MAGHREB
28/05/2014 09h:04 CET | Actualisé 28/05/2014 09h:46 CET

Tunisie - Policiers tués au domicile de Ben Jeddou à Kasserine: Version des autorités et réaction des trois présidents

Des soldats tunisiens patrouillent sur le Mont Chaambi le 11 juin 2013
AFP
Des soldats tunisiens patrouillent sur le Mont Chaambi le 11 juin 2013

Quatre policiers tunisiens ont été tués mardi soir dans une attaque contre la maison de famille du ministre de l'Intérieur, attribuée par les autorités à des "terroristes" islamistes retranchés sur un massif montagneux.

Deuil national

Le président de la République a décrété mercredi jour de deuil national, condamnant un "acte terroriste ignoble".

"Le groupe terroriste s'est infiltré depuis le Mont Salloum pour viser la maison du ministre de l'Intérieur", a déclaré M. Aroui mercredi matin à la télévision nationale. Ce mont, voisin du Mont Châambi, avait pourtant été déclaré zone militaire en avril pour tenter de resserrer l'étau autour des groupes jihadistes, selon les autorités.

D'après une source de sécurité à Kasserine, les quatre policiers, qui se trouvaient dans un garage attenant à la maison du ministre, n'ont pas eu le temps de répliquer sous l'effet de la surprise et ont été tués par des tirs nourris.

Deux autres policiers qui se trouvaient à l'extérieur ont ensuite échangé des tirs avec les hommes armés. Ils ont été blessés et hospitalisés, selon cette source, qui a requis l'anonymat.

L'un des policiers blessés, Walid Mansour, a indiqué à la radio privée Mosaïque FM que les assaillants étaient arrivés à bord d'un véhicule puis avaient lancé des "Allah akbar" (Dieu est le plus grand) avant de commencer à tirer.

"Ces éléments terroristes veulent envoyer un message" aux forces de l'ordre mais "nous continuerons la guerre contre le terrorisme", a affirmé M. Aroui, en exhortant les Tunisiens à "l'union nationale" et les médias à "un discours clair contre le terrorisme".

Pour autant, l'attaque a soulevé des interrogations chez certains Tunisiens, qui se demandaient comment les assaillants ont pu parvenir jusqu'à la maison du ministre sans être inquiétés, et ce en dépit du déploiement des forces de l'ordre dans la région. Le domicile de M. Ben Jeddou se trouve en outre près d'un secteur de la Garde nationale (gendarmerie).

Acte odieux et lâche

Le porte-parole du gouvernement, Nidhal Ouerfelli, a de son côté dénoncé sur sa page Facebook un "acte odieux et lâche".

Le chef du gouvernement Mehdi Jomâa a quant à lui affirmé que cette attaque était une réaction au "coup" qu'avaient "donné les forces de l'ordre" aux terroristes, après l'opération d'envergure et les arrestations annoncées par le ministère de l'Intérieur.

"Leur message est clair mais nous savons à quoi nous attendre, ils vont nous faire mal mais ils ne vont pas gagner, ils ne peuvent pas se mesurer à ce pays".

"Hier, il y a des citoyens qui ont frappés les terroristes avec des pierres, alors qu'eux frappaient avec des kalachnikov. Avec un peuple comme ça et avec l'aide de Dieu, ils ne nous vaincront pas", a assuré le Premier ministre.

"Ces gens là ne veulent pas d'élections (...) et nous sommes prêts à tous les sacrifices pour la Tunisie", a également dit Mustapha Ben Jaâfar, sur les ondes de Jawhara FM.

"Ça va prendre du temps"

La Tunisie émerge lentement d'une année 2013 mouvementée, marquée par l'essor de groupes jihadistes après la révolution de 2011 et une crise politique profonde nourrie par la méfiance entre islamistes majoritaires et leurs opposants.

Le pays vit une relative accalmie depuis l'adoption d'une nouvelle Constitution fin janvier et la remise du pouvoir par les islamistes d'Ennahdha à un gouvernement apolitique.

Début mars, l'état d'urgence a été levé avec quatre mois d'avance et mardi, les barbelés qui entouraient le ministère de l'Intérieur dans le centre de Tunis et bloquaient une partie de l'artère principale de la capitale ont été enlevés.

Des soldats sont toutefois régulièrement tués ou blessés par des mines sur le Mont Châambi et à la mi-février, quatre personnes, dont deux gendarmes, ont été tuées par des hommes armés dans le nord-ouest du pays.

Les autorités tunisiennes font état d'une amélioration de la situation sécuritaire ces derniers mois mais répètent que la lutte antiterroriste sera longue.

"Il y a des pays qui ont mis dix fois plus de moyens que ceux dont nous disposons et 10 ans après il y a encore (des terroristes", a affirmé Mehdi Jomâa.

"Ça ne va pas être facile. Ça va prendre du temps", avait dit le mois dernier à l'AFP le porte-parole du ministère de la Défense, Taoufik Rahmouni, à propos de la lutte contre les groupuscules soupçonnés d'être liés à Al-Qaïda.

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