MAGHREB
05/01/2014 14h:50 CET | Actualisé 05/01/2014 19h:59 CET

Tunisie: La polémique entre Mongi Rahoui et Habib Ellouze relance le débat sur l'article 6 de la Constitution

Al Bawsala

C'était trop beau pour être vrai. L'atmosphère relativement calme de la veille n'a pas duré et le débat du jour à l'Assemblée a été compromis par une polémique opposant les députés Mongi Rahoui (Front populaire) et Habib Ellouze (Ennahdha).

Cet énième différend a été déclenché par les déclarations controversées de Habib Ellouze, dans les médias.

"Rahoui est connu, c'est un ennemi de l'Islam en tant que laïc. Il aimerait bien qu'il n'y ait aucune référence à l'Islam (dans la Constitution). Ce qui l'a dérangé, c'est l'interprétation qui est à présent faite de l'article 1, qui est contraire à la conception des forces laïques ou à l'interprétation qu'en faisait l'ancien régime. Mais heureusement que nous avons adopté cet article qui énonce l'Islam en tant que religion de l'Etat, avec l'approbation de tous, sauf de Mongi Rahoui. Et le peuple tunisien prendra position sur ce type de personnes", a accusé Habib Ellouze.

Ces propos ont suscité de vives réactions. Avec plus d'une heure de retard, la séance matinale a été consacrée à cet incident. Prenant la parole pour se justifier, Habib Ellouze a affirmé que ses propos ont été sortis de leur contexte et qu"ils ne visaient pas à statuer sur le fait que son collègue étaient mécréant ou pas ("takfir"). "Ce n'est pas mon rôle de statuer là-dessus, mais celui des savants", a-t-il précisé.

Prenant ensuite la parole, Mongi Rahoui a affirmé avoir reçu des informations du ministère de l'Intérieur selon lesquelles sa vie serait en danger.

"Vous dites que nous avons exagéré l'histoire mais moi je suis menacé de mort. 48h avant ma liquidation. Que voulez-vous de plus? (...) Moi je suis musulman, ma mère, mon père et mon grand-père sont musulmans, d'un peuple musulman et je n'ai pas besoin de toi pour le savoir. Vous êtes le cheikh des menteurs, comme disait le martyr Chokri Belaïd".

Plusieurs députés sont également intervenus pour affirmer leur soutien à Mongi Rahoui. Ils ont appelé à ce que l'article 6, adopté la veille, soit révisé de nouveau pour y intégrer l'interdiction du "takfir" (le fait d'accuser une personne d'être mécréante).

"En temps normal, nous ne voudrions pas ajouter ce type de détail qui n'a pas sa place dans une Constitution, mais il faut prendre en compte le contexte dans lequel nous nous trouvons", a déclaré Selma Mabrouk au HuffPost Maghreb.

Nous avons vécu deux assassinats politiques et de nombreux cas de violences basés sur des discours religieux incitant à la haine et à la violence. Le "takfir" pourrait ne pas entrer dans ces notions mais il a une signification particulière qui peut facilement être transposée juridiquement", a-t-elle soutenu.

"Habib Ellouze a évoqué la possibilité de créer des instances et de charger des savants de se prononcer sur le fait qu'une personne serait mécréante ou pas. Sachant que les élus d'Ennahdha veulent instituer un conseil de l'Islam, cela pourrait avoir de graves conséquences et même mettre en péril la liberté de conscience. Il est aujourd'hui primordial pour nous de nous prémunir contre ces dangers", a encore indiqué Selma Mabrouk.

Cette décision a suscité un débat passionné, entre les partisan de l'interdiction et ceux qui y voient un danger pour la liberté d'expression.

Selon les différentes déclarations, Ennahdha pourrait accepter cet amendement. Le parti islamiste a cependant tenté d'y ajouter l'interdiction d'atteinte au sacré. "Il en est hors de question", rétorque Selma Mabrouk.

La séance suspendue en fin de matinée n'avait pas encore repris vers à 19h30, heure à laquelle les députés sont allés diner.

Il était prévu en ce troisième jour de débats sur la Constitution, de poursuivre le vote jusqu'à 18h, avant d'élire les membres de l'Instance électorale. Les élus et les participants au dialogue national avaient initialement pour but d'achever l'adoption de la Constitution avant le 14 janvier prochain.

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