper l'Algérie dans ce retard, sans jamais nommer les responsables à savoir: l'entreprise chinoise China State Construction Engineering Cooperation Ltd (CSCEC) en charge de la réalisation du chantier et l'entreprise allemande Krebs und Kiefer avec KSP Engel und Zimmermann chargée de la conception.

Faramineuses dépenses

Gigantesque, la Grande Mosquée d'Alger souhaitée par le Président Abdelaziz Bouteflika, l'est résolument. Minaret de 270 mètres,"le plus haut au monde", parking de 6.000 véhicules, capacité d'accueil de 120.000 visiteurs, etc., les chiffres donnent le tournis. Les dépenses aussi.

"La Grande mosquée d’Alger et ses annexes (bibliothèque, musée, etc.) devraient coûter, 1,5 milliards de dollars", rappelle le journaliste Yassin Temlali dans un article intitulé La Grande mosquée d’Alger: un trou noir budgétaire à la gloire du président publié le 23 novembre sur le journal électronique Maghreb Emergent.

Avec un tel budget, l'Algérie aurait pu construire cent centres de radiothérapie, note pour sa part la journaliste Fella Bouredji, dans un article intitulé Une grande mosquée à Alger contre cent centres de radiothérapie.

"Selon plusieurs études menées par des architectes algériens, un centre de radiothérapie coûterait seulement 10 millions d’euros et pourrait prendre en charge 3 000 malades par an. Avec une soixantaine de centres similaires, l’Algérie pourrait traiter chaque année les 100 000 cancéreux, qu’elle compte", note la journaliste dans ce qu'elle qualifie de "simple calcul désolant".

Compte tenu du retard annoncé par le ministre des Affaires étrangères, maigres sont les chances de voir la Grande Mosquée d'Alger terminée en septembre 2015. Achever 75% du chantier en 15 mois relève de la mission impossible. Ce qui ne manquera pas d'alourdir encore le budget prévu.

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