MAGHREB
24/04/2014 14h:57 CET | Actualisé 24/04/2014 15h:01 CET

La Constitution publiée en "derja": Traduction, explication ou interprétation?

Capture d'écran

L'Association tunisienne de droit constitutionnel (ATDC) a annoncé jeudi 24 avril la publication en dialecte tunisien de la Constitution adoptée fin janvier afin que les Tunisiens "se l'approprient", notamment ceux comprenant mal l'arabe littéraire.

"Cette version vise à simplifier le contenu de la loi fondamentale afin qu'elle soit compréhensible par tous les citoyens", a affirmé à l'AFP Chawki Gaddes, le secrétaire général de l'ATDC).

Traduction, explication ou interprétation?

"C'est plus qu'une simple traduction de l'arabe littéraire vers le dialecte tunisien. Il s'agit d'une explication dans notre langue maternelle des dispositions du texte fondamental qui, pour assurer sa fonction fondatrice, doit être intériorisé par le peuple tunisien", a-t-il expliqué.

Le texte explique en effet certains termes, comme la "souveraineté" de la Tunisie énoncée dans l'article 1. Cette "souveraineté" "veut dire qu'aucun Etat ou aucun pays ne peut s'ingérer dans ses affaires", peut-on lire dans la version en dialecte tunisien qu'il est possible de se procurer gratuitement en remplissant ce formulaire.

Mais les commentaires ne se limitent pas à une définition des termes énoncés. Toujours dans l'article 1, tiré de la Constitution tunisienne de 1959, la référence à l'Islam est définie comme étant la "religion de la majorité du peuple tunisien", de même pour la langue arabe. Or, cette interprétation fait l'objet d'une forte controverse entre ceux qui avancent que l'Islam est la religion de l'Etat et ceux qui affirment qu'il s'agit de la "religion de la Tunisie", c'est-à-dire du peuple tunisien.

Article 1 de la Constitution:

La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime.

Il n’est pas permis d’amender cet article.

Contacté par le HuffPost Maghreb, Chawki Gaddes affirme que cette interprétation découle de l'explication qui en a été faite pour la Constitution de 1959 et qu'il ne peut y en avoir d'autres. "Dire que l'Etat a une religion n'a pas de sens", assure-t-il.

Plusieurs dispositions du texte sont ainsi interprétées ou expliquées. En réponse au fait que plusieurs députés, notamment du mouvement Ennahdha, ou juristes pourraient ne pas être d'accord avec ces interprétations, M. Gaddes rétorque: "Pour pouvoir comprendre les différents termes et les expliquer, il faut être expert en droit public".

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L'arabe littéraire est la langue officielle en Tunisie mais les Tunisiens parlent au quotidien la "derja", le dialecte tunisien, qui gagne depuis plusieurs années du terrain, notamment dans les médias.

Le projet est né de "l'observation que les Tunisiens semblent être plus sensibles et prêtent plus d'attention aux politiciens et aux experts qui parlent en dialecte (tunisien) qu'à ceux qui communiquent en arabe littéraire ou en français", a expliqué l'association dans un communiqué.

"Cela s'explique par de grands changements des habitudes et comportements socio-culturels", notamment sur les réseaux sociaux où les internautes utilisent surtout le dialecte, a-t-elle ajouté.

Selon M. Gaddes, cette version, "qui suscite déjà l'intérêt d'un nombre important d'associations", n'a aucune valeur juridique. Elle est "informative et n'est pas destinée à la vente", a-t-il précisé.

Quelque 4.000 copies ont été imprimées et une version est disponible en ligne. L'association veut aussi réaliser des enregistrements audio téléchargeables en MP3.

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