MAGHREB
25/10/2013 04h:21 CET | Actualisé 25/10/2013 04h:30 CET

Et si le Moyen-Orient ressemblait à ça? La carte du Moyen-Orient idéal pour l'armée américaine en 2006 (PHOTOS)

La carte du "Nouveau Moyen Orient" conçue par le Lieutenant-Colonel Ralph Peters
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La carte du "Nouveau Moyen Orient" conçue par le Lieutenant-Colonel Ralph Peters

Si vous pouviez réorganiser les frontières du Moyen-Orient à votre guise, comment procéderiez-vous? En 2006, l'armée américaine s'est posée précisément cette question.

Le chaos constructif pour un nouveau Moyen-Orient

Condoleeza Rice, à l'époque secrétaire d'Etat de l'administration Bush, avait alors prononcé, à Tel-Aviv, un discours qui avait fait réagir. En pleine guerre israélo-libanaise, Mme. Rice rencontre le Premier ministre israélien Ehud Olmert. Lors de la conférence de presse, la secrétaire d'Etat mentionne le "Nouveau Moyen Orient" (New Middle East).

Selon elle, la guerre au Liban "correspond, dans un sens, à la naissance d'un 'nouveau Moyen-Orient', et quoi qu'il arrive, il faut continuer à pousser vers ce nouveau Moyen-Orient, et ne pas retourner à l'ancien".

Le projet impliquerait une forme de chaos constructif. "L'administration Bush prendrait la destruction créatrice pour décrire le processus par lequel elle souhaite voir émerger le nouvel ordre mondial", analysait alors le professeur Mark Levine pour le think-tank Global Research. Il faudrait donc passer par une tabula rasa (et ce qu'une telle expression implique en terme de pertes humaines et infrastructurelles) pour pouvoir reconstruire sur des bases différentes. "Et suivant les intérêts et les besoins" américains et israéliens, précisait Mahdi Darius Nazemroaya, également chercheur à Global Research.

La carte du Moyen-Orient idéal enseignée à l'OTAN

Le Lieutenant-Colonel américain Ralph Peters, retraité et enseignant à l'Académie Militaire des Etats-Unis, avait conçu une carte idéale, redessinant les frontières pour un "Nouveau Moyen-Orient".

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(Pour les nuls, voici à quoi ressemble le Moyen-Orient actuellement:)

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Le Moyen-Orient idéal est avant tout un idéal de balkanisation (division). On y répond aux revendications de certains peuples, définis selon des critères tantôt linguistico-culturels (les Kurdes avec le Kurdistan), tantôt religieux (les chiites avec l'Etat Arabe Chiite). Ralph Peters souhaitait par-là résoudre le problème des "frontières les plus arbitraires et déformées au monde". Une noble cause, sans laquelle, selon lui, "on ne verra jamais la paix au Moyen-Orient".

Publiée dans un article du Journal des Forces armées américaines intitulé "Frontières de sang: A quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient", la carte du Lieutenant-Colonel a été utilisée lors d'une formation au sein de l'OTAN. La balkanisation est un concept cher aux Etats-Unis depuis les "14 points" en faveur de l'auto-détermination prononcés par le président Woodrow Wilson en 1918. La dynamique pose un problème de base: où s'arrêter? Pourquoi les chiites et non les alaouites? Pourquoi les Kurdes et non les coptes? Quitte à se retrouver avec une multitude de microscopiques Etats-nations homogènes et purs?

Outre son fondement arbitraire, le Moyen-Orient idéal est une mauvaise copie bourrée d'erreurs. A commencer par l'emplacement de Bagdad à la frontière de l'Irak sunnite et d'un Etat Arabe Chiite qui serait sans doute perçu comme étant la prolongation de l'Iran. A tant simplifier les différences culturelles, l'armée américaine en oublierait presque que les Irakiens chiites avaient combattu l'Iran (chiite aussi, tiens) au sein de l'armée irakienne.

7 ans après...

...Que vaut encore cette carte? Massacres en Egypte, guerre civile en Syrie, milices hors-la-loi en Libye, renaissance du conflit sectaire au Liban, instabilité en Irak et en Afghanistan, guerre froide entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, terrorisme au Pakistan et au Yémen, conflit israélo-palestinien: la liste est longue. La théorie de Condoleeza Rice se vérifierait-elle? Faute d'être constructif, le chaos est bien là.

L'administration Obama mène une politique radicalement différente de celle de Bush. Le président américain se concentre sur le commerce avec l'Asie, et cherche à éviter autant une intervention en Syrie qu'une attaque israélienne contre l'Iran. L'idéal de 2006, fondé sur la "souffrance nécessaire" de la guerre, a laissé place à une forme de laisser-faire. Dans un sens comme dans un autre, les peuples concernés finissent sur le côté de la route, à chercher leur chemin. Sans carte.

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