MAGHREB
15/05/2014 11h:21 CET | Actualisé 15/05/2014 11h:32 CET

Le Qatar promet d'assouplir les conditions de vie des travailleurs étrangers

AFP

Critiqué de toutes parts pour sa gestion des travailleurs étrangers, le Qatar a promis de prendre des mesures afin d’assouplir les conditions de vie des ouvriers immigrés sur son sol. Une décision prise sous la pression internationale qui n’hésite pas à parler d’ "esclavage moderne".

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Pouvoir quasi-absolu à l'employeur

L’attribution de la Coupe du monde au Qatar aura au moins eu le mérite de mettre sous le feu des projecteurs les conditions de travail des immigrés au sein de la micro-monarchie. Pour construire ou moderniser les 12 stades nécessaires à la compétition, elle a fait appel à plus d’un million de travailleurs étrangers. Un nombre qui ne cesse d’augmenter: à l’heure actuelle sur près de 2 millions d’habitants, 1,5 millions sont des étrangers. Et les conditions de travail sont loin d’être enviables pour les immigrés.

Le Qatar – et les Émirats voisins – pratiquent le système de la "kafala", un "parrainage" donnant un pouvoir quasi-absolu à l’employeur sur l’employé. Impossible de quitter ou changer d’emploi sans l’accord de son parrain. Les Qataris confisquent régulièrement les passeports de leurs salariés, un moyen - illégal - d’éviter qu’ils ne quittent le territoire.

L’ONU dénonce par ailleurs de nombreux abus sur le versement des salaires. Sous-payés lorsqu’ils ne sont pas non-payés, de nombreux travailleurs subissent la toute-puissance de leurs patrons. Alors que le salaire moyen d’un Qatari atteint les 8500 €, il n’y a pas de salaire minimum à l’échelle nationale.

Les conditions de travail sont également pointées du doigt. En 2 ans, 382 immigrés népalais sont morts sur les chantiers de la Coupe du Monde, selon Amnesty International. En 2012-2013 ce sont 450 travailleurs indiens qui ont péri au Qatar. Amnesty insiste sur la nécessité d’augmenter les conditions de sécurité sur les sites de construction. Un rapport de la Confédération internationale des syndicats indique que 4000 travailleurs pourraient mourir sur les chantiers de la Coupe du Monde d’ici à 2020.

Le Qatar promet un "assouplissement"

Croulant sous les critiques, le Qatar a promis hier une série de mesures pour assouplir les restrictions sur le séjour des travailleurs étrangers et améliorer leurs conditions de travail.

Principale avancée prévue: l’abolition de la "kafala". Bahreïn est le seul pays de la région à l’avoir abolie à l'heure actuelle. A la place, le Qatar déclare vouloir instaurer un "système de contrat de travail".

Autre avancée promise, le changement d’attribution des visas de sortie. Pour quitter le territoire, l’employé doit en recevoir l’autorisation par son employeur. Le footballeur Zahir Belounis avait ainsi été bloqué pendant plus d’un an au Qatar à la suite d’un différend avec son club d’Al-Jaish. Il a décidé de porter plainte contre le frère de l’Émir du Qatar pour "escroquerie, travail dans des conditions particulièrement inhumaines et extorsion de fonds ".

Ces précieux visas seront désormais délivrés directement par le ministère du Travail.

Le Qatar veut également multiplier par cinq les amendes envers les employeurs confisquant les passeports de leurs employés et prévoit d’adopter "des normes unifiées pour les conditions de logement des travailleurs".

Une série de mesures qui est loin d’être suffisante pour Amnesty International, qui dénonce "une occasion manquée" et des réformes "en deçà des changements fondamentaux nécessaires pour s'attaquer aux abus systématiques contre les travailleurs migrants" au Qatar.

Les scandales s’enchainent depuis l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. En plus des nombreuses critiques relatives aux Droits de l’homme et de la polémique autour de la tenue de la compétition en hiver, la monarchie du Golfe est accusée de corruption envers la FIFA.

La Coupe du monde devait être une formidable vitrine pour le Qatar. Ce qu’elle affiche est pour l’instant beaucoup moins reluisant que prévu.

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