MAGHREB
03/03/2014 18h:56 CET | Actualisé 04/03/2014 02h:52 CET

Tunisie - Mehdi Jomâa dresse un tableau noir de la situation économique (VIDÉO)

Le Premier ministre tunisien Mehdi Jomaa a mis en garde lundi soir contre une situation économique "difficile" qui risque de devenir "catastrophique", prévenant les Tunisiens qu'ils allaient devoir faire des "sacrifices".

"En toute franchise, la situation est plus difficile que ce que nous croyions", a-t-il dit dans une interview à la chaîne publique Wataniya et à la télévision privée Nessma, un mois après avoir pris ses fonctions.

"Il va nous falloir faire des sacrifices (...) On peut ignorer la réalité mais la réalité ne nous ignorera pas", a-t-il insisté.

4 milliards de dinars manquent au budget de l'Etat

Le Premier ministre, qui a formé fin janvier un gouvernement apolitique après le départ du pouvoir de la coalition menée par le parti islamiste Ennahdha, a expliqué qu'il manquait environs 4 milliards de dinars dans le budget de l'Etat.

"Nos besoins en financement du budget s'élèvent actuellement à 12 milliards de dinars, mais seuls 7 milliards sont prévus dans la loi de finances", a-t-il expliqué.

"Nous sommes aujourd'hui obligés de trouver plus de ressources que ce que nous imaginions. Nous ne savons pas d'où les ramener. Nous avons l'intention de lancer une souscription pour financer les caisses de l'Etat mais ce n'est pas suffisant. J'ai l'intention d'aller dans les pays du Golfe, aux Etats-Unis et en France. Nous allons emprunter encore plus", a-t-il dit, estimant que le taux d'endettement dépassera 50% du PIB.

"Sur les quatre dernières années, 2014 comprise, nous aurons contracté des prêts s'élevant à 25 milliards de dinars".

M. Jomaa a affirmé que le gouvernement allait examiner "au cas par cas" la situation des compagnies publiques en difficulté comme la compagnie aérienne nationale Tunisair, qui demande une aide équivalant à "quatre fois son chiffre d'affaires".

Pas de recrutements dans la fonction publique

"Nous n'allons pas baisser les salaires mais il n'y aura pas de nouveaux recrutements dans la fonction publique", car les moyens manquent pour les financer, a-t-il ajouté.

"Il faut que nous soyons sincères: Pendant ces trois dernières années nous n'avons pas travaillé. L'administration n'a pas travaillé, les compagnies n'ont pas travaillé, nous n'avons pas respecté les lois. Ce n'était pas ce que nous attendions de la révolution (...). Une autre révolution nous attend, celle des mentalités", a-t-il affirmé.

"Nous devrons prendre des mesures urgentes, consensuelles et soutenir les projets déjà créés mais qui peinent à être exécutés. Nous allons également soutenir les micro-crédits et les créations de petites entreprises", a-t-il déclaré.

"Si nous ne faisons rien, (la situation économique) peut être catastrophique", a-t-il dit. "Ce doit être une cause nationale, car si nous continuer à reculer, la situation nous imposera certaines mesures que nous avons observées dans d'autres pays... Et vous savez ce que cela veut dire", a mis en garde Mehdi Jomâa, sans plus de précisions.

Neutralité des mosquées, neutralisation des LPR

Mehdi Jomaa a indiqué que 149 mosquées échappaient encore au contrôle de l'Etat et que des mesures étaient en cours pour rétablir leur neutralité. "Les mosquées doivent rester un lieu de culte loin de toute instrumentalisation", a-t-il affirmé.

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La question des Ligues de protection de la révolution feront l'objet, selon le chef du gouvernement, d'un traitement au cas par cas.

"Certains de ces groupes ont une existence juridique et d'autres non. Pour ce qui est des associations qui ont une existence juridique et qui auraient commis des infractions, nous allons accélérer les choses, dans le cadre de la loi, par le biais du ministère public", a-t-il précisé.

Le Premier ministre a par ailleurs réitéré l'engagement de son gouvernement à respecter son mandat, à savoir l'organisation d'élections "transparentes" devant se tenir avant la fin de l'année.

"Notre conviction est qu'il est de l'intérêt du pays de tourner la dernière page du processus de transition politique", a-t-il déclaré.

Des conflits sociaux alimentés par la pauvreté et le chômage ont sans cesse agité le pays depuis la révolution. Environ 15% de la population active est sans emploi, un taux qui dépasse les 30% chez les diplômés.

La Tunisie a connu une année 2013 mouvementée, marquée par l'assassinat de deux opposants de gauche, la mort d'une vingtaine de militaires et de gendarmes dans des heurts avec des groupes jihadistes et une paralysie institutionnelle de plusieurs mois.

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