ALGÉRIE
29/05/2014 10h:59 CET | Actualisé 29/05/2014 11h:59 CET

Les divisions au sein du patronat algérien s'aiguisent

Slim Othmani: des patrons veulent redistribuer les cartes économiques après la présidentielle
HuffPost Magherb
Slim Othmani: des patrons veulent redistribuer les cartes économiques après la présidentielle

C’est la guerre des patrons en Algérie. Issad Rebrab, patron du plus important groupe privée algérien a fait sensation en accusant Ali Haddad, patron de l’ETRHB, une grande entreprise de travaux publics proche du cercle présidentiel de profiter de ses relations avec les décideurs pour "bloquer" ses projets. Ou «redistribuer les cartes », selon la formule de Slim Othmani, patron de NCA Rouiba.

Les frictions au sein des patrons s’étaient déjà exprimées avant l’élection présidentielle du 17 avril dernier. Elles semblent se poursuivre avec cette sortie fracassante du plus grand patron privé algérien.

Le Forum des chefs d’entreprises (FCE, organisation patronale) avait connu, avant l’élection, des turbulences en raison du refus de certains de ses membres de toute prise de position au sujet de la candidature de Bouteflika à un quatrième mandat. La plupart des opposants à une telle prise de position l’ont fait sur le mode du profil bas en s’abstenant d’assister à l’assemblée générale de l’organisation.

Seul Slim Othmani, patron de NCA Rouiba (jus de fruit) et président du think tank Care (Club d'action et de réflexion autour de l'entreprise) s’est exprimé publiquement contre une telle prise de position. Il avait même dénoncé des pressions exercées sur les patrons pour les contraindre à s’aligner. Pour lui, les statuts du FCE et la loi sur les associations lui interdisent de se mêler des questions politiques électorales.

Des "bâtons dans les roues "

Slim Othmani n’a pas été entendu. Le 13 mars et contrairement à une promesse du patron du FCE, Reda Hamiani sur un vote à bulletin, c’est à main levée que l’assemblée générale s’est ralliée au quatrième mandat de Bouteflika. Slim Othmani avait décidé de quitter l’organisation en critiquant une décision qui ne fait que "discréditer le monde de l'entreprise aux yeux des Algériens".

Issad Rebrab, qui s’était déjà opposé en 2004 à une prise de position en faveur de Bouteflika, lui emboite le pas. Il quitte définitivement le FCE. Sans citer nommément Ali Haddad, Issad Rebrab, a donné suffisamment de détails pour qu’il soit identifié : "Vous savez qui est très proches des décideurs parmi les chefs d’entreprise. J’ai décidé de ne plus renouveler mon adhésion au FCE, car je ne pouvais pas m’asseoir à la même table que ces gens-là. Des gens que j’ai aidés. C’est ce qui m’a fait très mal ".

Dans une déclaration au HuffPost Maghreb, Slim Othmani, pense qu’on veut mettre aujourd’hui, des "bâtons dans les roues à Issad Rebrab". Il estime qu’il y a des patrons qui de «part leur proximité avec le pouvoir veulent redistribuer les cartes économiques et se positionner de manière forte dans le monde des Affaires".

Ces patrons, poursuit Slim Othmani, considèrent que Rebrab est "trop puissant" et il faut lui "mettre des ralentisseurs pour contrecarrer ses projet ". "Que Rebrab soit puissant ou ailleurs, moi personnellement, j’en suis fier".

Slim Othmani évoque à ce propos le cas de ce patron qui n’a pas hésité "à renvoyer" le président de l’Union des Entrepreneurs publics (Unep), Ali Slimani. "C’était scandaleux et personne n’a trouvé à redire. C’est vous dire qu’aujourd’hui les chefs d’entreprise ont peur de ce personnage «observe-t-il.

Sur le FCE, qu’il a quitté sans regret, il déplore surtout la "disparition d’un acteur économique qui aurait pu être mieux structuré et assurer une meilleure représentativité du monde de l’entreprise".

Il observe qu’avec le retrait de Rebrab, il reste plus qu’Ali Haddad et Amor Benamor (groupe agro-alimentaire) comme grande entreprise, " tout le reste ne sont que des PME. Pour être franc, l’organisation patronale de Blida (CNI) pèse plus aujourd’hui que le FCE ".

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