MAGHREB
15/01/2014 13h:00 CET | Actualisé 15/01/2014 14h:10 CET

Constitution - Tunisie: A l'Assemblée, des imams lobbyistes émettent une fatwa contre la liberté de conscience

Une fatwa contre la liberté de conscience
twitter/ochlocratie
Une fatwa contre la liberté de conscience

Une délégation d'imams qui ont fait le déplacement à l'Assemblée nationale constituante ce mardi 14 janvier, a exprimé son désaccord sur une série d'articles constitutionnels et a proclamé une fatwa contre la liberté de conscience.

Acteurs de la société civile, les imams avaient le droit d'être présents dans les couloirs de l'Assemblée. En bons lobbyistes, ils ont également distribué des tracts - proclamant notamment la fatwa en question. Une démarche interdite, affirme la présidente d'Al Bawsala Amira Yahyaoui.

"Ce n'est pas autorisé", confirme en effet le constituant Ennahdha Badreddine Abdelkafi au HuffPost Maghreb. Assesseur chargé des relations avec le citoyen et la société civile, il "leur a demandé de remettre les tracts au bureau d'ordre", par lequel les documents doivent transiter avant d'être déposés dans les casiers des députés.

Plusieurs copies ont pourtant été distribuées directement aux députés, regrette M. Abdelkafi, tout en précisant que lui n'en a pas encore eu entre les mains.

Le HuffPost Maghreb a obtenu une copie du tract:

Le tract distribué aux constituants:

fatwa

fatwa

La fatwa:

anc

Les imams ont arpenté les couloirs de l'Assemblée en cherchant le dialogue avec de nombreux députés. "Je suis passée trois ou quatre fois devant eux et ils ne m'ont pas adressé la parole", raconte cependant la députée Selma Mabrouk (Al Massar) au HuffPost Maghreb, insinuant que les imams auraient ciblé des constituants jugés plus réceptifs.

C'est le cas du jeune député Foued Thamer (Bloc Démocrate), "pas surpris" des prises de position de ces imams. "Nous avons déjà eu des problèmes avec eux lorsqu'ils s'en sont pris [au député] Mongi Rahoui", nous explique-t-il. Le député de Gabès a écouté ses interlocuteurs, mais souligne que ses "convictions" vis-à-vis de la liberté de conscience et de l'interdiction du "takfir" restent inchangées.

Selon le tract, l'article 6 sur la liberté de conscience et de culte "conduira à la prolifération de pratiques contraires à l'islam", et à ce que "les musulmans risquent de devenir des renégats en masse". Quant à l'article 45 sur l'égalité des chances entre hommes et femmes, il serait "la porte ouverte à la destruction de la cellule familiale".

Selma Mabrouk a été particulièrement dérangée par la fatwa émise en conclusion du tract, venant de personnes "dont on ne sait pas ce qu'ils représentent".

"Nous sommes dans une période où chacun s'autoproclame imam. L'anarchie est totale. Venir exprimer son désaccord ne pose aucun problème. Mais une telle fatwa peut mener à de la violence".

Mercredi matin, plusieurs imams sont venus devant l'ANC pour protester à nouveau contre les articles en question.

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