MAGHREB
25/11/2013 13h:49 CET | Actualisé 16/04/2015 14h:42 CET

Journée internationale contre les violences faites aux femmes: Près d'une Tunisienne sur 2 a subi des violences

Shutterstock / LoloStock

Ce lundi 25 novembre était la "Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes".

Les violences faites aux femmes et aux filles constituent l'une des atteintes les plus répandues aux droits de la personne. Leurs conséquences sur la santé physique, sexuelle et mentale des victimes sont multiples et peuvent mener jusqu’à la mort.

Les chiffres en attestent: selon l’ONU, jusqu'à 70 % des femmes dans le monde sont confrontées à la violence physique ou sexuelle au cours de leur existence.

Même s'il s’agit d’un problème universel, ces faits sont hélas trop fréquents dans nos sociétés et portent un préjudice majeur à l’égalité hommes/femmes.

En Tunisie, une enquête menée en 2010 par l’Office national de la famille et de la population (ONFP) avait démontré que 47,9 % des Tunisiennes avaient subi au moins une forme de violence, qu’elle soit morale, physique, économique ou sexuelle.

D'après cette même étude, seuls 5% des cas de violences sexuelles sont avoués. Ces chiffres sont sous-évalués puisqu’ils ne prennent en compte que les cas de femmes qui ont accepté de rendre publique la situation de violence sexuelle ou autre subie.

Autre chiffre alarmant: 80% des agressions sexuelles en Tunisie ont eu lieu dans le cercle familial même, infligées par une personne proche de la victime.

Campagne contre la violence

Longtemps occulté, le phénomène commence aujourd’hui à être porté sur la place publique. Afin d'alerter la population sur cette question, une campagne de 16 jours contre les violences fondées sur le genre, intitulée "Yakfi" (Ça suffit), a été lancée dimanche.

Mis en place par plusieurs ONG et associations tunisiennes dont l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), ce programme proposera de nombreuses animations et actions de formation sur la CEDAW (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes), une convention de l’ONU visant à instaurer l’égalité entre hommes et femmes.

Les Tunisiennes ont-elles suffisamment de moyens d’action pour faire face aux violences?

La société civile a toujours été en première ligne et dénoncé ces agissements. Mais pour Ahlem Belhaj, qui vient de quitter la présidence de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), il existe un déni de la part des autorités pour reconnaître la misère de ces femmes victimes de violences, et pour les protéger.

La ministre des Affaires de la femme Sihem Badi a elle-même reconnu le manque de moyens existants.

"Nous n’avons ni structure d'accueil et de prise en charge, ni politique claire pour protéger la femme", a-t-elle regretté dans le journal Le Monde.

Malgré une prise en charge déplorable, il existe néanmoins des réponses sociales apportées à la violence. L’an dernier, à l’initiative de l’ONFP, un premier centre tunisien d’assistance psychologique aux femmes victimes de violence a été inauguré à Ben Arous.

L’ATFD a créé cet été un centre de victimologie à Kairouan en attendant ceux de Sousse et Sfax, qui seront des lieux d’écoute, de parole et de conseil. En plus de donner les informations nécessaires sur leurs droits, ces centres offriront une orientation médicale et juridique aux victimes.

L’objectif est de déculpabiliser la femme victime et de l’aider à se reconstruire, tout en mettant en place une chaîne de solidarité pour lui permettre de surmonter cette situation.

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