MAGHREB
06/11/2013 08h:11 CET | Actualisé 06/11/2013 14h:24 CET

Des Tunisiens expriment leur ras-le-bol sur des billets de banque

Twitter/Verminator

Des internautes tunisiens appellent leurs concitoyens à s’indigner contre le gouvernement via une campagne un peu spéciale. Le principe? Écrire "Ennahdha dégage" sur des billets de banque.

Parce que l’argent circule tout le temps et très vite. Parce que l’argent ne peut être censuré. Parce que l’argent ne finira pas à la poubelle, comme la plupart des tracts.

Ce moyen d’expression n’est pas nouveau. Il a déjà été utilisé, en Tunisie et ailleurs.

De “Yezzi Fock” à “Ennahdha dégage”

Le potentiel viral des billets de banque n’a pas échappé aux Tunisiens.

Certains d’entre eux ont donc décidé de s’en servir pour exprimer leur ras-le-bol face au gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahdha:

Ce n’est effectivement pas la première fois que les billets de banque sont ainsi utilisés en Tunisie.

Déjà en 2005, dans le cadre de la campagne virtuelle "Yezzi, Fock" contre le gouvernement Ben Ali, certains avaient eu l’idée de s’exprimer anonymement sur les billets de 10 et 20 dinars.

yezzi

Photo: Facebook

Puis en 2011, suite à la manifestation "#FreeFeriani" pour la liberté d’expression lancée par des blogueurs tunisiens, la campagne "Montre ton indignation sur les billets de banque" avait vu le jour.

"S’il est subversif d'écrire sur les billets de banques, alors c'est un acte révolutionnaire. L'argent passe dans toutes les mains, celles du riche, du pauvre, indépendamment de la couleur de peau, des croyances, des idées, des sentiments, des peurs, des espoirs. Alors l'argent est le parfait moyen de communication pour le désespoir de cette société. Car l'argent est notre loup, notre chaîne, notre prison, notre maître, notre triste illusion de liberté, notre ennemi commun", pouvait-on lire sur la page de l’évènement Facebook.

Ce mouvement avait d’ailleurs revêtu un caractère international, de l’Espagne à la France en passant par les États-Unis.

Un support de contestation

Des messages griffonnés sur les billets ont aussi servi à contourner la censure politique qui sévit dans des pays comme la Chine et l'Iran.

"C'est notre nouveau mode de communication, expliquait une Iranienne au journal Le Monde en 2009. Comme on nous a coupé les SMS, les portables et censuré les sites Web, on écrit des messages sur les billets de banque."

Des messages saluant le mouvement de résistance et des mots comme "Dictateur" ou "Bourreau" circulaient par exemple avec les rials iraniens.

L'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, représenté sur les billets, y était souvent transformé en nazi, en vampire ou en diable.

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Photo: Facebook

Les autorités ont bien essayé de retirer ces billets de la circulation et de les interdire, en vain.

Même chose en Chine où messages spirituels et slogans anti-parti ont été gribouillés sur les billets de banque.

Une façon de s’exprimer sans s’exposer, tout en jouant sur la valeur et le pouvoir de l’argent…

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