MAGHREB
27/10/2013 04h:50 CET

Tunisie: Cadence infernale pour le dialogue national

AFP

Après le démarrage officiel du dialogue national, vendredi 25 octobre, les participants au dialogue ont adopté samedi un rythme soutenu pour plancher sur les trois axes qui composent la feuille de route (gouvernemental, électoral et constitutionnel).

Samedi, les négociateurs des différents partis se sont retrouvés en début d'après-midi pour créer une commission d'experts devant assister la finalisation de la Constitution, en cours d'élaboration depuis deux ans et qui doit être adoptée dans un mois.

Retour à l'Assemblée

En parallèle, les activités de l'Assemblée nationale constituante (ANC) ont repris avec le retour de la soixantaine d'élus d'opposition qui boycottaient ses travaux depuis l'assassinat le 25 juillet du député Mohamed Brahmi qui a achevé de paralyser la vie institutionnelle.

Dans la matinée, les chefs des groupes parlementaires se sont retrouvés et ont "exprimé leur enthousiasme et leur disposition à accomplir leur mission", a indiqué, lors d'une conférence de presse, le président de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar.

"Nous serons fiers de notre Constitution car elle sera celle des libertés", a-t-il promis.

Mustapha Ben Jaâfar salue les députés

La commission de tri de l'ISIE et celle des consensus reprennent du service

La commission en charge de sélectionner les candidats pour composer une instance électorale indépendante a ensuite entamé une réunion à huis clos en milieu d'après-midi. Plus tard ce sera celle du "consensus constitutionnel" qui doit plancher sur la loi fondamentale.

Le président de l'ANC Mustapha Ben Jaafar a déclaré samedi à la presse que l'opération de tri démarrera mardi prochain, après la séance plénière de l'ANC. Il a formé le souhait que les 9 membres de l'ISIE et son président soient élus à la fin de la semaine prochaine.

Un des membres de la commission de sélection Jalel Bouzid a expliqué que la commission se penchera sur la rectification de la sélection effectuée entre Août-septembre 2013, en statuant sur tous les recours.

A noter que les amendements apportés à la loi N° 32 de l'année 2013 portant création de l'ISIE accorde à la commission un pouvoir discrétionnaire. L'adoption de ces amendements est prévue mardi prochain.

Le tribunal administratif avait décidé en septembre dernier de geler les activités de la commission de sélection des candidatures à l'ISIE en raison des recours déposés par les candidats eux même ainsi que par l'Association tunisienne pour l'intégrité, et la démocratie des élections (ATIDE).

L'ANC a sept jours, selon la feuille de route rédigée par les médiateurs, pour former la commission électorale qui aura la charge d'organiser les prochaines élections législatives et présidentielle.

En outre, un accord sur le maintien de l'ancien comité d'experts chargés d'assister le processus constitutionnel a été trouvé entre les participants au dialogue national, a déclaré samedi le SG de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) Hassine Abassi.

Abassi a expliqué que les participants au dialogue ont convenu de proposer au président de l'Assemblée nationale constituante (ANC) le maintien de l'ancien comité d'experts désigné par l'ANC et de charger le quartette parrain du dialogue de contacter les membres qui se sont retirés de cette structure et de les convaincre de regagner l'équipe.

Il a relevé que des personnalités ont été proposées pour étoffer ce comité sans donner de noms. Mais certains participants citent comme candidats Yadh Ben Achour, Mohamed Salah Ben Aissa, Mohamed Guesmi et Hafidha Chkir ainsi que Abdelkader Mhiri pour la précision linguistique.

Le poste convoité de chef du gouvernement

Abassi a par ailleurs relevé que la commission du processus gouvernemental accueillera à partir d'aujourd'hui jusqu'à demain dimanche à 12h, les propositions des partis sur les candidats à la présidence du gouvernement.

La commission se réunira le jour même à partir de 14 H00 pour examiner ces propositions et élaborer un rapport qui sera ensuite soumis par le quartette aux chefs des partis participants au dialogue, a expliqué le SG de l'UGTT. Il a ajouté qu'une réunion est prévue lundi à 16H00 entre le quartette et ces partis.

Au sujet de l'éventuelle adhésion d'autres partis au dialogue, il a affirmé que "la porte reste ouverte à tous ceux qui n'ont pas encore signé la feuille de route" , affirmant que des contacts sont entrepris dans ce sens.

Attaques jihadistes, fronde de policiers

L'esquisse de sortie de crise intervient dans un contexte de violences jihadistes ces derniers mois, des attaques ciblant les forces de l'ordre et l'opposition et attribuées à des cellules d'Al-Qaïda.

La mort de six gendarmes et d'un policier mercredi dans deux incidents distincts a d'ailleurs entraîné des manifestations de colère dans leurs villes natales vendredi, jour de funérailles.

En outre, un important syndicat des forces de l'ordre a demandé au gouvernement de garantir la sécurité des agents face "au danger terroriste" et de réintégrer des cadres limogés après la révolution, en menaçant "d'autres formes de revendications et de manifestations".

Ce même syndicat avait organisé la manifestation qui avait chassé le président Moncef Marzouki et M. Larayedh d'une cérémonie à la mémoire de gendarmes tués.

L'opposition accuse les islamistes d'être responsables, par leur laxisme vis-à-vis des salafistes, de la dégradation sécuritaire dans le pays, alors que l'état d'urgence est en vigueur depuis la révolution de janvier 2011.

Les assassinats en février et en juillet des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, attribués à des jihadistes, étaient à ce titre au coeur de la crise politique qui a fini par pousser le gouvernement à accepter de céder la place à des indépendants.

Dans ce contexte, l'Utica, le patronat tunisien et autre médiateur a souligné samedi "la sensibilité de la situation économique du pays", en rappelant que "la reprise du rythme des investissements (était) tributaire de la mise en place d'un climat de sécurité et de stabilité".