MAGHREB
18/03/2014 12h:34 CET | Actualisé 19/03/2014 06h:37 CET

Tunisie: Sérieux doutes sur les photos présentées par le ministère de l'Intérieur, d'un supposé camp d'entrainement jihadiste

A gauche, capture d'écran d'une photo présentée par le ministère de l'Intérieur, à droite, capture d'écran d'une photo partagée sur Facebook, datée de janvier 2011
Capture d'écran
A gauche, capture d'écran d'une photo présentée par le ministère de l'Intérieur, à droite, capture d'écran d'une photo partagée sur Facebook, datée de janvier 2011

Le ministère de l'Intérieur a-t-il menti? Les doutes sont permis à la suite de la conférence de presse de son porte-parole Mohamed-Ali Aroui ce lundi 17 mars.

En plus de présenter les informations officielles du ministère de l'Intérieur concernant les deux opérations dites antiterroristes de Jendouba et Sidi Bouzid et après avoir annoncé qu'un "dangereux terroriste" impliqué dans l'embuscade de Jendouba a été abattu, Mohamed-Ali Aroui a montré des photographies d'un présumé camp d'entraînement pour les candidats au jihad en Syrie, à Menzel Nour, dans le gouvernorat de Monastir.

"Il y a eu beaucoup de commentaires - pour ne pas dire autre chose - exprimés sur la dernière opération antiterroriste dans le gouvernorat de Monastir. Nous avions publié un communiqué à ce sujet indiquant que les unités spéciales avaient reçu des informations sur l'existence d'un camp d'entraînement et d'un groupe oeuvrant à l'embrigadement et au financement des départs de certains jeunes en Syrie", a indiqué Mohamed-Ali Aroui.

"L'opération a été menée dans le cadre de la loi, après concertation avec le ministère public. 11 personnes ont été arrêtées et 7 d'entre elles ont été maintenues en détention sur décision du ministère public", a-t-il déclaré.

"Nous sommes ouverts aux remarques, à condition qu'elles soient loin de toute instrumentalisation et qu'elles ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de la Nation", a mis en garde Mohamed-Ali Aroui.

"Concernant les critiques selon lesquelles nous n'avions pas de motifs pour mener cette action, nous assurons que nous avons les documents et les photos qui le prouvent", a-t-il insisté.

Mohamed-Ali Aroui faisait allusion aux mouvements de protestation ayant suivi l'arrestation des 11 personnes en question, le 13 mars dernier. Certains habitants de Menzel Nour avaient dénoncé les pratiques des forces de l'ordre (qu'ils ont comparées à celles de l'ancien régime) et la violence dont ils auraient fait preuve au moment de ces arrestations, de même que la répression des mouvements de protestation.

"Nous ne voulions pas présenter les photos prouvant l'existence de ce camp dans un premier temps, mais nous allons vous en montrer quelques-unes à présent, avec l'autorisation du juge d'instruction", a dit M. Aroui, avant d'afficher les photos en question, lors de la conférence de presse. "Il n'est pas possible, dans tous les cas, de mettre en doute ces photos", a-t-il encore insisté.

Des photos publiées sur Facebook et datées de janvier 2011

"Ils ont commencé à faire des trous et des obstacles pour l'entraînement", a commenté le porte-parole du ministère en montrant les deux premières photos.

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Capture d'écran des premières photos présentées par Mohamed-Ali Aroui (vidéo de Mosaïque FM)

Ces deux photos ont pourtant été publiées sur Facebook par un certain Marwen Bélhaj Ammar. Les photos sont datées du 31 janvier 2011 (de même que plusieurs commentaires) et présentées dans un album nommé "Scouts de Menzel Nour".

photo un fb

photo deux fb

En affichant les deux photos suivantes, Mohamed-Ali Aroui a indiqué que la personne sur la photo de droite était le chef du camp d'entraînement et qu'il avait été arrêté.

photo trois

photo quatre

Ces mêmes photos sont visibles dans l'album publié sur Facebook.

photo trois fb

photo quatre fb

"Une opération récente"

"Avez-vous obtenu ces photos à la suite d'une opération des services de renseignements ou les avez-vous trouvées dans les affaires d'une des personnes arrêtées?", a demandé un journaliste d'Express FM à Mohamed-Ali Aroui.

Sur la défensive, le porte-parole du ministère de l'Intérieur a encore prévenu: "Nous refusons les attaques gratuites contre les unités des forces de l'ordre, la justice ou le ministère public", a-t-il martelé.

Face à l'insistance du journaliste, Mohamed-Ali Aroui a indiqué que ces photos avaient été obtenues par les forces de sécurité. "Et c'est pour vous un honneur que vos unités parviennent à se procurer ce type de documents", a-t-il assuré, alors même qu'elles sont disponibles sur Facebook depuis plus de trois ans.

"Cette opération est récente. Cela s'est passé dernièrement à Monastir et vous avez pu voir que cela venait de commencer. Les informations et les photos nous sont alors parvenues. Nous les avons obtenues par le biais des renseignements", a-t-il encore déclaré.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur affirme ainsi que les opérations d'entraînement de candidats au jihad étaient "récentes" et qu'un "travail des renseignements" était nécessaire pour obtenir les "preuves" en image de l'existence de ce camp. Selon les propos du ministère, ces photos n'auraient ainsi pas été saisies lors des arrestations et des perquisitions.

Concernant les images publiées sur Facebook, si la date de leur publication peut être antédatée (comme le permet le réseau social), les commentaires quant à eux ne peuvent pas l'être. Il est donc vraisemblable que ces photos aient été prises au plus tard fin janvier 2011, avant que la vague des "révoltes arabes" n'atteigne la Syrie.

Dans des commentaires publiés sous les photos, les utilisateurs du réseau social s'amusaient du fait que certains "scouts" ne sachent pas encore prier. Ces commentaires datent du début du mois de février 2011.

Quelques habitants de Menzel Nour ont manifesté ce mardi devant l'Assemblée nationale constituante pour demander la libération des personnes arrêtées le 13 mars dernier.

Un des manifestants a déclaré sur les ondes de Jawhara FM que la conférence du ministère de l'Intérieur organisée la veille était "un scandale" et que les photos correspondaient pour certaines à "une excursion de jeunes dans la région à Tamarza".

"Nous avons la vidéo enregistrée de cette excursion", a-t-il assuré.

Le ministère de l'Intérieur demeure quant à lui injoignable.

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