MAGHREB
05/11/2013 02h:45 CET

Tunisie: Échec des négociations sur le Premier ministre, le dialogue national suspendu sine die

Facebook/UGTT

Les pourparlers entre la troïka au pouvoir en Tunisie, menée par Ennahdha, et l'opposition ont échoué lundi soir et ont été suspendus sine die faute d'accord sur le prochain Premier ministre.

"Nous avons décidé de suspendre le dialogue national jusqu'à ce qu'il y ait un terrain favorable à sa réussite", a déclaré le secrétaire général de l'UGTT, Houcine Abassi, principal médiateur entre les factions politiques.

"Nous ne sommes pas arrivés à un consensus sur la personnalité qui dirigera le gouvernement, nous avons essayé de résoudre les difficultés mais il n'y a pas eu de consensus", a-t-il ajouté.

Ces négociations sur l'identité du prochain chef de gouvernement, un indépendant pour conduire le pays jusqu'aux prochaines élections, étaient censées s'achever samedi mais faute d'accord les négociations avaient été prolongées de 36 heures, et de nouveau repoussées de quelques heures.

Les deux camps ont bataillé pour s'imposer: Ennahdha et Ettakatol insistant sur Ahmed Mestiri, 88 ans, et l'essentiel de l'opposition sur Mohamed Ennaceur, 79 ans, deux vétérans déjà ministres à l'époque du père de l'indépendance Habib Bourguiba.

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"Nous ne voyons pas d'alternative à Ahmed Mestiri", a souligné Rached Ghannouchi, le président d'Ennahdha, après l'échec des négociations.

L'opposition, qui refuse M. Mestiri qu'elle juge trop vieux et trop faible, a dit avoir proposé d'autres solutions, notamment la candidature d'un ex-ministre de la Défense, Abdelkarim Zbidi, refusée par le président Moncef Marzouki.

"La troïka, notamment Ennahdha, ont fait échouer le dialogue. Ils cherchent par tous les moyens à rester au pouvoir", a martelé Hamma Hammami, le porte-parole du Front populaire.

Selon lui, l'opposition va désormais mener "des discussions pour prendre les mesures qui s'imposent".

Coup d'Etat parlementaire

Ces pourparlers visaient à sortir la Tunisie de la profonde impasse dans laquelle elle est plongée depuis l'assassinat le 25 juillet d'un député d'opposition attribué à la mouvance jihadiste.

Le Premier ministre Ali Larayedh avait promis fin octobre de laisser sa place.

Le calendrier fixé par la feuille de route prévoit, outre la désignation d'un nouveau chef de gouvernement et de son cabinet, l'adoption d'une législation et d'un calendrier électoraux ainsi que le lancement de la procédure d'adoption de la Constitution, en cours d'élaboration depuis deux ans.

Mais ces différents dossiers ont d'ores et déjà pris du retard: les membres de la future commission électorale n'ont pas été élus samedi comme prévu en raison d'un problème de procédure et le travail sur la législation régissant les élections, censée être adoptée le 9 novembre, n'a pas commencé.

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Lundi après-midi, des élus d'opposition ont aussi accusé Ennahdha de multiplier les amendements au règlement intérieur de l'Assemblée nationale constituante pour retirer aux opposants leurs armes parlementaires.

"Nous sommes face à un coup d'Etat parlementaire", a dénoncé le député Mongi Rahoui lors d'une conférence de presse.

Menaces accrues

Après trois mois de disputes et moult reports, les pourparlers ont débuté le 25 octobre mais depuis aucune décision consensuelle concrète n'a été mise en oeuvre.

Cet échec intervient au moment où la Tunisie fait face à des menaces accrues. Pour la première fois depuis la révolution, des attaques attribuées aux jihadistes ont ciblé la semaine dernière deux sites touristiques. L'un, à Sousse, a été visé par un attentat suicide qui n'a pas fait de victime, l'autre, à Monastir, par une tentative déjouée à temps

La présidence a annoncé dimanche le prolongement de huit mois, jusqu'à fin juin 2014, de l'état d'urgence en vigueur depuis la révolution.

Durant le seul mois d'octobre, neuf membres de la Garde nationale et policiers ont été tués dans des affrontements.

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