MAGHREB
22/11/2013 14h:00 CET | Actualisé 27/11/2013 04h:16 CET

Tunisie - Nouvelles facultés de médecine dans les régions: Réactions de professionnels de la santé

Shutterstock / Wallenrock

La Tunisie envisage de créer de nouvelles facultés de médecine dans les régions intérieures du pays. C'est ce qu'un conseil ministériel restreint présidé par le Premier ministre Ali Larayedh a annoncé jeudi.

Les gouvernorats du Kef, de Sidi Bouzid et de Médenine se verront dotés d’une faculté de médecine, celui de Jendouba d’une faculté de pharmacie et enfin le gouvernorat de Kasserine bénéficiera, lui, d’une faculté de médecine dentaire.

Selon le gouvernement tunisien, ces nouvelles réalisations "contribueront à réduire les écarts entre les régions et à promouvoir les qualités des services de santé dans le pays".

Une décision qui suscite de vives réactions chez les professionnels de santé. Olfa Kaabachi, membre du bureau exécutif du Syndicat des médecins hospitalo-universitaires, est dépitée: "C’est une surprise totale. Nous sommes vraiment déçus par cette annonce", déclare-t-elle au Huffpost Maghreb.

"Ce projet n’est pas adapté à la réalité du pays. Avant d’entreprendre la construction de ces nouvelles facultés, il faut déjà améliorer l’infrastructure et doter les établissements régionaux de matériel et d’équipements adéquats", s’insurge-t-elle
.

Amira Yaacoubi, médecin membre du Syndicat des internes et résidents en médecine de Tunis (Sirt), se pose plusieurs questions sur la qualité de l’enseignement qui sera administré au sein de ces nouvelles facultés. "Où les étudiants iront-ils faire leur stage? Et où vont-ils trouver les enseignants?", s’interroge-t-elle.

Pour Olfa Kaabachi, il vaudrait mieux consolider les CHU existants, et revaloriser les hôpitaux régionaux.

"L'enseignement de la médecine est théorique et pratique, il faut absolument des centres hospitaliers à proximité, avec des professeurs qui vont accompagner les étudiants. Le recrutement de médecins spécialistes dans les régions ne pourra pas suffire, à lui seul, à résoudre le problème de la santé en Tunisie", explique-t-elle au HuffPost Maghreb.

Zeineb Turki, également membre du Syndicat des internes et résidents en médecine de Tunis et membre du bureau politique d'Al Joumhouri, explique de son côté qu'il faudrait une réforme radicale de la santé publique.

"Il existe des problèmes structurels et de fonctionnement au sein des CHU déjà existants. Les hôpitaux régionaux manquent cruellement de matériel parfois basique permettant d'assurer une qualité de soins minimale aux patients. Il me semble irresponsable aujourd'hui d'ignorer des problèmes identifiés et de faire le choix de mesures totalement inadéquates et à but électoraliste", déplore t-elle.

Conscient de la nécessité d’améliorer l’accès aux soins dans les régions les plus reculées du pays, le Syndicat des médecins hospitalo-universitaires propose de mettre en place un système de parrainage. Les hôpitaux pourraient ainsi envoyer des équipes pluridisciplinaires toutes les deux semaines pour des missions dans les régions.

A noter que les médecins internes observent aujourd'hui, et jusqu'à samedi, une grève pour l’abandon de la loi relative à l’exercice des médecins spécialistes dans l’intérieur du pays.