MAGHREB
09/12/2013 06h:44 CET | Actualisé 09/12/2013 09h:01 CET

Interview de Taoufik Jebali, metteur en scène et comédien de la pièce Klem Ellil Zéro Virgule (PHOTOS)

Facebook/ThameurMekki

Klem Ellil Zéro Virgule de Taoufik Jebali est à l’affiche d’El Teatro les 05, 06, 07, 12, 13, 14, 19 et 21 décembre 2013. Il s’agit d’une nouvelle création suite de la remarquable saga théâtrale née au début des années 90. Nous en avons parlé avec Taoufik Jebali. Interview.

HuffPost Maghreb: "Klem Ellil" s’est fait connaitre par l’originalité des dialogues truffés de jeux de mots. Pourtant, dans une interview avec Al-Qods Al-Arabi en 2008, vous avez déclaré que "Klem Ellil est à l’origine un jeu visuel". Est-ce la même approche adoptée dans la création de Klem Ellil Zéro Virgule?

Taoufik Jebali: Ce n’est pas uniquement valable pour Klem Ellil. Je ne privilégie pas le dialogue au détriment de la performance visuelle. Je ne commence jamais un projet sans puiser mon inspiration dans une situation et non pas dans des mots. Klem Ellil s’inscrit particulièrement dans cette approche. Klem Ellil, c’est mettre les mots en spectacle. Je m’y intéresse aux codes visuels invoqués par les mots. Je ne suis pas un linguiste.

Sous le règne de Ben Ali, vous affirmiez que vous n’avez pas de problèmes de liberté d’expression puisque vous avez développé vos propres codes pour communiquer avec votre public. Près de trois ans après la chute de ce régime, ces codes, ont-ils changé?

Pas pour moi. Les valeurs et les fléaux répandus aujourd’hui dans notre société n’ont rien de nouveau. Pour les spectateurs, je pense que quelques codes ont changé. Certains d’entre eux pensent que leur souffrance est une conséquence de l’instant présent. Ils croient, par exemple, que leur ennemi est Ennahdha alors que leur véritable ennemi est eux-mêmes. Notre ennemi est notre culture, notre environnement, notre regard sur l’autre. Ce sont de vieux ennemis. On a changé de comparses. Les acteurs sont les mêmes.

En intitulant la nouvelle version de Klem Ellil «Zéro Virgule», tentez-vous de vous rapprocher du mainstream?

Pas du tout. C’est de la récupération. Je m’intéresse aux aspects positifs du «Zéro Virgule». Le théâtre est un zéro virgule. Le zéro est le début et la fin. Sans zéro, il n’y a pas de vie. C’est nous le zéro virgule. Je suis un zéro virgule.

N’est-elle pas aussi une approche de marketing communautaire dans le but d’attirer ceux qui se sentent appartenir aux "zéro virgule"?

Il est possible que je l’aie fait inconsciemment. Mais c’est surtout pour exprimer aux citoyens que leurs problèmes sont les mêmes qu’il y a 20 ans, quand l’aventure Klem Ellil a commencé. Quand les gens regardent aujourd’hui des extraits vidéo de Klem Ellil sur Facebook, certains finissent par admettre qu’on n’est pas sorti de l’auberge. Cependant, nos zéros ne sont pas les mêmes. Le théâtre, c’est le démarquage. Ils ont leurs zéros et j’ai le mien. Je n’ai pas le même zéro que Béji Caïd Essebsi. Je ne suis pas non plus concerné quand Lotfi Zitoun parle des «zéro virgule». Quand Hamadi Jebali parle de «notre peuple», je ne suis pas du tout concerné. Je n’appartiens pas à son peuple. Je défends mes propres "zéros virgule".

Quel est le discours politique qui vous "concerne"?

Il n’y en a pas. Le discours politique est une profession. Il y a ceux qui la maitrisent et il y a des tricheurs. Moi, je ne me retrouve dans aucun des deux. Ils sont trop réalistes pour moi.

Mais vous ne pouvez tout de même pas cacher votre appartenance à la gauche (pointant du doigt le poster de Lénine accroché au mur à côté de son bureau, NDLR)…

Non, je ne suis pas de gauche. Lénine, c’est un repère. Et pourquoi La Joconde avec cette grimace? (poster accroché au même mur, NDLR). Ce sont des repères et non pas des appartenances.

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