ALGÉRIE
27/05/2014 18h:12 CET

Algérie: Le gaz de schiste n'a pas beaucoup de partisans dans la presse et les réseaux sociaux

Site d'exploration de gaz de schiste - Lancashire, Grande Bretagne
geograph.co.uk/ K. A.
Site d'exploration de gaz de schiste - Lancashire, Grande Bretagne

La décision, annoncée en Conseil des Ministres le 21 mai dernier d’autoriser la "prospection, et plus tard l'exploitation des hydrocarbures schisteux" fait des vagues dans les médias algériens et dans les réseaux. Certains se sont souvenus du scoop de l’hebdomadaire Le PointLaurent Fabius, ministre français des affaires étrangères révélait l’existence d’un accord sur l’exploration française du gaz de schiste en Algérie. De quoi conforter ceux qui dénoncent la transformation de l’Algérie en "terrain d’expérimentation" pour la France où la fracturation hydraulique est interdite. L’emballement dans les médias et réseaux algériens est tel que l’agence APS a donné la parole à des experts qui assurent que l’exploitation du gaz de schiste "n’est pas pour demain".

Rentable?

Recourir aux hydrocarbures non conventionnels serait un moyen de répondre à l’explosion de la demande interne qui affecte les capacités à respecter les engagements internationaux de l’Algérie. Mais, avertit Melissa Roumadi d’El Watan, il y a un problème de rentabilité qui se pose car les technologies utilisées pour les tight oil and gas et les shale oil and gas, "sont souvent très coûteuses". Sans compter que l’exploitation des gaz de schistes nécessite de très nombreux forages pour maintenir un niveau de production appréciable.

L’Algérie a beau avoir les 3ème réserves en gaz non conventionnel du monde, cela ne suffit pas "à assurer la rentabilité du projet gouvernemental".

Le professeur Chem-Eddine Chitour s’alarme du "piège de la rente du gaz de schiste" et voit dans la décision du Conseil des ministres "une triste nouvelle pour le Sahara". Après un long plaidoyer contre la décision du gouvernement, il conclut : "Je suis sûr que les habitants de Timimoun qui ont fait des foggaras une culture et un art de vivre préféreront l'eau au gaz de schiste..."

Sur El Watan aussi, Dr. Hocine Bensaad, Expert-consultant en gestion et prévention des risques de catastrophes, soulève le problème des couts et note que la comparaison avec les Etats-Unis n’est pas de mise. L’Algérie, ne disposant pas de la technologie, sera obligée de faire "recours à l’expertise et aux compétences de ces sociétés étrangères ainsi que l’achat ou la location de moyens techniques nécessaires à la fracturation hydraulique".

Pourquoi alors que les coûts paraissent exorbitants l’Etat algérien va vers le gaz de schiste? La réponse pourrait être dans l’ampleur des réserves de pétrole de schiste, infiniment plus intéressante au plan économique que le gaz de schiste. Melissa Roumadi note que selon Sonatrach, outre des réserves en gaz de schiste se situant entre 25 000 et 140 000 milliards de mètres cubes, "les réserves en hydrocarbures liquides récupérables seraient de 248 milliards de barils. Ce qui est énorme. Ce potentiel pourrait ainsi permettre d’amortir l’investissement à concéder."

Les écolos s’alarment

Le Président Bouteflika, selon le communiqué officiel, a donné des instructions pour que "l’exploitation des hydrocarbures schisteux soient menée en permanence avec le souci de préserver les ressources hydriques et de protéger l’environnement".

Le message ne rassure pas les défenseurs de l’environnement qui mettent en avant les risques posés par l’utilisation des produits chimiques hautement toxiques. "Les conséquences peuvent être catastrophiques pour la nappe albienne et les nappes phréatiques d’où sera puisée l’eau nécessaire à la fracturation hydraulique" avertit le Dr. Bensaad. La militante écologique Sabrina Rahmani a lancé un appel à un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste en citant une liste détaillée de produits toxiques utilisés dans le "fluide de fracturation".

Les réseaux sociaux

Sur Twitter, il y a un consensus contre ce projet. Les twittos algériens qualifient d’irresponsable la décision du gouvernement. Certains ont lancé une pétition contre l’exploitation du gaz de schiste.

Galerie photoLe gaz de schiste sur Twitter Voyez les images

Plusieurs pages facebook ont aussi vu le jour pour dénoncer le projet. Un évènement facebook appelle même à un rassemblement citoyen contre l’exploitation du gaz de schiste.

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