MAGHREB
28/12/2013 06h:49 CET | Actualisé 28/12/2013 07h:38 CET

Enfants otages en Tunisie: Le combat de Sabine Bruto

Sabine Bruto se bat pour récupérer ses deux enfants retenus en otage en Tunisie par leur père.
© Editions Bauer / Laurent Petiteau
Sabine Bruto se bat pour récupérer ses deux enfants retenus en otage en Tunisie par leur père.

Ils sont otages depuis quatre ans et demi. Quatre ans et demi qu'ils n'ont pas mis les pieds en France. Adam et Alexandre, deux petits garçons âgés respectivement de 10 et 7 ans, sont retenus par leur père tunisien sur l'île de Djerba. Depuis Sabine Bruto, leur mère, française, se bat pour les récupérer.

"Je me bats seule contre tous! Mais je me bats surtout pour que mes enfants ne croient pas que je les ai abandonné", explique-t-elle au HuffPost Maghreb.

En 4 ans et demi, elle ne les a vu qu'une dizaine de fois "toujours en Tunisie et dans des conditions incroyables, sous surveillance parfois".

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2 ans de prison et mandat d'arrêt international

Entre Sabine Bruto et Raouf Hanini, le père, c'est une histoire d'amour de 10 ans qui finit mal. Au printemps 2009, elle entame une procédure de divorce. Les deux enfants vont passer les grandes vacances en Tunisie chez leur père. A la fin de l'été, Sabine Bruto vient à Djerba pour les récupérer "comme convenu", explique-t-elle. Leur retour est prévu le 23 août mais le père change d'avis et conserve les passeports des deux garçons. "C'est à partir de cette date que la prise d'otage commence", témoigne la jeune maman aujourd'hui âgée de 32 ans.

C'est le début d'une longue bataille judiciaire. Sabine Bruto constitue rapidement un dossier d'enlèvement et porte plainte. En octobre 2011, le TGI, tribunal de grande instance de Créteil lui attribut l'autorité parentale exclusive dans la procédure de divorce.

En appel, en octobre 2012, la justice française condamne Raouf Hanini à deux ans de prison ferme pour soustraction d'enfant. L'ex-mari est également sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

"Les Etats doivent prendre leur responsabilité"

Entre temps, l'affaire est devenue diplomatique. Boris Boillon, ex-ambassadeur de France en Tunisie organise une négociation entre les deux parents. Sans succès.

Sabine Bruto enchaine les rendez-vous entre les deux pays, se rend dans plusieurs ministères français, à l'Elysée... En juillet 2012, elle rencontre même le président Moncef Marzouki.

"Depuis rien", déplore-t-elle. "Les Etats doivent prendre leur responsabilité parce que les enfants ne sont pas une propriété d'Etat. Il faut que mes enfants connaissent leur double identité mais je veux surtout qu'ils soient libres."

Plus récemment, début décembre, Sabine Bruto avait rendez-vous à l'ambassade de Tunisie à Paris. Elle est venue avec son comité de soutien. Des journalistes ont également fait le déplacement. A la dernière minute, la rencontre est annulée. Sans explication.

"On me ferme la porte au nez. Le comité de soutien est bâillonné (ils portent un scotch sur la bouche, ndlr) comme je le suis depuis 4 ans" explique-t-elle au micro de France Bleu 107.1

Ce jeudi 26 décembre, l'ambassade tunisienne a voulu apporter quelques clarifications sur ce rendez-vous "manqué". Dans un courrier, la représentation tunisienne estime que "l'initiative personnelle de Madame Bruto  ne cadre pas avec les objectifs de l'entrevue et n'aiderait pas à faire avancer le dossier." L'Ambassade de Tunisie "tient à souligner, par ailleurs, que Madame Bruto n'a jamais été interdite de séjourner en Tunisie" et "réitère son engagement à trouver rapidement une issue positive à l'affaire".

"C'est hallucinant cette réponse! La Tunisie essaie de se dédouaner. Mais j'insiste, je n'ai jamais attaqué la Tunisie! Elle cherche pourtant à m'intimider. A chaque sortie du territoire, je suis retenue à la douane. Mon ex-mari dépose recours sur recours pour gagner du temps. Il y vit en toute impunité. Je cherche à comprendre pourquoi on cautionne un criminel. Mes enfants comprennent très bien ce qu'il se passe, on est en train de les détruire", s'inquiète-t-elle.

Sabine Bruto continue son combat. Le 25 décembre, jour de Noël, elle a débuté une nouvelle grève de la faim.

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