MAGHREB
06/02/2014 13h:49 CET | Actualisé 06/02/2014 14h:01 CET

Facteur de croissance, le haut-débit peine à s'imposer au Maghreb

Facteur de croissance, le haut débit est à la traîne au Maghreb
Flickr/mikale miettinen
Facteur de croissance, le haut débit est à la traîne au Maghreb

Le haut-débit maghrébin est à la traîne dans le monde arabe. L'accès rapide à internet y est beaucoup moins présent que dans les pays du Golfe. Même des pays moins stables politiquement et économiquement, comme la Libye ou l'Egypte, tiennent le trio Maroc-Algérie-Tunisie à distance.

Plus que l'accès à l'information et aux divertissements, l'enjeu est économique. Selon un rapport de la Banque mondiale paru le 6 février 2014, le haut-débit a un impact très favorable sur le développement et sur la création d'emploi, comparable à celui de la machine à vapeur ou encore l'électricité.

"L'introduction à l'internet haut débit augmente le PIB d'un pays de l'ordre de 1,4%, permet à l'industrie de croître de 5% et aux de services de 10%", affirme le spécialiste de la Banque mondiale Carlo Maria Rossotto à l'agence TAP. A son habitude, l'institution new-yorkaise n'en oublie pas d'insister sur la libéralisation: "Il faut ouvrir les marchés". Tour du marché, donc.

Tunisie: Sur le bon chemin, mais "il reste encore à mettre en oeuvre"

600 millions de dinars, ou le montant nécessaire, selon Rossotto, pour couvrir le pays avec un haut débit incluant la 4G et la fibre optique. Un coût qu'il juge "raisonnable" étant donné qu'il "ne dépasse pas les capacités des opérateurs de téléphonie en place".

L'expansion de la fibre optique pose problème. Elle devrait aller de paire avec des investissements dans d'autres secteurs, notamment dans la construction, pour produire des logements aptes à la recevoir.

La 4G devrait en revanche "être opérationnelle entre 2014 et 2015", assurait Mongi Marzouk, l'ancien ministre tunisien des technologies de l’information et de la communication, début décembre 2013.

Pour le moment, la Tunisie en reste à la 3G. Comme au Maroc, celle-ci a rapidement détrôné l'ADSL depuis son introduction en 2010. Mais sa pénétration laisse encore à désirer. Selon le rapport de la Banque mondiale, seuls 25% des foyers et 5% des mobiles en sont dotés. A titre de comparaison, ces chiffres s'élèvent respectivement à 88% et 74% à Bahreïn.

En revanche, la 3G continue à coûter plus cher aux abonnés tunisiens qu'aux abonnés marocains.

Alors que le rapport encense la "bonne stratégie de développement" tunisienne, il affirme qu'il "reste encore à la mettre en oeuvre". Un appel du pied au nouveau gouvernement?

Algérie: L'art du retard

Pour Alger, le haut-débit est un enjeu à double-tranchant. D'un côté, il met en péril la position de force d'Algérie Telecom et favorise les flux d'information. D'un autre, le haut débit peut, selon la Banque mondiale, aider à diversifier les activités économiques et à éviter la dépendance aux ressources naturelles, si importantes en Algérie.

Si la 3G a attendu décembre 2013 pour débarquer (sous la forme avancée de la 3G+), la cause du retard semble avoir été politique. Enclenché depuis 2005, le processus bloquait sur la dernière étape: la signature du décret d'octroi des licences.

Adoptée très tard, notamment un an après la Somalie, la 3G pourrait rapidement faire place à la 4G. Alors que la campagne présidentielle en est à ses balbutiements, la ministre algérienne de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, Zohra Derdouri, a annoncé le haut débit nouvelle génération pour 2015 au plus tard, et pour mars 2014 pour les professionnels.

En 2008, le gouvernement avait pris la décision de se focaliser sur l'ADSL. Le choix avait fait jaser les internautes. Le Figaro rapporte ainsi les propos de Yasmine Bouchène, "geek algérienne fondatrice de jam-mag".

"Un jour, j’ai discuté avec un entrepreneur web qui était présent lors du lancement de la téléphonie mobile en Algérie en 2002. Il me racontait comment les responsables pensaient que ça ne valait pas la peine et que ce marché ne prendrait jamais".

Préconisées par la Banque mondiale, la libéralisation et la multiplication des acteurs du marché devraient poser problème en Algérie. Seul trois opérateurs s'y partagent un gâteau de presque 40 millions d'abonnés. A titre de comparaison, la Mauritanie en a quatre pour une population de 3,3 millions.

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Le royaume chérifien a pris le train de la 3G dès 2007, précédant de peu le lancement de la stratégie nationale "Maroc Numeric 2013".

Aujourd'hui prolongé à 2020, ce programme "a pu créer 26.000 emplois additionnels de 2008 à ce jour», explique Boubker Badr, directeur de l’économie numérique au ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, à l'Economiste.com.

Le même média relève pourtant des imperfections. La stratégie aurait ainsi été mise en oeuvre "au détriment des petits villages éloignés". Boubker Badr partage le constat: "La nouvelle stratégie devra être tournée à 80% vers les régions".

Avec 10% des mobiles, la 3G est plus présente au Maroc que chez ses voisins. Mais dans un pays où il y a plus de mobiles que d'habitants, la population en attend plus.

La concurrence, solution miracle?

Aujourd'hui, des pays tels que l'Algérie, le Maroc, l'Egypte, la Tunisie," ont, chacun, une réglementation différente", note le rapport de la Banque mondiale, qui préconise d'établir un cadre commun axé sur celui de l'Union européenne.

La Banque mondiale prend ainsi l'exemple de pays comme la Roumanie ou la Lituanie, qui ont pu "rattraper leur retard de croissance" après s'être alignés sur le cadre réglementaire de l'UE.

Selon la BM, la solution serait toute prête: la concurrence. En d'autres termes, il suffirait d'ouvrir les marchés "au maximum". Sans oublier l'inévitable "autorité de régulation indépendante".

Conclusion: Il revient aux politiques de faire le premier pas, en appuyant des législations favorables. Plus que jamais, l'accès à internet est une histoire politique.

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